Le concept de médiation apparaît déjà chez les psychologues développementaux tels que Vygotski, Piaget ou encore Brunner. Pour Vygotski, le premier outil de médiation est le langage qui prend des dimensions sociales et psycholinguistiques. Il donne comme nom à la médiation la zone proximale de développement. Lorsque l'enfant travaille seul, il se trouve dans sa zone actuelle de développement. Mais lorsqu'un médiateur entre dans l'activité pour aider l'enfant, il atteint sa zone proximale de développement. Pour Brunner, on assiste au même processus mais il parle de fonctions d'étayage. La position de Piaget sera développée plus loin dans la définition.
Il existe de nombreux médiateurs autant sociaux que matériels. L'Homme est relié au monde par de multiples objets soit réels, soit symboliques. Dans le domaine du multimédia et de l'informatique, il existe diverses sortes de médiation que nous allons développer.
(dessin extrait de Peraya, D. & Meunier, J.P. (1999) - Vers une sémiotique cognitive. In Cognito, 14, 1-16)
La médiation technologique englobe tout outil cognitif, objet technique qui peut d'une manière ou d'une autre contribuer aux activités de l'Homme. Comme on peut le voir sur le graphique ci-dessus, on retrouve ces médiateurs dans les autres formes de médiation. La présence de ces médiateurs modifie notre quotidien et le rapport au monde qui nous entoure. Cette première médiation sous-tend en quelque sorte les trois autres médiations.
La médiation sensori-motrice:
Cette seconde médiation s'attarde sur les médiateurs moteurs tels que peut être la souris ou encore le clavier d'un ordinateur. Ces deux supports font appel à la motricité de l'utilisateur. Cette médiation implique une interaction qui peut être fonctionnelle ou transitive (cf.médiation technologique).
Dans le texte de Peraya, D et Meunier, J. P. Vers une sémiotique cognitive de 1999, on retrouve diverses positions sur cette position sensori-motrice. En voici les grandes lignes.
Le monde sensori-moteur a été beaucoup développé par un psychologue du développement : Piaget. Selon lui, les fonctions cognitives reposent sur notre équipement sensori-moteur (corps, sens). Notre vision des choses se construirait selon notre position dans le monde réel.
Si l'on désire considérer une nouvelle vision, intéressons-nous à Denis et Vega. Selon eux, les acquisitions de la représentation spatiale se fait de manière progressive. On acquiert tout d'abord la notion de hauteur puis ensuite seulement vient la conscience latérale. De plus cette évolution dépend de l'expérience de chacun.
Du côté de Lakoff et Johnson, notre vision du monde et la représentation que l'on s'en fait dépendraient de notre position physique dans ce monde et de notre propre expérience face à celui-ci. On remarque donc qu'il existe plusieurs positions pour ce concept de sensori-motricité. Il est laissé libre à chacun de se positionner face à ces visions et même pourquoi pas en adopter plusieurs.
Ces deux nouveaux aspects prennent en considération notre position par rapport au monde et la représentation que l'on se fait. on remarque donc que les idées se rejoignent entre différents auteurs. Notre vision du monde est fortement influencée par l'expérience que l'on acquiert au sein de celui-ci.
Dans un milieu plus technologique comme l'informatique, les outils sensori-moteurs aident l'utilisateur dans son expérience virtuelle. Cette motricité empêche une certaine regression ou passivité chez l'utilisateur que l'on pourrait rencontrer dans d'autres médias comme la télévision ou le cinéma.
La médiation sociale (ou relationnelle):
Selon les psychologues du développement, "l'activité cognitive est une activité intra-individuelle issue de l'intériorisation de la relation inter-individuelle"(Peraya, 1999). Autrement dit, les interactions que nous avons avec les personnes qui nous entourent provoquent une activité individuelle. Nous nous développons et nous réfléchissons sur nous-mêmes au contact de l'autre.
Le premier outil à posséder pour atteindre cette médiation sociale est le langage. C'est Vygotski lui-même qui met en avant cette nécessité. On le considère comme un outil cognitif qui permet d'entrer en interaction avec autrui. D'autres outils ne sont pas à négliger comme le langage de notre corps, nos rituels physiques qui sont d'ailleurs beaucoup plus rapidement accessibles que le langage dans une situation de médiation ou d'interaction. C'est en quelque sorte la première chose que l'on voit. Les instruments de médiation dans le domaine du social sont situés au niveau du relationnel(d'où le nom de médiation relationnelle) impliquant ainsi une interaction.
Si l'on évoque un nouveau concept qui est la décentration, on entre dans le courant de pensée de Piaget. Il s'agit, pour faire un bref rappel, de posséder la capacité d'adopter un autre point de vue que le nôtre. La décentration s'oppose donc à la centration. La valeur éducative attribuée au média utilisé dépendra en grande partie de la capacité de l'utilisateur de se décentrer vis-à-vis de sa tâche. Il s'enrichiera d'autant plus s'il ouvre son esprit que s'il reste centré sur ce qu'il est ou ce qu'il sait.
Cette notion de décentration est entièrement intégrée dans un processus d'interaction qui entre dans l'ordre de la médiation. Nous évoquons ici deux situations d'interaction : personne/personne et personne/machine.
l'interaction personne/personne implique un lien social, on se trouve dans un domaine relationnel
l'interaction personne/machine implique cette fois-ci un lien instrumental. Cette interaction définit la capacité de l'utilisateur d'intéragir avec la machine.
Si l'on prend un environnement virtuel, on rencontre des interactions sociales. Par exemple, dans le Moo, on peut choisir un lieu de dialogue, il y a un espace virtuel. Notre attitude sera modifiée selon si on se trouve dans un lieu public ou non. On remarque que le social peut être reproduit dans un environnement virtuel en y introduisant des caractéristiques du monde réel.
La médiation semio-cognitive:
Par le terme de sémio-cognitif, on souligne le rapport qui existe entre la pensée et ses opérations et le signe externe de la culture. On entend par là qu'il existe un lien entre notre pensée et la réalité qui nous entoure. Pour le cognitivisme, la pensée n'est pas indépendante du langage, il existe une étroite relation entre les deux.
Comme on peut le voir sur ce petit dessin, la pensée donne du sens au monde extérieur qui, en retour, vient modifier nos pensées. On réalise alors cette relation entre pensée et monde réel évoquée ci-dessus. Pour affirmer cela, on part du fait que nous possédons une certaine maléabilité mentale et que notre système de connaissances et aussi en rapport avec notre système de représentation. Ce que l'on voit autour de nous peut modifier nos pensées et parfois également nous induire en erreur. Alors faut-il vraiment croire que ce que l'on voit?
D. Peraya - "Internet, un nouveau dispositif de médiation des savoirs et des comportements ?, Journées d'études "Eduquer aux médias à l'heure du multimédia", Conseil de l'éducation aux médias, 8 et 9 décembre 1999, Bruxelles