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Le travail de groupe dans les nouveaux moyens de math 1P: Attitudes denseignants(Laurent Dubois et Pierre-Charles Dagau)
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| significativement négative par rapport à la " gestion de la classe " ; | |
| plutôt positive par rapport à " lefficacité de lapprentissage coopératif " ; | |
| contrastée à légard du " rôle de lenseignant " défini dans la nouvelle méthodologie de mathématiques. |
Lattitude négative vis-à-vis de la " gestion de la classe " résulte principalement de préoccupations liées aux conditions-cadre denseignement, à lorganisation du travail en groupes ainsi quau manque dautonomie des élèves. Lattitude positive à légard de " lefficacité de lapprentissage coopératif " tient essentiellement au fait que notre échantillon reconnaît à cette méthode une très forte légitimité et de manière générale une réelle valeur didactique. En effet, ils se montrent plus partagés quand ils sexpriment sur son rendement, voire même très circonspects à lidée que cette approche garantit le respect des différences interindividuelles. Enfin, le résultat mitigé observé pour le " rôle de lenseignant " sexplique par les difficultés quils expriment quant à sa mise en uvre, alors même quils se déclarent très convaincus par le mandat pédagogique qui leur est confié.
Nous émettons lhypothèse que les problèmes évoqués peuvent être imputés, en partie, à un manque de connaissances des méthodes et des déterminants liés au travail de groupe ainsi quà des conditions denseignement (effectif, présence dun GNT) qui ne facilitent pas sa gestion. La considération dont semble bénéficier lapproche coopérative sur le plan didactique, de même que lacceptation du rôle quelle implique, résulte certainement de lexpérience des utilisateurs et des apports de la formation continue (officielle ou non) des enseignants. Formation continue dont lorigine est à rechercher dans lintroduction de la nouvelle méthodologie de mathématiques, mais également dans leffervescence intellectuelle suscitée par les mouvements de réforme touchant lenseignement primaire genevois.
La deuxième question qui a orienté notre étude était la suivante :
Existe-t-il des différences dattitudes en fonction des paramètres personnels et institutionnels des enseignants ?
A cet égard, nous avons voulu savoir si les attitudes vis-à-vis de l'apprentissage coopératif variaient en fonction de l'expérience professionnelle, de l'appartenance à un statut d'école officiel, de la disponibilité en poste de GNT, de la formation continue ou encore de la collaboration professionnelle.
Parmi les variables retenues, une seule présente des différences dattitudes claires et systématiques : lappartenance à un statut d'école officiel.
Les données laissent apparaître que les enseignants des écoles en innovation ou en réflexion (I/R) ont une attitude moins négative au sujet de la " gestion de la classe " et plus positive à propos de " lefficacité de lapprentissage coopératif " que leurs collègues ne fonctionnant pas dans ce type décole. Enfin, même si nous ne pouvons pas généraliser notre propos, il semblerait que les enseignant I/R aient une attitude plus favorable quant au " rôle de lenseignant ".
Nous supposons que lemploi de structures rencontrées plus fréquemment ou propres aux écoles en innovation ou en réflexion (décloisonnements, cycles dapprentissage, TTC), de même quune expérience plus longue de lapprentissage coopératif et quune orientation plus socio-constructiviste de lapprentissage chez les enseignants I/R sont à lorigine des attitudes observées à légard des trois domaines retenus pour notre étude.
Apports et limites de la recherche
Apports
Nous ne pouvons dire si létude que nous avons menée retiendra lattention des diverses instances travaillant à lévolution des idées et des pratiques dans lenseignement primaire.
Pour notre part, la réalisation de cette recherche a été riche denseignements dont certains ne seront pas sans conséquences sur notre pratique professionnelle. La contextualisation de notre problématique nous a conduit à mesurer lampleur du cadre dans lequel sinscrit lintroduction des nouveaux moyens denseignement des mathématiques dune part, à identifier et à nous pencher sur un ensemble de dimensions théoriques passionnantes dautre part. Par ailleurs, nous avons le sentiment que lélaboration en dyade de ce travail nous a donné loccasion dexpérimenter la démarche coopérative, den découvrir toute sa richesse, mais également toutes ses difficultés.
Un autre apport de ce travail fut de constater que lapprentissage coopératif permet de tenir compte des recherches effectuées par divers champs théoriques tels que la psychologie cognitive, la didactique des mathématiques ou encore la pédagogie expérimentale. Dans cette perspective, ce mode dorganisation ne répond plus seulement au souci de développer chez lélève des compétences sociales et cognitives, il est envisagé aussi comme un moyen daccès aux apprentissages spécifiques par le biais des interactions entre pairs quil suscite. La revue de littérature met également en évidence quil ne suffit pas de rassembler des élèves pour que cette méthode pédagogique soit véritablement opératoire.
Lanalyse des résultats a permis de déterminer et de mieux comprendre les attitudes des enseignants à légard du travail de groupe. A ce sujet, plusieurs constats paraissent intéressants.
Tout dabord, il semblerait que lune des craintes exprimées au début de ce mémoire, à savoir un découragement, voire une forte résistance de principe face aux changements, ne trouve pas de confirmation dans le cadre de cette recherche. La confiance que léchantillon dit accorder à lapproche coopérative, de même que lattitude positive quil affiche à légard du rôle témoignent même dune ouverture certaine face à ce qui constitue pour beaucoup une innovation pédagogique.
Ensuite, les difficultés de gestion relevées par les enseignants interrogés apportent la confirmation de ce que le discours de certains laissaient supposer, à savoir que lapplication de cette méthode dapprentissage ne va pas de soi. Elle génère de nouvelles problématiques liées, par exemple, à la discipline, au contrôle de lactivité ou encore au manque dautonomie des élèves, auxquelles il est nécessaire damener des réponses afin que lintérêt à légard du travail en groupes ne faiblisse pas et que cette stratégie denseignement sintègre aux pratiques usuelles du corps enseignant.
Par ailleurs, si de nombreux auteurs considèrent que lapprentissage coopératif favorise le respect et la gestion des particularités de chaque élève, notre travail démontre un sentiment différent de la part de notre échantillon. De fait, ce dernier estime plutôt que cette méthode ne lui permet pas dagir favorablement sur lensemble des paramètres liés à la différenciation pédagogique, thème important du débat pédagogique actuel.
Enfin, il apparaît que les caractéristiques institutionnelles et personnelles étudiées nont que peu dinfluence sur les attitudes, puisque seule lappartenance à un statut décole présente des différences dattitude significatives. Ce constat est surprenant dans la mesure où les caractéristiques retenues semblaient être des facteurs susceptibles dinfluencer les discours.
Limites
Notre recherche est largement tributaire de divers éléments dont linfluence sur les résultats nous invite à en cerner les limites.
Une des limites de notre étude se rapporte à la procédure denquête que nous avons choisie : lutilisation dun questionnaire. Malgré les précautions dusage (anonymat, items et formulation de ceux-ci), il nous est difficile de déterminer si les réponses obtenues correspondent bien aux perceptions des enseignants et aux pratiques effectives de notre échantillon sur le travail de groupe. Comme nous ne pouvons exclure, en effet, que le phénomène de " désirabilité sociale " nait eu quelque incidence sur lorientation de nos résultats, nous considérons que ces derniers doivent être pris avec une certaine prudence.
Par ailleurs, nous sommes convaincus que la courte période dexpérimentation et le peu de recul de notre échantillon à légard de cette méthode ont été des facteurs agissants sur les attitudes recueillies. Par conséquent, il nous paraît probable quune variation sensible des résultats pourrait être observée si cette enquête devait être reconduite ultérieurement.
Ensuite, le choix de nous intéresser exclusivement aux enseignants du canton de Genève titulaires dune 1ère primaire durant lannée 97/98, ne nous autorise pas à étendre nos interprétations et nos conclusions à lensemble des enseignants genevois et romands. En effet, nous supposons que les problématiques et les pratiques spécifiques à la division élémentaire, de même que la diversité cantonale quant aux formations initiales et continues, quant aux moyens engagés, aux structures scolaires, aux contextes sociaux et politiques, sont des facteurs susceptibles dagir sur les attitudes des enseignants romands au sujet des nouveaux moyens denseignement de mathématiques.
Enfin, la dernière limite que nous entrevoyons se rapporte au mode de traitement des données relatives aux caractéristiques " type de collaboration " et " formation continue ". En effet, en raison deffectifs insuffisants dans les modalités de réponse initialement prévues pour ces caractéristiques, nous avons été contraints de les regrouper et de traiter les données recueillies de manière dichotomique (collaboration ou non ; formation continue ou non). Dès lors, il ne nous a pas été possible de distinguer déventuelles différences dattitudes en fonction de modalités de fonctionnement plus nuancées.
Perspectives de la recherche
Les constats établis par notre recherche nous incitent à proposer certains axes daction visant à répondre aux problématiques quils soulèvent et à envisager de nouvelles investigations en vue délargir la réflexion.
Apparemment, les difficultés de gestion relevées par notre échantillon démontrent que celui-ci se trouve quelque peu désarmé face à la complexité des différents aspects du travail de groupe. Cette situation sexplique par le fait que jusquà présent, dans le canton de Genève, ni la formation initiale, ni la formation continue navaient, semble-t-il, mis sur pied de cours portant sur cette méthode pédagogique. Par conséquent, lapprentissage coopératif ne fait donc pas réellement partie dune culture scolaire commune.
Nous pensons quune initiation aux méthodes, aux procédures organisationnelles et aux principes de base de lapprentissage coopératif, associée à une prise de conscience de la nécessité de former les élèves au travail de groupe, apporteraient des réponses à la majorité des problèmes dapplication que les enseignants rencontrent. A cet égard, les contributions très concrètes du courant nord-américain sur lapprentissage coopératif pourraient constituer une source dinspiration intéressante.
En outre, les réticences et les oppositions exprimées par une partie de notre échantillon quant à la légitimité et lefficacité de lapproche coopérative ou au rôle quelle induit, de même que la perception peu favorable de la pertinence de cette démarche à légard de la différenciation, démontrent quun important travail sur les représentations doit être encore mené. Effort sans lequel lapprentissage coopératif ne pourra acquérir la place que lui confère les récentes théories dapprentissage.
Lensemble de ces problématiques nous paraît susceptible dorienter la teneur des cours de formation continue proposés par le service du perfectionnement de lenseignement primaire. Si lon peut attendre des différents services impliqués par larrivée des nouveaux moyens de mathématiques quils amènent des réponses concrètes, susceptibles de guider les enseignants dans leurs démarches, on peut également espérer dune partie de ces derniers, une meilleure implication dans les processus de formation mis à leur disposition et réclamé par linnovation pédagogique. En effet, le bon taux de participation aux cours de formation continue ne doit pas dissimuler le fait que près dun enseignant sur quatre avoue ne pas avoir lu les " Commentaires didactiques ", document qui accompagne les nouveaux moyens de mathématiques.
Toutefois, pour quune réorganisation des représentations se produise, il ne suffira peut-être pas dagir sur les contenus de la formation continue, ni de compter sur lengagement des enseignants. Comme nous lavons vu dans la partie théorique de notre recherche, toute forme daccès direct à des conceptions et des pratiques pédagogiques innovantes peut permettre de développer des compétences utiles à la mise en pratique de lapprentissage coopératif. Dès lors, il conviendrait peut-être dencourager les enseignants à partager davantage leurs expériences en classe et à coopérer.
Cependant, cette dynamique de formation nest envisageable et ne peut porter ses fruits que dans la mesure où elle est amorcée par les personnes concernées. Il faut donc pour cela que les enseignants se sentent soutenus dans leur démarche par un contexte institutionnel favorable, ce qui engage, cette fois-ci, la responsabilité des autorités scolaires et politiques du canton.
Nous le constatons, larrivée de moyens denseignement, qui contiennent de nouvelles orientations pédagogiques, demande aux professionnels du champ éducatif de relever de nombreux défis. Par ailleurs, afin dapprécier leur intégration, la poursuite dune réflexion sappuyant sur une interrogation des pratiques et des perceptions du corps enseignant semble nécessaire.
Si certains enseignants affirment se sentir à laise dans ce nouveau rôle et gérer les situations dapprentissage coopératif avec facilité, il est légitime de se questionner sur les modalités pratiques mises en place par ceux-ci. Comment organisent-ils leurs séquences dapprentissage ? Comment interviennent-ils auprès des groupes délèves ? Quelles solutions trouvent-ils aux difficultés exprimées par certains de leurs collègues ? Il serait encore intéressant de déterminer la raison prédominante qui pousse les enseignants en innovation ou en réflexion à présenter un discours plus positif sur les trois domaines liés à lapprentissage coopératif. Est-ce les structures particulières développées dans ce type décole, les compétences pédagogiques développées par ces enseignants ou encore les convictions préexistantes vis-à-vis de lapprentissage coopératif ?
On le voit, à lheure du bilan, même si quelques réponses ont été apportées, de nombreuses questions subsistent. Mais nest-ce pas aussi en cela que réside lintérêt de toute recherche.
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