STAF 17 : La taxonomie des médias (Erhard U. Heidt)

Les médias éducatifs sont des instruments mis au service d'une fonction ou d'une intention pédagogique spécifique. Mais quels sont les critères qui permettront à l'éducateur de décider quel est le médium le plus approprié à l'objectif visé ? De nombreux auteurs ont entrepris des classifications des médias.


1. Résumé des bilans de recherche

Les résultats de ces recherches montrent que non seulement la plupart des médias peuvent être effectivement utilisés pour atteindre de nombreux objectifs, mais aussi que ces objectifs peuvent être atteints par n'importe lequel de ces nombreux médias. La critique la plus importante de ces recherches concerne l'absence de toute base théorique. Il paraît nécessaire d'esquisser une théorie des fonctions des médias dans le processus éducatif notamment pour expliquer leur influence dans les processus d'apprentissage. Ceci est un préalable indispensable à la définition des variables susceptibles d'être les plus pertinentes.

Parmi les variables indépendantes utilisées dans les recherches, on retrouve les catégories des médias elles-mêmes : film, télévision, livre, bande sonore, diapositive, etc. Chacun de ces termes couvre des réalités très diverses, il a été suggéré la définition de variables propres aux médias en termes d'attributs spécifiques permettant de décrire en détails les possibilités de chaque media. Un attribut étant tout élément structurel qui influe sur le type de matériau susceptible d'être présenté, l'agencement d'un matériau en relation avec les autres ou la façon dont un matériau est présenté. (Selon Salomon, 1968)

Exemples : la capacité de :

Aucun attribut d'un media ne présente un avantage inhérent général. La valeur relative d'un media est fonction de la spécificité de la tâche à accomplir. Spangenberg (1973) l'exprime en disant que l'utilisation du mouvement ne semble efficace que "lorsque le contenu particulier de l'apprentissage consiste dans le mouvement et ses caractéristiques ou quand le contenu est renforcé et différencié grâce aux effets produits par l'action en mouvement" (La taxonomie des médias, Erhard U. Heidt). Les médias contribuent à renforcer l'apprentissage que s'ils remplissent une fonction spécifique par rapport à une tâche d'apprentissage.

Un autre groupe de variables utilisé : l'apprenant ou le groupe d'apprenants. Dans la plupart des études, les individus sont ramenés à un apprenant moyen et les différences individuelles ne sont pas prises en compte. Comme divers étudiants peuvent réagir différemment au même type d'enseignement, l'utilisation d'un attribut propre à un media éducatif peut être efficace pour un certain type d'étudiant mais inefficace pour un autre étudiant ayant d'autres caractéristiques. C'est pourquoi les recherches devraient se concentrer sur l'investigation de l'efficacité de différents types de médias sur différents individus bien définis. Les étudiants testés dans les recherches sur les médias devraient être clairement caractérisés quant à leurs aptitudes, en particulier quant à leurs capacités intellectuelles, leur style cognitif, leur motivation et autres variables de la personnalité.

Les bilans de recherche sur les médias révèlent que la question, "quel media ou quel attribut d'un media est plus efficace que l'autre", s'est révélée improductive. Ils suggèrent de la remplacer par "quels attributs spécifiques de quel media sont-ils propres à favoriser l'apprentissage en fonction de quels traits caractéristiques de l'enseigné et compte tenu de quelle tâche à accomplir". Ceci signifie une définition plus précise des variables pertinentes mais surtout de tenir compte des interactions entre ces variables. Cela veut dire ne plus mettre l'accent sur les effets d'un ensemble de variables isolées mais sur la totalité complexe du processus d'enseignement-apprentissage.

Une théorie de la sélection des médias devrait être soutenue par une théorie de l'apprentissage. Il semble nécessaire d'analyser les médias à l'intérieur d'un cadre théorique cohérent permettant de définir les attributs des médias susceptibles de remplir une fonction d'apprentissage compte tenu des caractéristiques des enseignés et de la tâche à accomplir.


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2. L'élaboration des systèmes de classification

Le terme de classification recouvre la notion d'ordre qui opère sur des catégories permettant de former des classes séparées, et la notion de taxonomie qui apporte à cet ordre une strucutre fixe, en organisant ces classes en une séquence selon une règle ou plusieurs principes. Exemples : le tableau périodique des éléments chimiques, et le système de Linné en biologie. Attention cet ordre n'est pas naturel ou objectif, il est imposé par l'homme, ce qui est encore plus flagrant pour des médias éducatifs qui sont des systèmes construits par l'homme. Il peut y avoir plusieurs taxonomies pertinentes des médias éducatifs. La pertinence d'un système de classification ne dépend pas seulement de la logique interne, et de sa cohérence formelle, mais aussi de son utilité par rapport à un objectif spécifique.

La pertinence d'un critère choisi pour une classification est déterminée par l'objectif poursuivi par celui qui fait la classification ou l'utilisateur potentiel.
Les taxonomies de médias ont été développées selon des intentions différentes. La fonction d'une taxonomie est :

Les problèmes essentiels pour toute taxonomie des médias sont de choisir un principe de classification correspondant à l'objectif de la recherche et de la sélection des médias, et de choisir les classes de phénomènes à ordonner. Ainsi, on peut identifier au moins 2 sous-classes dans une taxonomie des médias : Exemples de systèmes de classification existants

Le système de Bretz classe les caractéristiques techniques de la communication dans un tableau à 2 dimensions. Cette classification faite en termes de hardware, difficilement transférable en termes de software ne semble pas apportet de l'intérêt par rapport aux problèmes d'apprentissage.

La classification hiérarchique de Duncan fait partie de celles qui utilisent des caractéristiques pragmatiques en guise de critères de classification. En effet, les choix d'un média sont généralement fondés sur des considérations économiques, la disponibilité du matériel, les préférences individuelles et les exigences administratives et organisationnelles et non sur les preuves de leur efficacité. Le tableau proposé par Duncan va du média le plus simple au plus compliqué, du moins cher au plus cher. Pour Duncan, d'autres facteurs tels que les facteurs pédagogiques sont aussi importants, mais il est nécessaire de considérer le média isolément avant de l'étudier dans un contexte éducatif global.
L'application d'une telle classification hiérarchique à des problèmes pratiques de sélection reste très limitée.

Gagné met en relation directe les classes de médias éducatifs et les fonctions éducatives. Il identifie 8 fonctions qui représentent les chemins par lesquels l'environnement influe sur l'apprenant. Il s'agit de choisir le média le plus approprié pour atteindre l'objectif poursuivi, puis d'établir les conditions externes optimales de l'apprentissage. Par une appréciation (oui, non, limité), il qualifie l'appropriation des médias aux fonctions d'apprentissage. Cette taxonomie semble être un instrument utile pour la sélection de médias, mais trop limitée pour une recherche sur les médias.

La classification de Tosti et Ball apporte une nouveauté importante. Ils proposent une distinction entre média et mode de présentation, les 2 étant indépendants du contenu. Ils affirment "Un étudiant n'apprend pas par un média, il apprend par la forme de présentation." Ils distinguent 6 dimensions de la présentation :

Ce modèle met l'accent sur le fait que la sélection des médias ne peut se réduire à une simple compétition entre les fonctions d'apprentissage et la complexité technique, le lien serait le mode présentation. Une question reste ouverte : Comment les variables liées à l'étudiant et à la tâche, interviennent-elles dans le choix de la meilleure forme de présentation.

D'autres tentatives de développements taxonomiques ont été tentées en fonctions de nombreux autres critères.
Concernant les médias éducatifs, chaque tentative ne peut prendre en compte qu'un voire quelques facteurs éducatifs pertinents. L'interaction des médias éducatifs avec les autres composantes de la situation d'apprentissage est trop complexe pour être couverte par une seule taxonomie. Aucune tentative n'a abouti à une classification exhaustive définitive et pertinente au plan pédagogique aussi bien pour la recherche que pour la sélection....
Le problème central n'est pas de construire une taxonomie mais celui du principe de classification et de la recherche des catégories pertinentes au plan de l'apprentissage. En effet, l'analyse des taxonomies a montré que la pertinence d'un système de classification ne dépend pas seulement de sa cohérence formelle mais aussi de son degré d'applicabilité à un contexte spécifique.


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3. L'approche proposée par l'auteur

L'auteur présente une approche originale basée sur une théorie de l'apprentissage dans le but de sélectionner et de nommer les catégories pertinentes par rapport à l'enseigné et à la tâche à accomplir. Puis il propose une analyse et une classification des médias directement liées à ces variables.

Interaction aptitude-traitement

Dans l'approche par interaction aptitude-traitement (= ATI), la situation éducative est considérée comme un système complexe d'éléments et de sous-systèmes qui interagissent les uns sur les autres. Ainsi, les effets d'un apprentissage doivent plutôt être interprétés comme le résultat d'interactions entre les traits spécifiques du traitement du message éducatif et les caractéristiques propres de l'apprenant.
C'est dans ce cadre que s'est développpée une théorie sur la façon dont les variables liées aux médias et aux apprenants interagissent dans une situation éducative. Clark a construit, ceci à des fins de recherche, une taxonomie des attributs des médias à l'aide d'une matrice à 3 dimensions : les attributs des médias, les sujets, les comportements. L'avantage de cette approche est de mettre l'accent sur la ressemblance fonctionnelle et non nominale des attributs des médias. Avant des les soumettre à l'épreuve, l'auteur préconise d'identifier au préalable les interactions pertinentes entre des exemples provenant des 3 classes de variables, ceci pour éviter un travail inutile.

Les opérations de supplantation mentale

Dans le domaine des médias éducatifs, Salomon a développé un modèle sur les interactions possibles entre l'aptitude et le traitement. Pour lui, ce qui est important dans la réaction d'un apprenant, ce n'est pas le comportement extérieur observable mais plutôt les opérations internes qui interviennent au cours de la présentation de l'information. Dans ces opérations internes, il identifie la fonction de supplantation comme la plus importante fonction susceptible d'être remplie par les medias. Les médias peuvent être intentionnellement conçus pour présenter explicitement et donc supplanter ce que l'apprenant aurait à faire lui-même intérieurement. Ainsi, les médias peuvent différer par rapport à la nature du processus de supplantation et par rapport au niveau de supplantation atteint.
Ceci implique que les caractéristiques des apprenants soient définies en termes de capacités opératoires internes. Les tâches d'apprentissage doivent donc être précisées par référence aux opérations internes qu'elles requièrent. Finalement, les médias doivent être décrits par rapport aux différents niveaux de supplantation des opérations mentales qu'ils peuvent atteindre. Pour décrire les aptitudes intellectuelles des apprenants, l'auteur prend comme référence le modèle tridimensionnel de Guilford qui comprend 120 capacités intellectuelles :

Ainsi chaque capacité intellectuelle est définie par 3 dimensions. Quelques exemples : Les différentes étapes à suivre pour identifier les attributs fonctionnels des médias par rapport à une tâche et à un apprenant défini. Il s'agit d'identifier :

4. Quelques commentaires

Ce texte relève de délibérations typiques de chercheurs. Même s'ils considèrent que pour les utilisateurs de medias éducatifs, la fonction d'une taxonomie est de permettre le choix approprié à une situation éducative précice, il me semble qu'ils soient bien loin de la réalité éducative. En effet, de par mon expérience d'enseignante, les critères effectivement pris en compte dans le choix d'un media relèvent davantage de caractéristiques pragmatiques présentées dans la classification de Duncan. Je rajouterais juste, que ce qu'il appelle préférences individuelles pourrait, selon moi, intégrer, de manière implicite ou explicite des critères d'efficacité pédagogique. Dans ces derniers, je relèverai essentiellement des critères en relation avec la fonction de supplantation, fonction primordiale, à mon avis, dans un enseignement tel que la biologie.

Je trouve également intéressante la distinction faite par Tosti et Ball entre média et forme de présentation. Cette distinction rappelle celle établie entre formes de représentations de l'information (langage verbal écrit, langages graphiques, etc.) et des formes de diffusion et de présentation de ces informations correspondant au canal ou au support matériel de diffusion (Document D. Peraya).
Même si, selon Tosti et Ball, un étudiant n'apprend pas par un media mais par la forme de présentation, on sait, aujourd'hui qu'il existe une influence du canal utilisé sur la perception, donc sur la compréhension du message.


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M. Lintz