PROJET EXPERIMENTAL


  1. Questions de recherche
  2. Présentation du dispositif
    1. Le partage des représentations par la coopération, la négociation et la catégorisation sociale
    2. Les interactions rédacteur-lecteur et rédacteur-utilisateur
    3. La mise en oeuvre des processus de rédaction et de révision
  3. Présentation de l'environnement expérimental
    1. Le mariage du WWW et du MOO pour un environnement partagé
    2. Présentation de l'interface
  4. Deroulement de l'expérience
    1. Le plan expérimental
    2. Les consignes
    3. Les sujets
  5. Hypothèses opérationnelles
  6. Méthode de codage
  7. Résultats et discussion
    1. Validité de la grille d'analyse mise à disposition des juges
    2. L'évolution de la qualité des textes produits
    3. L'évolution des corrélations entre les classements des sujets et les classements des juges
  8. Résultats et analyses complémentaires
    1. Les critères de qualité des textes techniques tirés de la négociation
  9. Discussion générale
    1. Critique de l'expérimentation
    2. Développement ultérieurs

Questions de recherche

En travaillant sur les théories de la rédaction et de la révision, nous avons pu voir qu'il existait trois types de théories correspondant à la fois à trois interprétations radicalement différentes des mêmes processus et à trois aspects complémentaires qu'il convient de prendre en compte lorsqu'on se place dans une problématique d'apprentissage. La première des théories exposées (le modèle des stades) est largement appliquée dans le contexte scolaire traditionnel. La seconde (le modèle de résolution de problème) a permis de nombreuses recherches qui visent le développement d'outils permettant d'accélérer l'apprentissage en allégeant la charge cognitive et en proposant aux apprenants des modèles de travail. La troisième de ces théories (le modèle de l'interaction sociale) a essentiellement conduit à la mise en oeuvre de productions de texte collaboratives. Comme quelques chercheurs (voir Zammuner, 1995 par exemple), nous avons cherché à mettre en place un dispositif d'apprentissage qui combinait un certain nombre de propositions émises par ces théories. Notre objectif principal sera donc de déterminer si 1) ce dispositif fonctionne au sens où l'on peut observer un effet d'apprentissage 2) certains éléments intégrés au dispositif sont plus profitables que d'autres et lesquels.

Concrètement, notre dispositif intègre les éléments suivants :

A chacun de ces éléments correspond un effet qu'il conviendra de déterminer à partir des résultats obtenus : Cette détermination nous permettra, au moins partiellement, de dire lequel de ces trois effets prédomine manifestement dans ce type de dispositif et de proposer de nouvelles orientations pour améliorer ce dernier.

Présentation du dispositif

Comme nous venons de le voir, notre dispositif intègre et combine différents éléments issus des théories de la rédaction et de la révision. Globalement, il vise l'apprentissage de la rédaction de texte. La révision y tient une part importante sans être une tâche à part entière. Nous avons choisi d'exploiter les aspects de détection d'erreur et de catégorisation (comme dans le modèle de résolution de problème) sans aller jusqu'à la reformulation ou la réécriture car nous nous serions vite trouvés confrontés à un effet plafond vu le fonctionnement de notre dispositif. Nous reviendrons sur cet aspect ultérieurement.

Nous avons choisi de construire un environnement de travail à distance qui permette à une communauté discursive de 1) partager des représentations, 2) travailler sur différents modes, interactifs ou non et 3) développer des compétences.

Sur un plan pratique, nous avons travaillé sur la production de textes techniques ayant pour objet la description de commandes ou d'objets informatiques. Le partage des représentations intervient à différents niveaux. Tout d'abord, il intervient par le biais de la coopération pour l'utilisation des commandes ou des objets à décrire. Ensuite, il intervient par le biais de la négociation pour la détection, la catégorisation d'erreur et la formulation de critères de qualité des textes techniques. Enfin, il intervient par le biais de la catégorisation sociale pour la classification des modèles de texte.

Le premier mode de travail utilisé dans notre dispositif est la coopération : en travaillant ensemble sans autre but que de découvrir le fonctionnement des éléments à décrire, les sujets se placent sous différents points de vue (exécutant ou observateur) et peuvent partager leurs représentations. Le second mode de travail est individuel : les sujets décrivent seuls les commandes ou objets découverts dans la première phase. Le troisième mode de travail est collaboratif : les sujets doivent définir ensemble des critères de qualité pour les textes techniques à partir des textes produits. Enfin, le dernier mode est individuel, chaque sujet ayant pour mission de classer les textes produits par ordre de qualité. Nous venons de voir, à travers la description de ces modes de travail, que les sujets sont à la fois : utilisateurs actifs ou passifs des commandes ou objets à décrire, rédacteurs et lecteurs évaluateurs de textes techniques.

Le développement de compétences, quant à lui, peut se réaliser à plusieurs niveaux. D'une part, les sujets découvrent les commandes ou objets qu'ils décrivent dans un environnement partagé et d'autre part, en travaillant sur les descriptions de texte et sur leur évaluation, ils peuvent développer des connaissances liées à la rédaction et à la révision de texte. Ces dernières sont de trois ordres : les connaissances liées aux critères de qualité des textes techniques, les connaissances liées à la prise en compte de leur lectorat et les connaissances liées aux modèles de textes bons ou mauvais.

le partage des représentations par la coopération, la négociation et la catégorisation sociale

La coopération peut être considérée comme une forme d'interaction visant essentiellement à assurer une motivation des participants (Nastasi et Clements, 1994) ainsi qu'une structure opérationnelle de l'activité mise en place. Dans notre dispositif, le serveur de communication utilisé correspond à un environnement virtuel partagé. De ce fait, la découverte des commandes ou objets passe nécessairement par la coopération. Certains participants produisent des actions qui peuvent être perçue par d'autres sous forme de feed-back renvoyés par le système. La collaboration, quant à elle, a été définie comme impliquant un engagement des participants dans un effort coordonné de résoudre un problème ensemble (Teasley et Roschelle, 1993). Nous exploitons ces deux aspects, le second étant opérationalisé par le biais de la négociation.

La négociation de sens intervient également pour créer un cadre de référence commun sur les critères de qualité des textes (détection, catégorisation et identification des solutions). Nous avons choisi d'en faire une variable indépendante car elle nous semble être un facteur déterminant dans le développement des sujets. En effet, la négociation au sens où nous l'entendons est très proche de la collaboration, telle qu'elle a été définie plus haut. Selon Pea (1993), le mécanisme du changement conceptuel reposerait sur les deux éléments que sont la négociation de sens et l'appropriation. Pour cet auteur, la communication n'est pas vue en terme de transmission-réception d'une connaissance d'abord représentée mentalement puis exprimée. Au contraire, Pea se représente le sens émergeant d'un " espace de communication " entre les interlocuteurs. Autrement dit, l'expression d'une connaissance est un facteur de changement conceptuel en soi et le sens est produit par le biais de tours de parole et d'action successifs où chaque tour propose une réponse possible et prépare l'étape suivante. Ainsi, les personnes construisent un " terrain conceptuel commun " et spécifient également des différences. La négociation de sens s'opère grâce à l'utilisation de procédures telles que les demandes de clarification ou d'élaboration, les commentaires, les rectifications, les paraphrases et autres outils linguistiques utilisés dans le signalement et la réparation des problèmes de compréhension partagée. Le second mécanisme générateur de changement conceptuel est l'appropriation. En effet, l'appropriation des actions conversationnelles d'autrui par un sujet modifient la carte conceptuelle de ce dernier et inversement, l'expression de ces appropriations ou interprétations peuvent modifier, en retour, la carte conceptuelle d'autrui.

Dans notre dispositif, la catégorisation sociale se met en place par le biais du classement des textes produits. Elle a trois fonctions principales, la motivation des sujets, la mise en situation de la lecture évaluation et la création d'un cadre de référence commun pour la qualité des textes.

En ce qui concerne la motivation, des recherches ont montré que l'effet d'assoupissement social (social loafing effect, Latané, Williams et Jarkins, 1979) - effet traduit par l'abaissement du niveau de performance en situation de travail collectif par rapport à celui observé en situation individuelle - disparaît lorsque les sujets évaluent leurs performances en les comparant à celles d'autrui, (Harkins et Szymanski, 1988). Par ailleurs l'engagement des personnes dans l'activité de comparaison sociale est extrêmement précoce (voir Monteil et Huguet, 1991), celle-ci peut donc être considérée comme un élément familier et acceptable pour tous les sujets. De plus, certaines recherches (Monteil, Caster, 1989 par exemple) ont montré que la participation à une activité en groupe précédant un travail individuel, modifiait la " part d'initiative cognitive du sujet " (Monteil et Huguet, 1991) et par conséquent, les performances de ce dernier.

Le fait de devoir classer les textes produits par ordre de qualité contraint les sujets à adopter le point de vue du lecteur-évaluateur, en ce sens que chaque sujet doit déterminer les éléments positifs et négatifs de chaque texte pour aboutir à un classement. Néanmoins d'autres critères de sélection ne sauraient manquer d'intervenir à partir du moment où les sujets font partie d'une communauté. Ainsi, certains critères de choix, plus subjectifs, sont certainement liés à des degrés de proximité psychologique entre les sujets.

Pour finir, le résultat du classement est présenté sous deux formes : un classement du groupe et une moyenne des rangs attribués par chaque sujet, l'objet de cette moyenne étant d'apporter une pondération du classement. Ceci constitue un cadre de référence commun et nous pouvons d'ores et déjà émettre l'hypothèse que les textes classés premiers devraient servir de modèles pour les productions ultérieures.

Les interactions rédacteur - lecteur et rédacteur - utilisateur

Tous l'intérêt de notre dispositif tient dans les interactions entre les statuts des participants. En effet, à partir de la théorie de l'interaction sociale et à partir des différences expert - novice pour les tâches de révision, il nous est apparu clairement que nous nous devions de mettre en relation des rédacteurs et des lecteurs. Cette relation est mise en scène par divers artefacts comme la négociation, et le classement des textes. Ce faisant, nous mettons l'accent sur un type particulier de lecteur : le lecteur-évaluateur.

Par ailleurs, il nous a semblé indispensable de mettre en œuvre un autre type de relation. En effet, lorsqu'il s'agit de texte technique, la compréhension du texte est tout particulièrement fondamentale puisque, comme nous l'avons vu en décrivant les caractéristiques de ce type de texte, ses fonctions visent essentiellement la réalisation d'actions. Nous avons donc choisi de permettre aux participants d'avoir un regard d'utilisateurs sur les éléments qu'ils doivent décrire par la suite. Ceci est mis en scène par la découverte coopérative des commandes ou objets. Ayant été utilisateurs, les rédacteurs sont plus à même de repérer des difficultés sur lesquelles ils ne peuvent manquer de mettre l'accent. De la même façon, ils peuvent identifier des lacunes ou des erreurs dans les textes produits par les autres participants.

Nous avons donc deux types d'interaction : les interactions entre rédacteur et lecteur ou lecteur-évaluateur et les interactions entre rédacteur et utilisateur ou lecteur-compreneur. Ces deux types d'interaction sont étroitement liés. On peut considérer, par ailleurs, qu'ils correspondent aux deux éléments également liés que sont la forme et le fond d'un texte.

La mise en oeuvre des processus de rédaction et de révision

Le dispositif prévoit, comme nous l'avons déjà mentionné plus haut, un certain nombre d'étapes qui proposent des modes de travail, des statuts différents pour nos sujets et des tâches. Regardons maintenant ces dernières plus attentivement. Celles-ci se suivent dans un ordre logique et dépendant, les précédantes étant des conditions indispensables à la réalisation des suivantes.

Pour rédiger un texte technique, la première chose à faire est, bien entendu, de prendre connaissance de l'objet de la description. Nous proposons une première tâche coopérative pour la manipulation des commandes ou objets informatiques à décrire. Dans un deuxième temps, nous demandons à nos sujets de rédiger un petit texte permettant à des utilisateurs novices d'utiliser les commandes ou objets en question. Ensuite, nous proposons une lecture de l'ensemble des textes produits. L'objectif de cette tâche est de permettre au sujet d'adopter le point de vue du lecteur. En effet, chaque sujet sera indéniablement lecteur des textes qu'il n'aura pas produit et retrouvant son propre texte au milieu des autres, nous présumons qu'il aura plus de recul par rapport à ce dernier. La lecture des textes précède deux autres tâches : la négociation des critères de qualité des textes techniques et le classement des textes produits. Dans le cas de la négociation, les sujets peuvent être à la fois lecteurs et rédacteurs : lecteurs lorsqu'ils déterminent les critères de qualité et rédacteurs lorsqu'ils défendent leurs intentions rédactionnelles. Enfin, le classement des textes produits permet aux sujets de différencier qualitativement les textes en portant davantage d'attention à la détection d'erreur que dans les tâches précédantes.

La série de tâches que nous venons de présenter se reproduit trois fois au cours d'une session expérimentale. Ainsi, nous cherchons essentiellement à observer une évolution dans la qualité des textes produits entre les trois parties.

Nous avons choisi de faire rédiger à nos sujets trois descriptions différentes mais très proches les unes des autres. En effet, il s'agit à chaque fois d'un outil ou d'une fonction de communication synchrone ou asynchrone. Les textes produits par les sujets étant relativement courts (la consigne propose une limite supérieure de 15 lignes), et le dispositif prévoyant la lecture des textes produits par les autres membres du groupe, nous n'avons pas choisi de travailler sur la révision complète des textes produits. Comme nous l'avons vu plus haut, nous avons cherché à éviter un effet plafond pour nos résultats et il aurait été particulièrement difficile de l'éviter dans cette situation. D'aucuns pourront objecter que nous n'avons pas travaillé sur la révision de texte, mais en réalité, nous considérons d'une part, que nous avons utilisé une bonne partie du processus tel qu'il a été défini dans la théorie de résolution de problème et d'autre part, qu'en ce qui concerne la mise en forme du texte, nous pouvons observer des révisions effectivement réalisées. Par exemple, la présentation de la syntaxe informatique et sa distinction du reste du texte constitue un élément susceptible d'être révisé d'une production textuelle à une autre. Nous nous concentrons ainsi sur les processus de révision de haut niveau et nous mettons l'accent sur la forme donnée au texte, aspect fondamental de la rédaction technique.

Tâches Modes de travail Statuts des participants
découverte des éléments à décrire coopératif (les participants sont actifs ou passifs, ils doivent découvrir les aspects liés à la réalisation de l'action par eux-mêmes ou par des tiers.) les participants sont utilisateurs des commandes ou objets à décrire.
mise en texte individuel (les participants rédigent seuls leur description) les participants sont tous rédacteurs.
révision lecture évalutation individuel (les participants lisent l'ensemble des textes produits) les participants sont tous lecteurs.
détection, catégorisation d'erreur et identification des solutions implicites ou explicites dans le cas de la détection implicite, le travail est individuel, non organisé et non contrôlé. les participants sont lecteurs et/ou rédacteurs
dans le cas de la détection explicite, le travail est collaboratif et opérationalisé par la négociation des critères de qualité des textes techniques. les participants sont lecteurs mais prennent le statut de rédacteur lorsqu'ils défendent les qualités de leur propre texte.
évaluation des textes l'évaluation des textes est individuelle mais le résultat est coopératif. les participants sont lecteurs et/ou rédacteurs.
Tableau récapitulatif des actions, modes de travail et statuts des participants.

Présentation de l'environnement expérimental

Nous avons choisi de bâtir notre environnement expérimental sur Internet pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il n'aura échappé à personne, que ce réseau est devenu extrêmement familier pour une bonne partie des étudiants. De plus, il constitue, en soi, un élément particulièrement prometteur pour l'éducation à distance et ce mode d'enseignement correspond à nos objectifs de recherche. Enfin, il permet, de part ses propriétés intrinsèques et sa facilité d'utilisation, de construire très simplement un environnement partagé.

Le mariage du WWW et du MOO pour un environnement partagé

Le World Wide Web (WWW) est un système hypermédia distribué très largement répandu sur Internet. Pour accéder aux WWW, l'utilisateur utilise un "browser" qui permet de télécharger et de lire certains types de fichiers (textes, images, bases de données, formulaires interactifs, etc.) Pour créer notre environnement, nous avons largement utilisé la formule des "frames" qui permet de présenter plusieurs documents sur une même fenêtre. Ceci nous a permis de proposer une interface homogène et facile à utiliser pour un novice. En effet, un menu spécifique à notre expérience est toujours présent à l'écran pour permettre une navigation simple et sans ambiguïtés. Aujourd'hui, la plupart des "browsers" permettent de "lire" des programmes écrits dans des langages spécifiques, comme le Java Script par exemple. Nous avons utilisé un programme de ce type (applet Java) pour intégrer une fenêtre MOO sur les pages web de notre dispositif.

Les MOOs sont des serveurs de réalité virtuelle textuelle issus des MUDs (Multi-User Dungeons) largement utilisés sur Internet pour les jeux de rôle interactifs. Ils permettent à de nombreux utilisateurs de se connecter en même temps et d'interagir entre eux et avec le programme. Actuellement, la technologie MOO est utilisée dans de nombreux contextes : la communication privée ou professionnelle, le travail collaboratif, l'enseignement, etc. Sur un plan technique, le MOO est un système interactif, accessible en réseau, multi-utilisateur et programmable. Lorsqu'un utilisateur se connecte sur le MOO, il utilise, en local, un client spécialisé de type Telnet et un nom d'utilisateur. La principale tâche du client est d'envoyer et de recevoir les entrées/sorties entre l'utilisateur et le serveur (Tognotti, Schneider & Mendelsohn, 1995).

Une fois connecté, les participants envoient des commandes en ligne qui sont interprétées par le MOO. Ces commandes peuvent modifier la "réalité virtuelle". Ainsi la localisation des participants ou des objets peuvent changer. Dans l'architecture MOO, tout est représenté par des objets informatiques. Chaque personne, chaque pièce, chaque chose est considérée comme un objet qui peut être "vu", "examiné" et "manipulé". Le MOO gère une base de données qui rassemble les objets créés ainsi que leurs attributs, ce qui permet de les retrouver d'une session à l'autre. Le monde virtuel du MOO peut s'étendre à la fois par le biais de la construction et de la programmation. La construction implique la création et la personnalisation d'objets à partir d'objets génériques ou prototypiques et la programmation implique l'écriture d'un code informatique dans un éditeur approprié afin de créer des objets totalement nouveaux. Ce code ou langage informatique peut s'avérer très puissant. Il a, en effet, permis la création d'un nombre impressionnant d'objets tels que des clients WWW, des salles de classe, des systèmes d'information internes au MOO pour ne citer qu'eux. Il est également possible, sous réserve d'autorisation, de "porter" des objets d'un serveur MOO à un autre.

L'interaction avec le TECFAMOO :

Une fois connecté, un utilisateur peut taper :

>look
et la réponse pourra être du type :

Salle bleue
Bonjour à tous, 
Vous vous trouvez dans une piece virtuelle. Votre tache va consister, dans un premier temps, 
a travailler sur des commandes ou des objets virtuels pour ecrire des descriptions dans un 
deuxieme temps. Reportez-vous aux consignes pour travailler sur les objets et rediger les 
descriptions. 
You see tableau and buste de singe en platre here.
Voltaire (asleep), Hugo (asleep), Zweig (asleep), Cohen (asleep), and Sand (asleep) are here.
Obvious Exits: Out (to Lab).
Le serveur MOO se présente comme un espace virtuel organisé en "pièces" dans lesquelles peuvent se trouver des participants et des objets. Dans l'exemple ci-dessus, nous nous trouvons dans une des pièces utilisées dans notre expérience. Si nous tapions "out" dans le moo, nous nous déplacerions vers le laboratoire expérimental (lab).

La métaphore spatiale est un des aspects les plus intéressants du MOO. En effet, celle-ci permet de mettre en oeuvre des relations complexes entre les objets ou les idées : le regroupement, le tri, l'éloignement, etc. Ce type d'espace est tout particulièrement utile pour organiser de grandes quantités d'objets informatiques. De plus, cette métaphore fait appel à des moyens naturels d'organisation de l'information et la communication des propriétés spatiales des objets est, pour l'homme, une tâche tout à fait courante et aisée.

L'interaction avec les participants :

Deux modes d'interaction sont possibles avec les autres participants : le mode synchrone et le mode asynchrone.

Le mode synchrone se décline sur plusieurs fonctions :

"parler" avec des participants localisés dans la même pièce virtuelle :


>say bonjour à tous, nous allons commencer l'expérience
you say, "bonjour à tous, nous allons commencer l'experience
Voltaire says, "deja?, je suis pas tout a fait pret"
>say ok je vous donne encore 5 min.
you say, "ok je vous donne encore 5 min."
Il est également possible de désigner des destinataires dans son message, de "chuchoter" quelque chose à un participant en particulier, etc.

De plus, les participants peuvent communiquer d'une pièce à l'autre :


You sense that Voltaire is looking for you in salle bleue
he pages, "je suis pret maintenant"
>page voltaire ok j'arrive et on commence
Voltaire has received your page
Les feed-back renvoyés par le serveur MOO comme "Voltaire has received your page" sont bien sûr modifiables, on peut donc traduire tout ou partie des textes en fonction de la vocation du MOO.

Pour finir, il existe également des canaux de communication utilisés par des groupes et ce, indépendamment de la localisation des participants.

Le mode asynchrone propose, lui aussi, plusieurs variantes. Le TECFAMOO dispose, entre autres, d'un système de messagerie interne (e-mail et news groups). Chaque utilisateur est averti d'un message reçu en début de session MOO.

Dans le cadre de notre expérience nous utilisons le MOO comme un espace partagé de coopération et de négociation. Les sujets sont tous dans une même pièce et manipulent ensemble des commandes ou outils de communication. Ils peuvent donc construire une représentation partagée de ces commandes ou outils en étant à la fois manipulateur et observateur de la manipulation des autres participants. De plus, le MOO est utilisé comme outil de communication synchrone entre les participants et l'expérimentateur. Enfin, nous l'utilisons comme un outil de gestion pour l'expérience. En effet, c'est à partir du MOO que nous avons construit 80 % de notre dispositif et l'expérimentateur dispose de commandes particulières pour traiter les données (effacement, archivage, etc.) à partir du MOO.

De nombreux travaux ont été réalisés pour intégrer WWW et MOO. Le WOO en est un exemple : le WWW sert d'interface au serveur MOO et permet d'utiliser ce dernier comme un hypertexte en cliquant sur les liens proposés (participants, pièces, objets) afin de provoquer un déplacement ou/et d'obtenir une description. L'intérêt de ce type d'alliance permet notamment d'ajouter des illustrations au MOO lorsqu'il n'est que textuel ou d'intégrer une métaphore spatiale au WWW. Un autre exemple, Eweb, permet d'utiliser le MOO comme une base de donnée et comme un générateur de pages HTML (HyperText Markup Language) lisibles à travers les "browsers". A l'inverse du WOO, l'interface n'est plus systématiquement basée sur une représentation spatiale parfaitement calquée sur celle du MOO. Par contre, il est possible de générer des formulaires interactifs dont les réponses peuvent être stockées, traitées et redistribuées directement sur ou par le MOO. Cette application facilite grandement la manipulation des données et permet de construire, à peu de frais, un environnement de travail relativement souple. C'est précisément cette formule que nous avons choisi d'utiliser.

Présentation de l'interface

L'interface correspond donc à un ensemble de pages web rassemblées dans un " frame ". La première de ces pages présente une fenêtre de communication pour le MOO, la deuxième correspond à un menu permettant d'accéder aux différentes parties du dispositif et enfin, une série de pages s'insèrent dans un espace réservé à l'affichage de ces différentes parties.

Ces parties ou pages WWW sont les suivantes :

Parmi les pages ci-dessus, trois d'entre elles sont des formulaires à partir desquels les sujets doivent interagir avec le système. Dans le formulaire de rédaction (voir illust. 1), le sujet se trouve face à deux lignes de consignes qui résument une partie des informations contenues dans les pages "consignes et plan d'expérience". Il a également devant lui une zone de texte dans laquelle il devra saisir sa description. Le niveau du traitement du texte est très sommaire : le seul "outil" dont le sujet dispose pour délimiter des paragraphes est le retour chariot ; une seule police est disponible en caractère normal et les accents sont systématiquement supprimés par le système que nous avons construit car le TECFAMOO ne peut pas les traiter. Pour valider son texte, le sujet doit ensuite sélectionner le nom de la commande ou de l'objet qu'il a décrit, son nom d'utilisateur sur le MOO et cliquer sur le bouton "valider". Un message de type "Voltaire a redige sa description" parvient alors aux autres sujets à travers la fenêtre du MOO. Après avoir lu l'ensemble des textes produits, les sujets doivent négocier et/ou voter. La négociation se réalise directement dans le MOO et ne fait pas l'objet d'un dispositif particulier. Le formulaire de vote (voir illust. 2) est, comme le formulaire de rédaction, introduit par des consignes précises sur ce que l'expérimentateur attend du sujet. Ce formulaire se présente comme un tableau : la première colonne contient le nom des rédacteurs (dans l'ordre de validation des textes) la deuxième contient une liste de choix chiffrés qui correspondent à un rang pour le classement et la troisième reprend les descriptions. L'évaluation des textes peut donc se poursuivre sur ce formulaire. Nous avons choisi de re-présenter les textes lors du vote de la classification pour éviter les aller-retour entre les pages. Pour valider son vote, chaque sujet doit alors sélectionner son nom d'utilisateur et cliquer sur le bouton de validation. Encore une fois, chaque sujet est averti du vote de ses pairs par un message de type "Cohen a vote". Lorsque tous les sujets ont voté, ils peuvent librement aller consulter les résultats (voir illust. 3) qui se présentent sous forme d'un tableau à quatre colonnes comprenant, le rang global, le nom du rédacteur, la description, ainsi que la moyenne des rangs attribués par les sujets. Ce dernier résultat, comme nous l'avons vu plus haut, nuance légèrement le sens du rang global. Mais la pertinence de cette indication n'est pas clairement attestable (moyenne sur des valeurs ordinales). Nous envisageons sa suppression dans des versions ultérieures du dispositif. Le troisième formulaire n'est pas directement lié à l'expérience. Il s'agit d'un questionnaire utilisé pour recueillir les feed-back des sujets à propos du déroulement de l'expérience et de la tâche effectivement réalisée.

Tout au long de l'expérience, la fenêtre MOO est toujours présente. De la même façon, le menu est toujours disponible pour sélectionner les différentes pages devant s'insérer dans la partie inférieure. Selon les consignes, il est demandé aux sujets d'attendre le feu vert de l'expérimentateur pour passer d'une étape à une autre et les pages représentent effectivement des étapes dans le dispositif. Néanmoins, chaque sujet peut décider de sélectionner n'importe quelle page WWW à tout moment. Dans certains cas, nous avons donc dérogé à la règle que nous nous étions fixée (ne présenter qu'une seule fenêtre à l'écran) pour éviter quelques problèmes. En effet, lors de la rédaction, si un sujet veut relire les consignes ou le plan d'expérience, il peut y accéder par le menu qui lui ouvre une seconde fenêtre avec la page demandée. Si nous avions substitué la page de consignes à la page de rédaction en cours, le sujet n'aurait pas eu d'autre choix pour revenir sur son texte que d'utiliser le bouton "back" de l'interface netscape car en utilisant le menu du dispositif, il perdait tout le travail déjà réalisé. Ces problèmes sont évidemment mineurs en terme de programmation et nous allons améliorer notre dispositif en ce sens.

L'amélioration du dispositif demanderait un travail sur un certain nombre de points. Tout d'abord, il faudrait sécuriser davantage l'ensemble du système pour éviter certaines erreurs commises au cours des expériences. La sécurité du dispositif passerait par l'automatisation de la sélection des noms d'utilisateurs, par l'automatisation de la sélection des objets décrits et par l'inaccessibilité temporaire à certains formulaires lorsque les cas d'erreur se présentent. Les sujets ne devraient donc plus avoir à sélectionner leur nom d'utilisateur avant de valider leur texte et ils ne devraient pas non plus pouvoir valider un vote ou une description plus d'une fois (ce que personne n'a fait mais qui était néanmoins possible). De plus, il faudrait automatiser davantage le passage d'une session à une autre. Il est encore manuel et à la charge de l'expérimentateur. Enfin, il faudrait apporter plus de souplesse au dispositif pour pouvoir l'utiliser dans des conditions plus variées : avec des groupes comportant moins de sujets ou davantage, avec des objets ou commandes différentes sélectionnées par un tuteur dans le cadre d'un cours à distance si on souhaite se placer en situation réelle. Enfin, il faudrait mettre à disposition de ce dernier des outils de contrôle plus accessibles et plus complets.

Dans l'état actuel des choses, l'expérimentateur dispose d'une série de commandes sur le MOO qui lui permettent de remettre les compteurs à zéro lorsqu'une erreur importante s'est produite et d'envoyer toutes les données dans une table "contrôle" (voir un exemple en annexe) à la fin de chaque partie. Il serait bienvenu de lui construire un " tableau de bord " plus élaboré et de l'agrémenter d'outils d'aide à l'analyse des négociations sans pour autant alourdir la charge cognitive des sujets par l'utilisation d'introducteurs de phrase ou de langage ad hoc.

Déroulement de l'expérience

Le plan expérimental

Comme nous l'avons vu plus haut, nous avons choisi la négociation comme variable indépendante car elle nous semble constituer un élément déterminant dans l'apprentissage de la rédaction de texte. Les recherches cités par Nystrand (1986) le confirment en tout point.

Nous avons choisi d'insérer la négociation sur les critères de qualité des textes techniques avant de demander aux sujets de classer les textes lus. En effet, nous voulons vérifier l'existence de son effet sur deux types de résultat : la qualité des textes (le fait d'avoir participé à la négociation permet-il ou non d'améliorer ses performances de rédacteur ?) et les classements proposés par les sujets (peut-on observer un effet quelconque de la négociation sur les classements proposés par les sujets ?).

Les données que nous retirons de nos expériences (variables dépendantes) sont de trois ordres :

  1. Les notes données par des juges externes pour attester de la qualité des textes produits,
  2. Les classements proposés par chaque sujet ainsi que les classements issus des moyennes des rangs attribués par les sujets (classements des groupes) et enfin,
  3. Les interactions verbales issues des négociations (quels sont les critères de qualité produits par les groupes ?).
Les notes données par les juges externes sont établies à partir d'une grille d'analyse comportant sept critères relatifs à la forme des textes techniques en général et six critères relatifs au fond des textes demandés en particulier. La présentation de la grille sera vue dans la partie traitant de la méthode de codage. Nous allons voir plus loin également, dans la partie relative aux hypothèses opérationnelles, ce que nous espérons tirer de l'ensemble de ces données.

Nous considérons comme indispensable de répéter trois fois les mesures au cours d'une même séance expérimentale. D'une part, parce que nous voulons observer un effet d'apprentissage (la qualité des textes produits s'améliore-t-elle d'un texte sur l'autre ?) D'autre part, nous voulons nous interroger sur les effets de la négociation sur l'apprentissage (les sujets progressent-ils davantage lorsqu'ils négocient les critères de qualité des textes ?)

Notre plan expérimental comporte donc deux conditions expérimentales : une condition avec négociation entre les sujets d'un groupe et une condition sans négociation.

La première condition (avec négociation) reprend l'ensemble des étapes mentionnés au fil des pages précédentes :

  1. Prise de connaissance des éléments à décrire en mode coopératif,
  2. Rédaction des descriptions,
  3. Lecture des descriptions,
  4. Négociation des critères de qualité des textes techniques,
  5. Classement des textes,
  6. Consultation des résultats.
La seconde condition, (sans négociation), ne reprend pas l'étape de négociation. Les sujets passent directement de l'étape de lecture à l'étape de classement.

Pour chacune de nos conditions expérimentales, le temps prévu pour la réalisation d'une série d'étapes (de l'utilisation d'un objet virtuel jusqu'à la consultation des résultats) est d'environ trente minutes. Les scéances expérimentales ont donc une durée d'une heure trente.

Notre plan expérimental est donc un plan à deux facteurs. Nous pouvons voir que, d'une part, nous avons un facteur intergroupe mis en forme par la variable indépendante " négociation " et d'autre part, nous avons un facteur intragroupe matérialisé par les trois mesures répétées.

Les consignes

Les consignes données aux sujets comportent les éléments suivants (les pages WWW correspondantes sont présentées en annexe) : Les trois descriptions que nous proposons aux sujets sont classées dans un ordre croissant de complexité fonctionnelle. En effet, la première description porte sur une seule commande avec ses variantes (commande, abréviation de la commande, option d'utilisation et abréviation de l'option). La deuxième description porte sur deux commandes complémentaires et sur un résultat complexe. Enfin, la troisième description porte sur un objet disposant de 3 commandes pour son utilisation et sur un résultat simplifié par rapport à la deuxième description.

Les sujets

Nous avons choisi de bâtir une expérience avec des groupes de cinq sujets car ce chiffre nous semble correspondre à un bon compromis. En effet, cinq sujets correspondent à cinq textes produits et à cinq textes évalués. D'une part, il nous semble particulièrement important de disposer de suffisamment de textes pour en tirer des exemples et des généralités sur les critères de qualité de ce type de texte lors de la négociation. D'autre part, pour l'évaluation, il nous semble également plus judicieux d'utiliser une classification sur cinq éléments. Il nous faut, effectivement, un nombre impair pour déterminer au moins un bon texte, un mauvais texte et un texte moyen. Le chiffre cinq nous permet plus de souplesse que le chiffre trois dans ce cadre puisqu'il permet d'effectuer des classements moins catégoriques et par conséquent, plus intéressants pour la catégorisation sociale. Par ailleurs, le chiffre cinq nous semble également constituer le maximum pour travailler en groupe sur ce type de tâche. Ainsi la négociation sur le MOO ne saurait supporter une personne de plus en l'absence de règles strictes de communication et demanderait davantage de temps pour réaliser l'expérience. De plus, la comparaison de plus de cinq textes, même très courts, nous paraît compromise en terme de charge mentale. En effet, il faudrait alors permettre au sujet de coder chaque texte en vue de l'évaluation comme l'ont fait les deux juges après eux.

Nous avons sélectionné nos sujets parmi les étudiants en licence de psychologie ou de sciences de l'éducation de l'université de Genève, parmi les étudiants du diplôme STAF et parmi les assistants de la faculté de psychologie et des sciences de l'éducation.

Les niveaux des sujets étaient quelque peu disparates sur deux types de compétences : la connaissance du MOO et les compétences rédactionnelles. Ainsi, les niveaux de connaissance du MOO étaient très variés dans un groupe et homogènes dans un autre et les niveaux de compétences rédactionnelles étaient variés dans chaque groupe mais non contrôlés entre les groupes. Dans une prochaine série d'expérience, nous comptons bien contrôler ces aspects plus sérieusement. Dans le cas présent, le temps et les sujets nous ont manqué pour effectuer les tests nécessaires à une répartition parfaitement homogène entre les différents groupes. En effet, la réunion de cinq personnes pendant deux heures ne va pas sans poser de problème dans un contexte universitaire. Nous nous proposerons donc de travailler, soit dans des classes d'établissement secondaire (mais nous risquerons alors de rencontrer des problèmes d'ordre technique : disponibilité et performance des machines), soit dans un système d'enseignement à distance opérationnel sur le réseau Internet.

Hypothèses opérationnelles

Nous venons de voir que nous avions construit notre plan expérimental avec une variable indépendante : la négociation. Notre dispositif étant complexe (facteurs inter- et intragroupe) nous sommes faces à un certain nombre de variables dépendantes. En effet, la négociation peut avoir des effets que nous cherchons à vérifier sur la progression de la qualité des textes produits tant au niveau de la forme que du fond et en ce qui concerne la forme, la négociation peut avoir des effets sur certains critères en particulier. De plus, elle peut avoir un effet sur le comportement des sujets au niveau des classements des textes produits.

En résumé, nous avons donc les variables dépendantes suivantes :

De plus, nous travaillons à partir de variables dépendantes secondaires que sont : Ces deux dernières variables sont issues des VD principales. En effet, le classement des textes par le groupe correspond à la moyenne des rangs attribués par chaque sujet sur chaque texte et le classement des juges est établi à partir des notes globales - fond + forme - attribuées (la meilleure note obtenant automatiquement le rang 1 et la moins bonne, le rang 5)

Globalement, nous nous attendons à observer les effets suivants :

  1. Un effet d'apprentissage global pour la rédaction et pour les deux groupes : notre dispositif mettant en scène des relations rédacteur - lecteur, il devrait permettre aux groupes de progresser sur la qualité des textes produits, d'un texte à l'autre. En effet, en lisant les textes produits par d'autres et en les classant par ordre de qualité, les sujets prennent un statut de lecteur et ne peuvent manquer de prendre conscience de l'audience dont ils font eux-mêmes partie. De plus, en tant que rédacteurs, ils ont à leur disposition des exemples de texte qui peuvent les aider dans la production des textes suivants. Concrètement, la note donnée par les juges pour le deuxième texte devrait être meilleure que celle du premier, et la note du troisième texte devrait également être meilleure que celle du deuxième.

  2. Un effet d'apprentissage plus fort sur la forme que sur le fond pour les deux groupes : les groupes devraient progresser davantage sur la forme que sur le fond puisqu'ils ne révisent pas leurs textes et que les éléments du fond changent d'un texte à l'autre. Les notes données par les juges et relatives à la forme des textes devraient donc croître plus fortement que les notes relatives au fond des textes.

  3. Un effet d'interaction entre les groupes qui négocient les critères de qualité et ceux qui ne les négocient pas : l'évolution des groupes qui font partie de la condition " négociation " devrait être différente de celle des groupes qui font partie de la condition " sans négociation " et cette différence devrait indiquer une progression plus forte pour les premiers groupes que pour les seconds car la négociation des critères de qualité permettant l'objectivation des stratégies d'écriture par la verbalisation doit amener les sujets a améliorer leurs compétences rédactionnelles.

  4. Un effet d'interaction sur la forme entre les deux conditions : l'évolution des groupes devrait être différente selon la condition dont il font partie et cette différence devrait montrer une progression supérieure de la qualité des textes relative à la forme pour la condition de négociation que pour la condition sans négociation.

  5. Un effet d'interaction sur le fond entre les deux conditions : l'évolution des groupes devrait être différente selon la condition dont il font partie et cette différence devrait montrer une progression supérieure de la qualité des textes relative au fond pour la condition " négociation " par rapport à la condition " sans négociation ". En effet, dans la négociation, les critères de qualité des textes relatifs au fond devraient pouvoir être produits et un effet de la production de ces critères devrait pouvoir être observé.

  6. Un effet d'apprentissage pour la lecture - évaluation : les classements des sujets devraient être de plus en plus corrélés avec les classements des juges. En effet, notre dispositif devrait permettre aux sujets d'améliorer leurs performances de lecteur-évaluateur. La consultation du classement du groupe étant possible, ils obtiennent un feed-back sur leur niveau de lecteur dans le groupe.

  7. Un effet d'interaction pour la lecture - évaluation : la progression des corrélations entre les classements des sujets appartenant à la condition " négociation " et ceux des juges devraient être plus forte que la progression des corrélations entre les classements des sujets appartenant à la condition " sans négociation ". En effet, la négociation devrait permettre l'objectivation de critères de qualité des textes techniques qui devraient, à leur tour, faciliter le tâche du lecteur-évaluateur.
Pour les effets d'apprentissage, nous ne saurons déterminer une cause précise de l'effet observé. En effet, les causes pourront être multiples. Les sujets novices sur le MOO, par exemple, pourront améliorer leurs compétences rédactionnelles en prenant progressivement connaissance du système dans lequel ils évoluent. De la même façon, l'amélioration pourra être due au caractère répétitif des tâches à réaliser. Nous nous contenterons donc de vérifier l'apprentissage.

L'observation de ces effets nous amènera à la détermination d'autres effets directement liés aux théories de la rédaction et de la révision. En effet, nous l'avons vu en explorant les questions de recherche, nous avons cherché à intégrer des éléments issus des différents modèles théoriques dans notre dispositif. La négociation en fait partie, mais nous avons également intégré les modèles de textes et la mise en place d'une communauté discursive mettant en scène des relations rédacteur - lecteur. A chacun de ces éléments correspond un effet : l'effet négociation ou interaction entre les conditions expérimentales, l'effet modèle et l'effet lecteur.

L'effet modèle correspond à la théorie du modèle des stades (le texte est intrinsèquement bon, il est reconnu comme tel par une communauté discursive (les 5 sujets) et par l'expert. Cet effet sera le plus probable si :

  1. Les textes classés premiers par les juges sont les mêmes que les textes classés premiers par les sujets ;
  2. Les critères valorisés par les textes classés premiers se sont améliorés dans les textes suivants pour l'ensemble du groupe.
Bien entendu, on pourra émettre l'hypothèse que le niveau des lecteurs dans le groupe n'est pas suffisamment élevé pour reconnaître les qualités indiscutables d'un bon texte. Dans ce cas, c'est à dire, si les textes classés premiers par les juges ne sont pas les mêmes que les textes classés premiers par les sujets, nous privilégierons le choix des sujets par rapport à celui des juges. Nous considérerons l'effet modèle valide si le point 2 est vérifié et si le point 3 de l'effet négociation, que nous allons aborder maintenant, ne l'est pas.

L'effet négociation correspond à la théorie de résolution de problème (la détection et la catégorisation des erreurs sont objectivisées à l'intérieur du groupe). Cet effet sera le plus probable si :

  1. L'effet modèle n'est pas vérifié ;
  2. Les critères valorisés par les textes classés premiers par les sujets se sont améliorés dans les textes suivants pour l'ensemble du groupe ;
  3. On observe une évolution différente sur la qualité des textes produits entre les deux conditions expérimentales et que cette différence nous montre que les sujets ayant négocié la qualité des textes progressent davantage sur la forme et sur le fond que les sujets n'ayant pas négocié.
L'effet lecteur correspond à la théorie de l'interaction sociale (le texte n'est ni bon ni mauvais, au sens objectif du terme, mais il est considéré comme atteignant une valeur de réciprocité au sein du groupe). L'effet lecteur sera le plus probable si aucun des deux autres effets n'est vérifié.

Méthode de codage

La méthode de codage est en partie automatisée par le dispositif lui-même. En effet, les sujets classent les textes produits par ordre de qualité et cette classification permet d'avoir un relevé de leur niveau de lecteur. Par ailleurs, deux juges ont noté l'ensemble des textes produits. Pour ce faire, ils ont utilisé une grille d'analyse qui distingue la forme du fond. Les notes possibles pour chaque critère analysé vont de -1 ou 0 à 1. Des notes intermédiaires sont possibles. Exceptionnellement, des quarts de point ont été attribués. Nous avons choisi d'utiliser les notes négatives car certains éléments ou certaines lacunes entravent sérieusement la compréhension des textes. C'est en ce sens que nous souhaitions utiliser une forme de pénalité pour contrebalancer les effets positifs des textes rédigés. La note globale de chaque texte correspond à la somme algébrique des notes obtenues pour la forme et pour le fond. En règle générale, ces deux types de critères ne sont pas redondants mais il conviendrait de conduire une analyse plus fine pour le vérifier.

Critères de forme Notation Exemple noté 1 Exemple noté -1
Structuration du texte en parties liées aux unité textuelles pertinentes.

Dans chaque texte, nous devons trouver un certain nombre d'unités textuelles pertinentes. Celles-ci doivent être structurées en paragraphes cohérents pour faciliter le travail du lecteur.

pertinente = 1
non pertinente ou ambiguë = 0
absence = -1
La commande say permet d'echanger des messages. Plusieurs formes syntaxiques sont possibles:
1) say
2) "
3) -
Le guillemet de la forme 2 est un raccourci pour 'say'. La forme 3 permet en plus de specifier un destinataire particulier pour le message a envoyer.

Le feed-back associe est different selon les dernieres lettres du message: Lorsque qu'on utilise un point d'exlamation a la fin du message, on obtient par exemple: You exclaim, "test !". Par contre, lorsque le même message se termine par un smiley, on obtient: You smile, "test :)" ou encore You wink, "test ;)".

la commande say est une commande permettant d'envoyer un message a un autre destinataire branche. Si tous les destinataires sont vises il suffit d'ecrire say et ce que l'on desire dire. Mais si on veut atteindre un destinataire particulier, il faut dire say to et le nom de la personne souhaitee. Les autres voient toutefois ce que l'on ecrit. Facile, non?
Distinction graphique ou structurelle de la syntaxe.

La syntaxe informatique doit être distinguée du reste du texte par les moyens mis à disposition des sujets : passage à la ligne, introduction par les deux points et/ou mise entre guillemets.
En effet, si la syntaxe informatique n'est pas distincte du reste du texte, son utilisation devient compromise.

pertinente = 1
non pertinente ou ambiguë = 0
absence = -1
Il existe plusieurs variantes de cette commande:
say blabla (commande standard)
"blabla (commande abregee)
to Y blabla et -Y blabla (le message "X says to Y" s'affiche en meme temps que le contenu blabla)
Si tous les destinataires sont vises il suffit d'ecrire say et ce que l'on desire dire. Mais si on veut atteindre un destinataire particulier, il faut dire say to et le nom de la personne souhaitee.
Niveau sémantique

Le niveau sémantique se rapporte ici au sens général du texte : le sujet doit décrire un objet ou une commande sans se contenter d'émettre un avis sur son utilisation.

pertinent = 1
hétérogène = 0
non pertinent ou hors sujet = -1
La commande say permet de communiquer du texte aux autres intervenants se trouvant dans la meme piece du MOO... Interessant! Ca permet par exemple de faire un colloque a distance et de garder trace ecrite de ce qui a ete dit par chacun des partenaires. Permet aux sourds de participer aux debats sans interpretes. D'un point de vue plus descriptif, c'est une commande qui permet d'exprimer ce qu'on veut et de le faire partager a chacun. Permet egalement de choisir son partenaire et de lui ecrire un message personnalise.
Métaphore

Nous observons ici l'utilisation des métaphores et assimilés qui peuvent être des éléments profitables à la compréhension de texte. Plus généralement, nous aurions pu intituler cette rubrique " analogies ".

pertinente = 1
absence = 0
non pertinente (qui induit en erreur) = -1
L'objet say permet de "parler a haute voix", ce qui veut dire que quiconque se trouve dans la meme piece entendra ce qui est dit

Le tableau est un objet qui permet de laisser un message dessus. Il correspond a la metaphore d'un tableau noir.

Le tableau noir fonctionne comme un repondeur telephonique.
Orthographe, grammaire, syntaxe et Typographie.

Nous recensons ici les erreurs de surface qui peuvent, si elles sont importantes, nuire à la compréhension des textes. Ainsi l'absence de ponctuation peut être une source de confusion.

pas d'erreur = 1
peu d'erreurs ou insignifiantes = 0
erreurs importantes ou nombreuses = -1
Pas d'erreur Voulez vous communiquer ?
Vous avez plusieurs solutions :
Tapez : SAY blabla
ou : " blabla
Ceci pour parler us ceux qui sont dans la meme piece que vous
et : TO nom_de_la_personnne blabla
Ceci pour ne parler qu'a une seule personne
Vous verrez a l'ecran :
Votre_nom says, "blabla
terminologie, sémantique (ambiguïtés, synonymes, etc.)

En rédaction technique, les termes doivent être choisis avec précaution. Les phrases ne doivent pas être ambiguës et les synonymes doivent être évités pour ne pas semer le doute dans l'esprit du lecteur.

pas d'erreur = 1
peu d'erreurs ou insignifiantes = 0
erreurs importantes ou nombreuses = -1
Pas d'erreur L'objet laisser_message permet d'ecrire du texte qui sera enregistre, accessible et lisible par la suite au moyen de la commande lire_message.
Exemplification.

La présence d'exemples est très importante pour le type de texte qui nous concerne. En effet, ils permettent au lecteur - utilisateur d'avoir une meilleure représentation de l'action qu'il va devoir effectuer.

pertinente = 1
non pertinente ou ambiguë = 0
absence = -1
Pour parler, il suffit de tapper: 'say bonjour a tous' pour voir s'afficher: 'you say "bonjour a tous"' Pas d'exemple

Critères de fond
verbe 'say' messagerie tableau Notations
verbe 'say' pour parler à toutes les personnes présentes dans une même pièce du moo messagerie accessible aux personnes se trouvant dans la salle bleue tableau pour laisser des notes/messages accessibles aux personnes présentes dans la pièce ou ce trouve le tableau complet = 1
incomplet = 1/2
incorrect ou absent = -1
commandes et abréviations pour le verbe 'say' commande pour laisser un message commande pour écrire sur le tableau idem
possibilité de désignation d'un destinataire particulier commande pour lire les messages commande pour regarder le tableau idem
commandes et abréviations pour option de désignation la présentation des messages lors de l'affichage commande pour effacer le tableau idem
modification du message reçu par la ponctuation en fin de phrase. composition des messages la présentation des notes/messages idem
unité textuelle supplémentaire unité textuelle supplémentaire unité textuelle supplémentaire pertinent = 1
absent = 0
incorrect = -1

Textes types
verbe 'say' messagerie tableau
Sur le MOO, il existe trois façons de s'adresser aux autres personnes presentes dans la meme pièce virtuelle:
1. Vous pouvez taper :
say votre texte
ex : say bonjour je m'appelle schmutz
2. Vous pouvez egalement utiliser l'abreviation suivante et taper :
" votre texte
ex : "bonjour je m'appelle schmutz
3. Pour vous adresser a une personne en particulier, vous pouvez taper :
to schmutz votre texte ou encore : -schmutz votre texte
Notez neanmoins que toutes les personnes présentes dans la piece recevront ce message sur leur ecran.

De plus, sachez que la ponctuation qui termine votre message peut modifier les feedbacks recus par toutes les personnes dans la piece. Par exemple, si vous terminez votre message par ! ou ?, le feedback sera de type "x exclaims..." ou "x asks..." Vous pouvez également utiliser les "smiley" pour terminer votre message. Ainsi, avec les signes :) ou :( le feedback sera de type "x smiles..." ou "x frowns..."

La salle bleue dispose d'une messagerie : vous pouvez déposer des messages dans cette piece ou venir les lire. A cette fin, deux commandes sont à votre disposition :


1. Pour laisser un message, il suffit de taper :
laisser_message votre texte
ex: laisser_message je cherche mon chat
2. Pour lire les messages, il faut tout simplement taper :
lire_messages
Ceux-ci apparaissent alors sous forme de liste, classés du plus récent au plus ancien. Ces messages sont également précédés du nom de leur auteur et suivis de la date et de l'heure de leur rédaction.

La salle bleue contient un tableau sur lequel il est possible d'écrire, que l'on peut regarder et effacer.
Vous disposez de trois commandes :


1. Pour ecrire sur le tableau, il faut taper :
ecrire "votre texte" on tableau
Si votre message est long, il est vivement conseillé d'utiliser les guillemets.
2. Pour regarder le tableau et lire son contenu, il suffit de taper :
regarder tableau
Le contenu du tableau s'affiche avec les textes classés chronologiquement.
3. Pour effacer le tableau, il faut simplement taper:
effacer tableau

Notez que toute personne se trouvant dans la même pièce que le tableau a le droit d'y ajouter un texte, de lire et d'effacer son contenu. Cette dernière manipulation est irréversible.


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