CAILLER Florence cailler1@etu.unige.ch
FROSSARD Danièle daniele.frossard@bluewin.ch
GIROD Véronique vgirod@gmx.ch
SAVOIRS FORMELS VS INFORMELS
"Dans nos sociétés, une bonne part des connaissances que possèdent les citoyens est acquise par d'autre voie que l'enseignement classique (l'école et l'université)[...] Ces savoirs sont qualifiés de "non formels", ceci pour les opposer aux savoirs formels codés et dispensés par l'enseignement officiel. De tels savoirs sont l'objet d'évaluations diverses: quelquefois appréciés positivement, ils sont le plus souvent déconsidérés parce que non systématiques et non sanctionnés. Pourtant c'est en grande partie en s'appuyant sur ces savoirs que l'individu contemporain réfléchit son existance et s'oriente dans la vie." (Thomas, 2001, p.5)
- Introduction
Un savoir formel est transmis lorsque le
- Savoirs formels
discours didactique se centre sur des contenus spécifiques en référence à des programmes.
Cette éducation formelle a la caractéristique d’être structurée, comprenant des évaluations, des certifications, et a lieu au sein d’institutions éducatives ; elle s’adresse à des classes d’âge bien définies avec un public préférentiellement homogène. Il y a également une intention d’apprendre et un travail sur le savoir-faire. Enfin, elle aboutit à une certification reconnue des compétences et des qualifications.
Les savoirs acquis lors d'activités intégrées à la vie courante sont nommés "savoirs informels".On appelle cette manière de construire des savoirs "éducation informelle". L’apprentissage informel a lieu en dehors des institutions éducatives formelles, il est structuré et complète le système d’éducation formelle. Il n’est peut-être même pas perçu par l’apprenant.
- Savoirs informels
D'un point de vue historique, comme le relèvent Geneviève Delbos et Paul Jorion, les savoirs ont été acquis de manière très empirique jusqu'au XVIIème siècle.
En chirurgie, par exemple, les savoirs pratiques accumulés durant des siècles ont été repris par les médecins de la Faculté sans opposition. De même, on doit de nombreuses découvertes techniques aux "petits inventeurs".
Dans de nombreux cas, les savoirs informels ont précédé les savoirs formels. Ils ont été avalisés par les savoirs formels, par la Science, selon l'"idée que la science constitue l'étalon de ce qu'on appelle le savoir; accord qui s'est construit sur le dos des savoirs pratiques systématiquement dévalués et dépossédés de toute prétention à la validité." (Delbos & Jorion, 1984 p.153)
Si l'on reprend un point de vue contemporain, d'après P.H.Coombs " L'éducation informelle est le processus tout au long de la vie par lequel chaque personne acquiert et accumule connaissances, capacités, attitudes : expériences quotidiennes, exposition à l'environnement - au foyer, au travail, lors des loisirs; exemples et attitudes de la famille et des amis; voyages, journaux et livres , radio, films ou télévision. Généralement, l'éducation informelle n'est pas organisée, pas systématisée et même quelquefois non intentionnelle. Jusqu'à présent, elle constitue la plus grande partie de l'apprentissage total durant la vie d'une personne, même pour une personne "hautement scolarisée". Ce qu'un individu apprend dans l'éducation informelle est limité à ce que son environnement personnel peut lui offrir"(Coombs, 1985, cité par Pain,1990, p.126)
L'individu acquiert des savoirs informels bien avant d'aller à l'école. Dès sa naissance, il fait partie d'une famille qui lui donne un cadre, des règles et le fait participer à des activités choisies selon les intérêts de la famille. C'est ainsi que s'amorcent de nombreux apprentissages informels, par observation, par imprégnation ou par imitation de personnes faisant partie de l'entourage de l'enfant.
Abraham Pain relève que, n'ayant pas de statut défini et reconnu, l'éducation informelle apparaît d'abord comme un ajout, parce que "l'influence qu'elle exerce sur le développement des personnes est un effet secondaire, le résultat de situations et/ou d'activités qui n'ont pas dans leur visée une action d'ordre éducatif" (Lengrand, 1982, cité par Pain, 1990, p.135). Mais il remarque que si l'on tient compte de l'ampleur des activités (vie sociale et économique, loisirs) et du volume d'occasions durant lesquelles elle peut se produire, le poids de l'éducation informelle, par rapport aux autres modalités de l'ensemble du processus éducatif, est le plus important.(1990,p.135)
- Propriétés des savoirs formels vs informels
. savoir formel savoir informel sources institutions scolaires, université paysage médiatique (presse, magazine spécialisé, émissionTV, musées, expositions, ...) codification programme pas de projet à long terme public groupe d'âge homogène usagers diversifiés conditions contraint liberté de choix temps scolaire loisir organistion/temps progression régulière intermittent évaluation système de validation pas de système de validation enjeux examen, contrôle culture personnelle recherche de réussite plaisir et culture Tableau adapté de J.Guichard, 2001, p.204
- Savoirs formels et savoirs informels: opposés ou complémentaires?
Il semblerait regrettable de mettre en compétition éducation formelle et éducation informelle. Leur but n'est-il pas de construire des savoirs? Reconnaître leur complémentarité semble plus constructif.
En 1990, Pain relevait l'importance grandissante de la télévision sur les enfants."Elle concurrence la famille en tant que moyen de socialisation par le temps d'exposition des enfants depuis leur plus jeune âge. Une enquête en France, en 1985, montre que l'enfant passe en moyenne 20 heurs par semaine face à la télévision, c'est-à-dire autour de 1000 heures par an, et 900 heures par an à l'école (IFOP, 1985)(Pain, 1990, p.130)
Lors d'une recherche sur la pratique des jeux hypermédias chez les jeunes, Philippe Charlier s'interroge sur les articulations possibles entre savoirs informels et savoirs formels.
Plutôt que de les considérer comme deux pôles en opposition, il propose de faire intervenir un troisième pôle, celui de l'activité réflexive permettant d'articuler savoirs informels et savoirs formels.
Concernant la construction de savoirs, il ressort de cette étude que les hypermédias- les nouveaux médias d'une manière générale,[...]- semblent favoriser l'émergence d'un rapport au savoir plus "opératif".[...] On pourrait dire que dans les jeux hypermédias, l'opérativité (le recours à des démarches telles que manipuler, construire, circuler...) devient la règle, le mode d'appréhension de la réalité dominant.
La manière dont ces savoirs "opératifs" vont s'articuler en savoirs plus formels va dépendre des activités réflexives des apprenants, activités qui vont leur permettre de structurer leurs expériences d'apprentissage les plus marquantes.
Charlier,P. (2001), Jeux hypermédias et expérience d'apprentissage, ou comment penser, à partir du cas des jeux informatisés, l'articulation entre savoirs scolaires formels et savoirs médiatiques informels. in: Recherches en communication. no 15 Université catholique de Louvain. Département de communication
- Bibliographie
Coombs, P.H. (1985), The world crisis in education. The view from the eighties.
Delbos, G.& Jorion P.(1984), La transmission des savoirs Paris, Edition de la maison des sciences de l'homme
Guichard, J.(2001), La prise en compte des rapports au savoir en médiatique. in: Recherches en communication no 15
Lengrand, P. (1982), Structures de l'apprentissage dans les pays de l'Europe Occidentale, in International Review of Education, vol.28, no2, 1982.
Pain, A. (1990) Education informelle, les effets formateurs dans le quotidien Paris: L'Harmattan
Thomas,F, Savoirs formels, savoirs informels.in: Recherches en communication. no 15
http://tecfa.unige.ch/etu/riat140/etu0102/roten_1/cours16.htm
- Webographie
http://www.ibe.unesco.org/International/ICE/46francais/46ws1f.htm
Mise à jour : 02.01.2003
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