En-tête "Comparaison des performances en matière de groupware: sans LinkWorks" La seconde partie du message, "sans LinkWorks", fait office de légende pour la première image.
Pied de page "Avec LinkWorks de DEC" et plus bas "Imaginez: tout d’un coup, tous unissent leurs efforts! d.i.g.i.t.a.l [logo]"
Le pied de page fait office de légende pour la seconde image, plus grande que la première. L’en-tête et le pied de page ont ici une fonction d’ancrage, ils orientent la lecture de l’image dans le sens d’une publicité comparative.
Il me semble que dans le cadre de la théorie saussurienne du signe, il ne fait pas sens de parler de connotation et de dénotation au niveau du message linguistique de cette publicité. La distinction signifiant-signifié permet de rendre compte du rapport de signification. "Nous comparons deux situations: l’une avec, l’autre sans Link Works". Peut-être est-il plus exact de dire que selon cette perspective, il n’y a que dénotation. Le message est univoque.
Or, étant donné la fonction publicitaire du message, il a certainement été spécialement conçu pour être univoque. Est-ce une limitation du système saussurien de ne pas prendre en compte le contexte d’énonciation ? Le fait qu’il s’agisse d’une publicité renvoie à un ensemble d’attentes comme par exemple : si l’on compare deux choses, c’est pour nous dire qu’une est meilleure que l’autre. Dès lors, le message linguistique, par son insertion dans un contexte, aurait un sens connoté.
Remarque: La différence de taille entre les images, entre les caractères avec lesquels sont écrites les légendes qui s'y rapportent, permet de mettre l'accent sur celle qui est à l'avant-plan et qui représente une équipe de tireurs à la corde "professionnels" et dont la légende est écrite avec de plus grands caractères.
De même, "Avec LinkWorks vous paierez plus d’impôts", pousse le lecteur à lire le texte qui suit cette déclaration, cet énoncé violant une attente de positivité du message publicitaire (mieux, plus blanc, riche, beau et intelligent...). Là aussi, si on se limite à l’articulation signifiant-signifié on manque une partie du sens contenu dans le message. "Imaginez: tout d’un coup, tous unissent leurs efforts!" En ce qui concerne la connotation, je me demande quelle est la finalité de l’effort? Une meilleure performance, une plus grande compétitivité, la victoire sur un adversaire? L’utilisation d’"imaginez" présente l’union comme si elle allait régler le problème par magie, d’une manière irrationnelle, en transformant la situation décrite dans l'image en médaillon en celle décrite par la plus grande image.
Image 1: Cette image, 10 fois plus petite que la seconde, est insérée en médaillon. Au premier plan, 6 personnes font du tir à la corde, à 1 contre 5, 4 femmes et un homme versus 1 homme plutôt corpulent. Ils portent des habits de loisir colorés, sourient. Chacun a une position différente. L’angle de prise de vue est perpendiculaire à la corde et n'implique par conséquent pas le spectateur. Au second plan il y a une forêt.
Image 2: Une équipe d’hommes tous habillés de la même manière et placés du même côté de la corde font du tir à la corde. Tous les tireurs ont une position identique. L’angle de la prise de vue est presque parallèle à la corde et crée un référence hors champ permettant d'impliquer le spectateur. Au second plan,des groupes de spectateurs, habillés de la même manière. La scène se passe en plein air.
Le fait qu’il y ait deux images superposées peut être compris comme un autre type d’ancrage. Il est possible que la superposition de deux images invite à les lire l’une en fonction de l’autre, indépendamment de l’ancrage linguistique évoqué ci-dessus. D'autre part l'herbe des deux images tend à se fondre en un seul champ coloré, ce qui permet de rapprocher les deux situations.
Comme Barthes je vais tenter de distinguer les signifiants et les signifiés connotés. Pour ce qui est des signifiés, et comme le dit Barthes, ils appartiennent à mon "idiolecte" personnel et peuvent ne pas être partagés. Les signifiants sont ceux décrits précédemment comme appartenant au message littéral. Chaque signifié est représenté par plusieurs signifiants.
A cet égard, l’image publicitaire est comparable à l’image onirique. Une signification peut être représentée par plusieurs éléments, ce qui correspond au déplacement dans la théorie freudienne du rêve. L’inverse est possible, on parle alors de condensation: plusieurs significations sont contenues dans une seule image. On peut penser que la même sur-détermination est possible ici, par exemple pour le tir à la corde qui évoque les idées d’équipe et de compétition.