
Choix de la publicité : Blédilait, lait 2ème âge pour bébé
L'ensemble de cette publicité renvoie une image très chargée avec un effet de signature pour "blédina" dans le coin inférieur droit.
La scène représente un bébé d'environ 6 mois, couché sur le ventre, photographié de face, tenant et mordillant des lunettes d'adulte, les coudes posés sur un grand livre ouvert dont on distingue aisément le titre : "Critique de la raison pure, Kant".
A cette image, sont associées 2 étiquettes sur fond vert, une petite en haut à gauche, une plus grande
en légende, au bas de l'image, dont une partie iconique déborde et s'intègre dans l'image elle-même.
Le code général utilisé pour comprendre le message linguistique est la connaissance du français et son écriture.
Les supports de ce message linguistique sont une étiquette, une légende ainsi que le titre de l'ouvrage sur lequel repose l'enfant, inséré dans le naturel de la scène.
On pourrait qualifier le message présenté en légende de dénoté de type informatif, à fonction référentielle selon Jacobson.
Par contre, il est connoté à deux niveaux :
Une image représentant une brique de lait associée à un biberon rempli est partiellement située dans la légende, et déborde dans l'image en elle-même.
L'association entre la brique et le biberon plein renvoie à la notion de prêt à l'emploi donc de gain de temps. Il y a donc redondance par rapport à l'information située dans la légende.
(Si l'on regarde de très près la quantité de lait dans le biberon, et la contenance de la brique, on peut constater q'une brique permet de préparer deux biberons.)
Les informations présentées sur la brique de lait sont redondantes à certains messages linguistiques proposés (acides gras, fer, vitamines, etc.)
Cette image semble faire partie de la légende, mais en même temps de l'image principale (photographie de l'enfant) car elle se trouve devant l'enfant à portée de ses mains, mais ceci à une échelle plus petite que celle utilisée dans l'image principale.
Cette miniaturisation a-t-elle été recherchée volontairement ? Par exemple dans le but de réduire l'inconvénient d'un lait prêt à l'emploi, par rapport à un lait en poudre qui est de peser plus lourd lors de l'achat et de donner plus de déchets ? (Et que nous vivons dans une ère écologique où l'on cherche à limiter le volume des emballages donc des déchets...)
L'image située sur la brique de lait représente un "beau" bébé à quatre pattes sur l'herbe. Cette image est connotée essentiellement par une idée de vitalité de santé c'est-à-dire par des aspects plutôt. En relation avec l'image centrale (analysée ci-dessous), on constate un effet de miroir qui tend à "justifier" la double vertu de "Blédilait", favoriser une vitalité physique et en même temps une vitalité intellectuelle, autrement dit "un esprit sain dans un corps sain" (Mens sana in corpore sano).
Cette image livre de nombreux signes, seront présentés ceux que j'ai jugés pertinents.
Le signifiant représenté par un bébé dodu mais pas trop, avec des yeux perçants (avec une lueur d'intelligence dans les yeux qui n'est rien d'autre que le reflet d'un spot...) qui vous regardent (vous = le lecteur), qui mordille des lunettes d'adulte. Les différents signifiés sont liés à des notions de santé, de forme, d'éveil, voire à une notion d'intellectualité associée aux lunettes. Le savoir nécessaire pour comprendre ce message est essentiellement lié à la culture. (Selon les cultures, l'enfant idéal serait plus ou moins dodu par exemple.)
Ce bébé représente un "idéal" de bébé souvent retrouvé en publicité. D'autre part, il est souvent photographié sous cet angle par les parents.
L'ouvrage de Kant, comme on l'a déjà signalé, renvoie à des signifiés liés à l'intellectualité la philosophie, la raison. Le savoir nécessaire est à nouveau essentiellement lié à la culture voire à une culture plus philosophique.
L'ensemble de l'image, par les rapports des signifiés entre-eux, renforce l'idée de précocité et d'intellectualité, (voire d'intelligence). L'idée de précocité est d'ailleurs redondante au message linguistique de l'étiquette de gauche.
On peut d'ailleurs constater un certain paradoxe dans la façon de présenter un bébé couché sur un ouvrage de philosophie, dominant ainsi "la raison" et focalisant ainsi l'opposition affectif/raison.
Cette image provenant d'une revue destinée aux parents de jeunes enfants, et l'insistance du terme "Blédilait", nous montrent qu'il s'agit d'une publicité.
Le message littéral ressortant de cette image correspond à un bébé couché sur le ventre, tenant et mordillant des lunettes, les avant-bras reposant sur un ouvrage ouvert.
La photographie, en raison de sa nature absolument analogique, constitue un message sans code. Elle choisit son sujet, son cadre et son angle, elle ne peut intervenir dans l'image en elle-même, ceci bien sûr pour une photographie sans trucages. (in Rhétorique de l'image, Barthes, CommunicationsNo...) Mais en publicité, on ne rencontre jamais d'image littérale à l'état pur.
Dans l'image qui nous intéresse, certains choix ont été faits :
- l'enfant a été photographié de face, on voit essentiellement sa tête, ses bras et ses épaules. En arrière plan, de manière floue, on distingue sa couche culotte. (Si cela avait été une publicité sur les couches culottes, on aurait sûrement centré l'image sur d'autres parties du corps.)
- l'enfant tenant des lunettes, (il me semble, selon toute réserve, que les verres ont été ôtés, de manière à ce que l'enfant puisse mieux agripper les lunettes.)
- l'enfant couché sur un ouvrage de philosophie, ce qui n'est, d'une part pas courant, et d'autre part pas très confortable mais a l'avantage de mettre une petite touche d'humour dans cette publicité. (Cette notion d'humour étant bien sûr tout à fait individuelle !)
L'image dénotée naturalise le message symbolique, et innocente l'artifice sémantique de la publicité. Par exemple, on aurait pu placer les lunettes sur le nez de l'enfant et lui faire tenir l'ouvrage dans ses mains, mais cela aurait paru beaucoup moins naturel. Et on sait que les enfants aiment s'agripper aux lunettes et grimper sur n'importe quoi...
Mais le lecteur reçoit en même temps le message perceptif et le message culturel.
Le message linguistique présente, à mon avis, deux fonctions : d'ancrage et de relais.
Les lectures d'une même image peuvent être variables selon les individus. Ces lectures dépendent des savoirs investis dans l'image (savoirs pratique, national, culturel, esthétique, etc.). On reconnaîtra ici une certaine culture d'arrière fond qui a pour conséquence une lecture très "biologique" des informations.
Au vu de la richesse de cette publicité, il y aurait sûrement bien d'autres interprétations à proposer.
Une difficulté a surgi lorsqu'il a fallu nommer les signifiés de connotation. Par exemple, j'ai volontairement choisi de parler d'intellectualité plutôt que d'intelligence, car il me semble que ce deuxième concept est plus difficile à manipuler portant plus à polémique que le premier.