Par texte technique, nous entendons un texte dont la finalité est l'apprentissage du fonctionnement d'un dispositif. Il s'agit plus particulièrement d'un ensemble d'instructions et de descriptions mettant en scène une série d'actions que le lecteur devra pouvoir accomplir pour atteindre un but comme, par exemple, le maniement d'un objet, ou l'apprentissage d'une procédure particulière.
En 1985, Sticht montrait que 78 % des activités de lecture de la vie professionnelle sont destinées à permettre l'accomplissement d'actions contre 15% permettant l'acquisition de savoirs. A l'inverse, pendant la scolarité, 66 % des lectures sont destinées à l'apprentissage de connaissances déclaratives et 15 % seulement à l'apprentissage de connaissances procédurales. Nous voyons ainsi que, d'une part, il n'existe pas de "pratique" du texte technique dans le contexte scolaire et que, d'autre part, le texte technique constitue une partie très importante de la littérature professionnelle.
Le critère de qualité majeur d'un document technique est basé sur son efficacité et sa facilité d'utilisation. Pour répondre à cette contrainte, un certain nombre d'éléments doivent être respectés sur le plan de la forme textuelle.
La structuration des textes, tout d'abord, est un aspect important de la composition. Ainsi, les titres sont d'un grand secours lorsqu'ils fournissent au lecteur une structure explicite qui leur permet d'intégrer plus facilement l'information au cours de la lecture (Dooling & Lachman, 1971). Ils leur permettent également d'ajuster leur objectifs de lecture à leur besoins.
Le style du texte, quant à lui, doit être précis et direct. Les sujets particulièrement complexes sont plus facilement compris et applicables lorsqu'ils sont présentés de manière synthétique, par opposition à la prose principalement (Wright & Reid, 1973). Cependant, Wright (1977) met aussi en garde contre un style de texte trop télégraphique, arguant que certaines phrases deviennent vite incompréhensibles lorsque les rédacteurs cherchent la concision à tout prix.
Un autre aspect important concerne la structure des phrases : l'imbrication des propositions syntaxiques les unes dans les autres est un problème majeur. Wright (1977) nous donne l'exemple suivant, en anglais, pour illustrer le fait que les imbrications peuvent s'avérer parfaitement incompréhensibles : "the rat that the cat that the dog chased killed ate the mate". L'utilisation de multiples propositions subordonnées est déconseillée pour les mêmes raisons.
La négation et la voix passive doivent également être utilisées avec précaution. Wason, (1965) suggère d'utiliser la négation pour corriger les présuppositions éventuelles d'un lecteur et Tichy (1966) préconise l'utilisation de la voix passive dans les cas suivants :
Les critères typographiques jouent également un rôle décisif dans la composition des textes techniques. Plus un lecteur passe de temps à déchiffrer les symboles d'une page, plus son taux de compréhension est faible (Poulton, 1968).
Pour résumer, le document technique doit présenter une structure visible de ce dont il traite et l'information doit être structurée en paragraphes correspondant chacun à une même intention du rédacteur, afin de renforcer l'adaptabilité et la modularité du texte. L'étiquetage des unités textuelles ou paragraphes, complète parfaitement cette démarche. Les rédacteurs techniques doivent se montrer particulièrement vigilants sur la pertinence de leurs phrases, sur l'homogénéité du texte, sur la typographie et les styles de phrase utilisés. Quant aux graphiques, illustrations ou tableau, ils doivent être intégrés au texte car ils sont partie intégrante du contenu informatif.
Lorsque la situation traitée est particulièrement nouvelle pour le lecteur, le rédacteur a souvent recours à l'analogie. L'analogie consiste dans le transfert de la structure des objets d'un domaine à ceux d'un autre domaine. Elle permet au lecteur d'interpréter une situation nouvelle au regard d'une situation plus familière. Or son utilisation est souvent contestée sur le plan pédagogique car la correspondance n'est jamais totale dans une analogie : "il y a toujours des aspects non pertinents et celui qui apprend n'a pas le moyen de détecter ce qui est pertinent et ce qui ne l'est pas" (p. 112). Ainsi, ce qui peut constituer un avantage en début d'apprentissage peut vite constituer un gros inconvénient par la suite. Une solution existe néanmoins. Elle a été proposée par Burstein (1988 cité par Richard, 1991). Il s'agit d'utiliser des analogies multiples. En effet, les relations non pertinentes inférées à partir d'une analogie peuvent alors être corrigées par une autre analogie.
Richard (1991) nous rappelle également que "les opérations consistant à particulariser les informations du texte jouent un rôle considérable dans la compréhension de texte de consignes d'action, dont la finalité est la réalisation effective d'action" (p.115). En effet, il nous explique que ce type de texte requiert beaucoup d'inférences pour que le lecteur puisse imaginer le déroulement effectif des actions. Or ces inférences sont inaccessibles au lecteur novice car elles requièrent l'expérience du domaine. Dixon (1988), considère comme déterminant, le fait qu'une action soit décrite explicitement ou implicitement. Dans une étude sur une tâche de rappel d'une recette de cuisine, il a montré que les sujets experts du domaine rappelaient le même pourcentage d'actions, que celles-ci soient décrites explicitement ou implicitement. Quant aux sujets novices dans le domaine, il rappelaient presque autant d'action décrites de manière explicite que les sujets experts mais lorsqu'il était question des actions présentées de manière implicite, ils rappelaient deux fois moins souvent les actions en question. Cette étude montre bien l'importance de l'explicitation pour ce type de texte.
En conséquence, l'utilisation d'analogies multiples et l'explicitation des actions sont des facteurs déterminants de la qualité d'un texte technique dans la mesure ou ils facilitent la compréhension de lecteurs non familiers du domaine exposé. Et ce type de lecteur constitue à l'évidence une grande partie du lectorat des documents techniques.
Présentation et forme des documents techniques
Les caractéristiques générales des textes techniques en font un type de texte tout à fait particulier. Globalement, le volume de la documentation technique est souvent très important. On a l'habitude de citer le cas de l'avion dont le volume de la documentation technique équivaut fréquemment à celui de l'appareil lui-même. Cette quantité souvent impressionnante implique le développement du support électronique pour ce type de texte. Les documents techniques doivent également être conçus de manière modulaire pour permettre différents modes de consultation possibles. Certains lecteurs vont lire un document technique du début jusqu'à la fin, d'autres voudront seulement trouver une réponse à une question spécifique, et parmi les premiers, certains voudront utiliser la documentation sans se préoccuper des détails techniques. De plus, ces documents ont la particularité de présenter une grande quantité de graphiques, illustrations et tableaux qui ont tous une part à jouer dans la présentation de l'information technique (Wright, 1977).
Dans le corps du texte, le document technique se spécifie également par la répétition des noms et notions techniques qui se traduit le plus souvent par la rareté des anaphores, une faible utilisation de synonymes ainsi qu'une faible utilisation de pronoms. Wright et Wilcox (1978) ont en effet montré que la répétition des termes techniques diminuait le temps nécessaire au traitement cognitif des textes. Dans le même ordre d'idées, les abréviations idiosyncratiques doivent également être évitées ou du moins, être soigneusement présentées.
Apports des théories de la compréhension de texte
Les théories de la compréhension de texte nous apportent également quelques pistes intéressantes dont il est bon de tenir compte dans la présentation des informations techniques. Richard (1991) nous rappelle que la compréhension du texte passe par l'établissement d'un réseau de relation entre les objets dont il est question dans le texte. Ce réseau comporte, d'une part, des relations empruntées à des connaissances du lecteur et d'autre part, des relations construites à partir du texte.