






signe
Définition générale
De manière générale, nous pouvons définir la sémiotique comme la science des signes. Elle veut être une théorie du signifier. A ce propos, Pierce de déclarer
"il n'a jamais été en mon pouvoir d'étudier quoi que ce fût - mathématiques, morales, métaphysique, gravitation, thermodynamique, optique, chimie, anatomie comparée, astronomie, psychologie, phonétique, économie, histoire des sciences, whist, homme et femme, vin et métrologie - autrement que comme étude de sémiotique" (Ducrot & Schaeffer, 1995, p.180).
Il est central dès lors de définir la nature d'un signe. Les définitions de ce dernier renvoient aux différents courants de la sémiotique traitées dans l'historique.

Historique
Structuralisme
La sémiotique structurale a donné naissance au courant structuraliste. L'auteur de réfèrence de ce courant est Ferdinand de Saussure dont l'ouvrage de référence est "Le Cours de Linguistique Générale". Il a élaboré une certaine approche de la langue à la fin du XIXème siècle, mais c'est par la suite au début du XXème siècle que le courant strucuraliste reprend les théories de de Saussure.
De Saussure est assimilé au courant structuraliste car il identifie la langue comme un système, une structure. En effet, Ferdinand de Saussure s'intéresse avant tout à la langue en elle-même, indépendament de la parole. En séparant la langue de la parole, il distingue ainsi le "social de l'individuel". En effet, en isolant la langue, cela lui permet d'avoir une approche scientifique car la langue est autonome et ne subit pas les variations de l'environnement social. Ferdinand de Saussure décrit la langue comme un code, un système de signes constitués de signifiants (image acoustiques, prononciations possibles) et de signifiés (concept, idée)
Les concepts définis par Ferdinand de Saussure se sont ensuite généralisés.
Au lieu de les limiter à la linguistique, Pierce a voulu les étendre au langage visuel et donc effectuer un passage vers la sémiotique générale. De Saussure se réfère à la linguistique, il étudie les signes arbitraires qui composent la langue. Tandis que Pierce étudie des signes visuels qui eux au contraire sont analogiques et non arbitraires, c'est-à-dire qu'ils dépendent de conventions.
Pierce a défini trois concepts importants de la sémiotique générale. L'icône est une image, une ressemblance, un signe analogique qui possède les propriétés d'un objet. L'indice est un signe qui est en continuité et contiguïté avec l'objet ; ce signe permet une interprétation. Le symbole est un signe digital qui est dépendants de conventions.
Pragmatique
Avant d'entrer dans l'explication du courant pragmatique, il faut signaler une phase intermédiaire liée à la théorie de l'énonciation de Benveniste. Selon cet auteur la langue a deux fonctions : la fonction de signifier et de communiquer.
Pour Benveniste c'est la fonction de communiquer la plus importante. La langue est vue comme un usage, comme une action. Ainsi, il étudie le contexte physique de production d'un énoncé : l'émetteur, le récepteur, le lieu (espace) et le moment (temps).
L'intérêt pour les problèmes des manières de communiquer, le traitement des émissions et des réceptions amène Benveniste à s'occuper des problèmes des actes de langage. Cela marque le passage de la théorie de l'énonciation à la pragmatique.
De manière générale, la pragmatique met en relation les signes et leurs utilisations.
Les signes se fondent des représentations que l’individu se fait du monde (les signifiés).
Cependant ce dernier établit des relations sociales avec ses pairs et de ce fait communique. Pour ce faire, il dispose des signes qui se manifestent de manière concrète : la parole, les mots, les sons, les images, les icônes… (les signifiants). Dès lors, les signes deviennent une condition de la communication.
La pragmatique s’intéressa dès lors à la communication, issue des relations sociales, qui forme, maintient ou transforme la relation. Elle se penchera notamment sur l’étude du signe en interaction avec son contexte, ainsi que sur le signe fondant l’action et les expériences de leurs utilisateurs.
Dès lors que nous voyons la pragmatique comme la partie de la sémiotique qui voit le signe comme acte, trois concepts majeurs surgissent de ce deuxième volet de la sémiotique (Klinkenberg 1996) :
- L’interprétant : ce concept développé par Pierce définit un outil (un signe) que l’individu utilise dans l’interprétation d’un signe. En une acception large, l’interprétant est le sens du signe ; en une acception plus étroite il est le rapport paradigmatique entre un signe et un autre : l’interprétant est donc toujours un signe, qui aura son interprétant, etc. (Ducrot & Schaeffer, 1995)
- L’illocutoire : Cette notion décrite par Austin et Searle part du principe qu’énoncer quelque chose dans un acte communicatif, ce n’est pas seulement transférer des informations, mais c’est aussi agir. Agir sur soi, agir sur autrui, dans le cadre de la relation sociale.
- La coopération : Par la coopération, Grice, philosophe américain, précise les principes qui règlent tous les échanges sémiotiques et auxquels les participants de l’échange sont censés se conformer au sein de l’interaction sociale. Cette conception signifie également que les échanges sémiotiques ne se réduisent pas à une suite d’émissions unilatérales et décousues, mais qu’ils sont les produits d’interactions au sein desquelles chaque partenaire reconnaît au moins une orientation commune.
Pour conclure à ce sujet, nous pouvons au mieux décrire l’individu qui communique : armé d’outils d’interprétations, il agit et fait agir par des actes communicatifs au sein des relations sociales qu’il construit, et qui lui imposent certaines règles de communication.
Cognitivisme
La dernière étape de la sémiotique marque son passage du relationnel - préoccupation de la période pragmatique - au cognitif - centre d'intérêt du cognitivisme.
Plus particulièrement, l'approche constructiviste, vue sa prise en compte de la relation entre individu et environnement dans la construction de la connaissance, retiendra l'attention de la sémiotique. Les auteurs de référence de ce courant sont Piaget et Vygotsky (psychologues du développement), Lakoff, Johnson ou Langacker (linguistes et philosophes de la sémantique cognitive), Goody (anthropologue) et Lévy (philosophes des nouveaux médias).
Perspective : vers une sémiotique cognitive
Selon la perspective de Duval (1999), nos connaissances sont indissociables de nos représentations mentales - objets de la psychologie cognitive - et matérielles - objets de la sémiotique. La prise en compte de l'articulation entre ces deux domaines, mène la sémiotique à s'orienter vers une sémiotique cognitive et à se poser les questions suivantes : comment les différents systèmes de communication (le langage verbal, les schèmes, les illustrations, les différents médias) interviennent-ils dans la construction de nos connaissances ? Comment les différents systèmes sémiocognitifs (les systèmes techniques, les langues naturelles et formelles, les systèmes graphiques, les systèmes plastiques de l'art, etc.) interviennent-ils dans leur fonction de médiation entre l'homme et le monde ?
Dans ce contexte, les représentations sémiotiques deviennent un outil cognitif.
Le cadre de référence de la sémiotique cognitive est l'interactionisme social auquel se réfère Bronckart (1996) dans son ouvrage " Activité langagière, textes et discours. Pour un interactionisme socio-discoursif ". Selon le point de vue de ce courant, la connaissance est comprise en termes iconiques.
Sources
Bronckart, J-P. (1996). Activité langagière, textes et discours. Pour un interactionisme socio-discoursif. Berne: Peter Lang
Bronckart, J-P. (2000-2001). Introduction aux sciences du langage et de la communication (Cours II.03, Faculté des Sciences de l'éducation, Genève)
Ducrot,O. et Schaeffer, J-M.(1995). Nouveau dictionnaire encyclopédique des sciences du langage. Paris: Seuil
Duval, R. (1999). Conversion et articulation des représentations analogiques, Séminaire de recherche 1, Direction de la recherche et du Développement, IUFM Nord Pas de Calais
Klinkenberg, J-M.(1996). Précis de sémiotique générale.Bruxelles: De Boeck
Peraya D. et Meunier J.P. (1999). Vers une sémiotique cognitive, In Cognito, 14, 1-16.
Meunier, J.P. et Peraya, D. (1993). Introduction aux théories de la communication. Analyse sémio-pragmatique de la communication médiatique. Bruxelles: De Boeck
Mise à jour: 19.12.02
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