Les médias éducatifs sont des instruments mis au service d'une fonction ou d'une intention pédagogique spécifique. Mais quels sont les critères qui permettront à l'éducateur de décider quel est le médium le plus approprié à l'objectif visé ? De nombreux auteurs ont entrepris des classifications des médias.
Parmi les variables indépendantes utilisées dans les recherches, on retrouve les catégories des médias elles-mêmes : film, télévision, livre, bande sonore, diapositive, etc. Chacun de ces termes couvre des réalités très diverses, il a été suggéré la définition de variables propres aux médias en termes d'attributs spécifiques permettant de décrire en détails les possibilités de chaque media. Un attribut étant tout élément structurel qui influe sur le type de matériau susceptible d'être présenté, l'agencement d'un matériau en relation avec les autres ou la façon dont un matériau est présenté. (Selon Salomon, 1968)
Exemples : la capacité de :
Un autre groupe de variables utilisé : l'apprenant ou le groupe d'apprenants. Dans la plupart des études, les individus sont ramenés à un apprenant moyen et les différences individuelles ne sont pas prises en compte. Comme divers étudiants peuvent réagir différemment au même type d'enseignement, l'utilisation d'un attribut propre à un media éducatif peut être efficace pour un certain type d'étudiant mais inefficace pour un autre étudiant ayant d'autres caractéristiques. C'est pourquoi les recherches devraient se concentrer sur l'investigation de l'efficacité de différents types de médias sur différents individus bien définis. Les étudiants testés dans les recherches sur les médias devraient être clairement caractérisés quant à leurs aptitudes, en particulier quant à leurs capacités intellectuelles, leur style cognitif, leur motivation et autres variables de la personnalité.
Les bilans de recherche sur les médias révèlent que la question, "quel media ou quel attribut d'un media est plus efficace que l'autre", s'est révélée improductive. Ils suggèrent de la remplacer par "quels attributs spécifiques de quel media sont-ils propres à favoriser l'apprentissage en fonction de quels traits caractéristiques de l'enseigné et compte tenu de quelle tâche à accomplir". Ceci signifie une définition plus précise des variables pertinentes mais surtout de tenir compte des interactions entre ces variables. Cela veut dire ne plus mettre l'accent sur les effets d'un ensemble de variables isolées mais sur la totalité complexe du processus d'enseignement-apprentissage.
Une théorie de la sélection des médias devrait être soutenue par une théorie de l'apprentissage. Il semble nécessaire d'analyser les médias à l'intérieur d'un cadre théorique cohérent permettant de définir les attributs des médias susceptibles de remplir une fonction d'apprentissage compte tenu des caractéristiques des enseignés et de la tâche à accomplir.
La pertinence d'un critère choisi pour une classification est déterminée par l'objectif poursuivi par celui qui fait la classification ou l'utilisateur potentiel.
Les taxonomies de médias ont été développées selon des intentions différentes. La fonction d'une taxonomie est :
Le système de Bretz classe les caractéristiques techniques de la communication dans un tableau à 2 dimensions. Cette classification faite en termes de hardware, difficilement transférable en termes de software ne semble pas apportet de l'intérêt par rapport aux problèmes d'apprentissage.
La classification hiérarchique de Duncan fait partie de celles qui utilisent des caractéristiques pragmatiques en guise de critères de classification. En effet, les choix d'un média sont généralement fondés sur des considérations économiques, la disponibilité du matériel, les préférences individuelles et les exigences administratives et organisationnelles et non sur les preuves de leur efficacité.
Le tableau proposé par Duncan va du média le plus simple au plus compliqué, du moins cher au plus cher. Pour Duncan, d'autres facteurs tels que les facteurs pédagogiques sont aussi importants, mais il est nécessaire de considérer le média isolément avant de l'étudier dans un contexte éducatif global.
L'application d'une telle classification hiérarchique à des problèmes pratiques de sélection reste très limitée.
Gagné met en relation directe les classes de médias éducatifs et les fonctions éducatives. Il identifie 8 fonctions qui représentent les chemins par lesquels l'environnement influe sur l'apprenant. Il s'agit de choisir le média le plus approprié pour atteindre l'objectif poursuivi, puis d'établir les conditions externes optimales de l'apprentissage. Par une appréciation (oui, non, limité), il qualifie l'appropriation des médias aux fonctions d'apprentissage. Cette taxonomie semble être un instrument utile pour la sélection de médias, mais trop limitée pour une recherche sur les médias.
La classification de Tosti et Ball apporte une nouveauté importante. Ils proposent une distinction entre média et mode de présentation, les 2 étant indépendants du contenu. Ils affirment "Un étudiant n'apprend pas par un média, il apprend par la forme de présentation." Ils distinguent 6 dimensions de la présentation :
D'autres tentatives de développements taxonomiques ont été tentées en fonctions de nombreux autres critères.
Concernant les médias éducatifs, chaque tentative ne peut prendre en compte qu'un voire quelques facteurs éducatifs pertinents. L'interaction des médias éducatifs avec les autres composantes de la situation d'apprentissage est trop complexe pour être couverte par une seule taxonomie. Aucune tentative n'a abouti à une classification exhaustive définitive et pertinente au plan pédagogique aussi bien pour la recherche que pour la sélection....
Le problème central n'est pas de construire une taxonomie mais celui du principe de classification et de la recherche des catégories pertinentes au plan de l'apprentissage. En effet, l'analyse des taxonomies a montré que la pertinence d'un système de classification ne dépend pas seulement de sa cohérence formelle mais aussi de son degré d'applicabilité à un contexte spécifique.
Interaction aptitude-traitement
Dans l'approche par interaction aptitude-traitement (= ATI), la situation éducative est considérée comme un système complexe d'éléments et de sous-systèmes qui interagissent les uns sur les autres. Ainsi, les effets d'un apprentissage doivent plutôt être interprétés comme le résultat d'interactions entre les traits spécifiques du traitement du message éducatif et les caractéristiques propres de l'apprenant.
C'est dans ce cadre que s'est développpée une théorie sur la façon dont les variables liées aux médias et aux apprenants interagissent dans une situation éducative. Clark a construit, ceci à des fins de recherche, une taxonomie des attributs des médias à l'aide d'une matrice à 3 dimensions : les attributs des médias, les sujets, les comportements. L'avantage de cette approche est de mettre l'accent sur la ressemblance fonctionnelle et non nominale des attributs des médias. Avant des les soumettre à l'épreuve, l'auteur préconise d'identifier au préalable les interactions pertinentes entre des exemples provenant des 3 classes de variables, ceci pour éviter un travail inutile.
Les opérations de supplantation mentale
Dans le domaine des médias éducatifs, Salomon a développé un modèle sur les interactions possibles entre l'aptitude et le traitement. Pour lui, ce qui est important dans la réaction d'un apprenant, ce n'est pas le comportement extérieur observable mais plutôt les opérations internes qui interviennent au cours de la présentation de l'information. Dans ces opérations internes, il identifie la fonction de supplantation comme la plus importante fonction susceptible d'être remplie par les medias. Les médias peuvent être intentionnellement conçus pour présenter explicitement et donc supplanter ce que l'apprenant aurait à faire lui-même intérieurement. Ainsi, les médias peuvent différer par rapport à la nature du processus de supplantation et par rapport au niveau de supplantation atteint.
Ceci implique que les caractéristiques des apprenants soient définies en termes de capacités opératoires internes. Les tâches d'apprentissage doivent donc être précisées par référence aux opérations internes qu'elles requièrent. Finalement, les médias doivent être décrits par rapport aux différents niveaux de supplantation des opérations mentales qu'ils peuvent atteindre.
Pour décrire les aptitudes intellectuelles des apprenants, l'auteur prend comme référence le modèle tridimensionnel de Guilford qui comprend 120 capacités intellectuelles :
Je trouve également intéressante la distinction faite par Tosti et Ball entre média et forme de présentation. Cette distinction rappelle celle établie entre formes de représentations de l'information (langage verbal écrit, langages graphiques, etc.) et des formes de diffusion et de présentation de ces informations correspondant au canal ou au support matériel de diffusion (Document D. Peraya).
Même si, selon Tosti et Ball, un étudiant n'apprend pas par un media mais par la forme de présentation, on sait, aujourd'hui qu'il existe une influence du canal utilisé sur la perception, donc sur la compréhension du message.