A cet effet, nous nous sommes rendus dans un studio spécialisé, dépendant de Telecom PTT de Genève. Selon une brochure distribuée par Telecom PTT, "l'établissement de la liaison pour la visioconférence est d'une simplicité enfantine. Il suffit, en effet, de quelques gestes pour se retrouver face à son partenaire, même si ce dernier est à des milliers de kilomètres." Les "quelques gestes" ont dû se multiplier à la suite de problèmes techniques liés essentiellement à la transmission du son.
Pendant cette téléconférence, il nous a été demandé de transcrire nos observations, nos impressions émanant des interactions effectuées, ceci dans le but de les relier à des concepts plus théoriques présentés dans les différents chapitres de l'ouvrage La communication plurielle : L'interaction dans les téléconférences (Pascal Perrin, Michel Gensollen (Ed.), La Documentation française, Paris, 1992).
Cet ouvrage tente de saisir ce qui est spécifique dans l'interaction en téléconférence, d'évaluer l'efficacité des services, de suggérer des améliorations aux protocoles existants et d'aider à l'utilisation des téléconférences, ceci par une analyse approfondie des réunions médiatisées et des rencontres en face à face.
Après quelques hésitations et au vu des chapitres encore disponibles, mon choix s'est porté sur les deux textes d'introduction :
En premier quelques mots concernant le concept de téléconférence et les systèmes qui en découlent.
Le concept de téléconférence est apparu en France, au début des années 70. depuis, les moyens techniques n'ayant cessé d'évoluer, ce terme est devenu générique et désigne "l'ensemble des systèmes de communication permettant un dialogue en temps réel entre plus de 2 personnes, sans que celles-ci aient à se déplacer en un lieu unique de réunion."
Par la suite, ces systèmes de communication se sont diversifiés et ont donné naissance à différents services qui renvoient au concept de téléconférence : téléréunion, audioconférence, visioconférence, vidéoconférence, conférence assistée par ordinateur.
Ce dispositif est d'ailleurs exploité dans la formation des ingénieurs en télécommunications de Lille, dans leur système de tutorat. Il permet aux étudiants disséminés en France, d'obtenir une aide et des réponses personnalisées de la part du tuteur de l'institut de formation, et en même temps d'entendre les questions des autres étudiants (ainsi que les réponses bien entendu...) présents simultanément sur la même ligne audio.
Ce systeme a comme énorme avantage de ne nécessiter aucun matériel particulier; en effet un téléphone suffit. Ainsi l'étudiant peur demeurer à domicile, sa seule contrainte étant d'appeler dans les espaces de temps définis par les tuteurs.
La téléconférence à laquelle notre groupe a participé s'apparente à ce système.
Les différentes modalités observées :
Ce même dispositif est exploité dans la formation des ingénieurs en télécommunication à des fins pédagogiques.
Télécom PTT de Genève propose un système appelé "Systeme 4000 PictureTel qui utilise une technologie de compression permettant d'obtenir une vidéo de qualité et un son audio de haut niveau à travers le monde, ceci par l'intermédiaire de lignes communtées. Ce type de dispositif est en continuelle évolution. L'originalité de ce système relève surtout du nombre important de sites qui peuvent intervenir.
La vidéoconférence se développe rapidement aux U.S.A., de par sa similitude avec le modèle de communication véhiculé par la télévision : s'adresser à un grand nombre de personnes en jouant sur la force de l'image.
Mais l'essentiel de ces conférences est surtout consacré à une suite d'exposés ou à la diffusion de programmes pré-enregistrés. L'interactivité est limitée à une voie de retour audio.
L'approche utilisée par les auteurs pour définir, évaluer et modéliser la qualité d'une téléréunion a été faite en comparant son développement à celui d'une réunion analogue en face à face. Les comparaisons ont porté essentiellement sur les diverses tâches coordonnées qui permettent la communication telles que : la gestion de la parole, la focalisation du discours, le contrôle des statuts, la régulation socio-affective.
Pour gérer l'interaction et réguler le fonctionnement du groupe, les participants mettent en oeuvre de mécanismes inconscients, ritualisées, remis en cause par la médiatisation car utilisant l'infraverbal (les intonations par exemple), le non verbal (mimiques, gestes, postures) et non reconnus spontanément car échappent à l'introspection.
L'originalité de cette démarche réside dans l'effort systématique visant à relier le fonctionnement même des interactions avec les caractéristiques des divers protocoles de téléconférence.
On sait que le contexte joue un rôle essentiel à la compréhension des discours. Pour comprendre un énoncé, l'auditeur se sert d'un très grand nombre d'indices. Le récepteur doit, notamment, se représenter le savoir partagé mis en oeuvre dans ce processus, on pourra aussi dire qu'il possède le même référentiel (ou cadre de référence).
Par exemple, dans les réunions de travail, la construction d'un référent commun occupe une part importante du temps; pourtant les incompréhensions sont fréquentes et les demandes de clarification sont le plus souvent gérées par des messages non verbaux. En effet, la capacité d'interrompre, par une mimique par exemple, est essentielle pour que les auditeurs puissent exprimer leur incompréhension, et pour que l'émetteur puisse l'interpréter.
Pourtant, l'analyse des messages non verbaux identifiés lors des téléconférences médiatisées montre qu'ils permettent une interactivité très réduite car une partie de l'information (dite analogique) qu'ils véhiculaient a été rognée.
Pour l'enseignant qui nous présentait la formation des ingénieurs, il était difficile d'identifier nos mimiques durant son discours, ceci pour diverses raisons notamment la mauvaise qualité de l'image, le nombre important de personnes composant notre groupe, un plan éloigné, une mauvaise perception des regards, l'attention retenue pour gérer son dispositf, etc. Alors qu'autour d'une table, dans une classe, cela devient automatique : l'émetteur étant en contact immédiat avec ses collaborateurs, ses étudiants, perçoit le climat du groupe de différentes manières et souvent inconsciemment. En un regard, il peut, par exemple, identifier facilement des mimiques surtout qu'elles sont fréquemment associées à des mouvements, et ainsi évaluer le niveau de compréhension des auditeurs ou reconnaître une volonté d'intervention, etc. Réciproquement, les "récepteurs savent interpréter les expressions, le regard, les mimiques. De nombreux messages passent per des formes de communication non verbales, et ceci parallèlement au discours verbal permettant ainsi de le compléter et d'anticiper les futures interactions.
Par contre lors d'une visioconférence, peu de comportements non verbaux peuvent être identifiés. L'enseignant devant se baser essentiellement sur le canal audio et sur ce qu'il peut interprèter de l'image qu'il reçoit de ses interlocuteurs.
Si l'on met en parallèle les difficult&eacutés rencontréées avec la typologie présentée dans le texte "Nouvelles technologies ou technologies émergentes : vers une appropriation pédagogique des "nouvelles" technologies", (Peraya, 1994), un autre éclairage peut être apporté.
L'auteur isole les formes de représentation de l'information de tous les autres aspects concernant les médias c'est-à-dire les formes de diffusion, de présentation et de diffusion des connaissances. Les formes de diffusion étant représentées par le canal et le support matériel, c'est-à-dire le dispositif technique assurant l'appropriation de message par le récepteur. Le contexte de réception étant représenté par le lieu d'interaction sociale, le cadre matériel, humain institutionnel et socio-culturel.
Les problèmes techniques rencontrés semblaient essentiellement dus à des règlages en relation avec le canal de diffusion.
Par contre, les problèmes rencontrées en lien avec les difficultés d'identification des messages non verbaux semblent essentiellement liées au support d'affichage et aux canaux utilisés.
Je souhaiterais relever également l'importance du contexte de réception, qui dans notre cas était essentiellement représenté par le studio Télécom et le matériel associé, et notre groupe encore débutant en la matière mais ne demandant qu'à se familiariser avec ce nouveau dispositif et ainsi augmenter le degré de coopération.
Voir ci-dessous
Par rapport à cette typologie, je ne sais oû placer un aspect qui à mon avis est primordial qui est la capacité à gèrer tout le dispositif technique de commande et de contrôle. Dans le cas d'une émission téléviséé, par exemple, de nombreux professionnels concourent à à sa production notamment caméramen, ingénieurs du son, régisseurs, présentateurs, etc. Dans l'expérience proposée, l'enseignant se retrouve seul à gérer tous ces éléments. Ainsi, il doit rester continuellement attentif au fait que lorsqu'il change de support de présentation, il faut également vérifier que cette autre présentation est transmise donc visualisée par les étudiants. (Quand on voit le nombre d'enseignants même chevronnés qui en présentant une information au rétroprojecteur se tiennent dans son plan, on peut imaginer les difficultés liées à la gestion d'un tel dispositif technique parallèlement à des activités d'ordre didactique.).
Selon les auteurs, une analyse des comportements de communication des participants ne suffit pas à expliquer leur désir de coopérer. Or pour que la communication puisse s'établir, une étroite coopération doit cependant exister, qui ne peut s'expliquer en terme de stratégies rationnelles. La dynamique des échanges et des relations entre les participants est sous la dépendance de régulations qui échappent, généralement à l'attention des participants.
La coopération semble être un construit social, acquis par l'expérience et l'éducation dépendant d'une part de la morale sociale codifiée et protégée par un système de sanctions et d'autre part de l'image du groupe formée inconsciemment au cours de réunions. Or cette représentation du groupe dépend essentiellement de la médiatisation et du type de protocole utilisé. Ainsi, l'analyse de la coopération dans les groupes semble essentielle pour améliorer les protocoles de téléconférence.
Formulé d'une manière plus synthétique, on pourrait dire que les protocoles utilisés lors des téléconférences influencent la formation de l'image du groupe, et par là le désir de coopérer.
Cet aspect me semble très important lorsqu'il s'agit d'une situation qui réunit des personnes de plusieurs équipes ou individus différents
Si l'on repense à notre expérience au studio Télécom de Genève, on peut constater que le désir de coopérer n'était pas très explicite. Ceci peut être dù à divers éléments en particulier au fait que ce n'était pas une séquence d'enseignement, et que, pour la plupart d'entre nous, c'était la première fois que nous participions réellement à une telle expérience. Les objectifs poursuivis étant d'une part de nous faire participer à une expérience "in vivo" de visioconférence, de nous sensibiliser aux spécificités des interactions médiatisées et aussi, par la mèême occasion, nous présenter les différents dispositifs exploités dans la formation des ingénieurs en télécommunications.
Personnellement, durant cette expérience, mon attention a été focalisée d'une part sur tout le dispositif technique présent dans la salle, d'autre part sur les informations présentées par le responsable de la formation, sans oublier , bien-sûr l'aisance et la sympathie dont il a fait preuve.