Les auteurs de la plupart des ouvrages consacrés à l'exposition de Chicago de 1893, qu'ils soient contemporains ou non de l'événement, s'entendent pour dire que le clou de l'exposition demeure la réalisation architecturale de la "Ville Blanche" (White city). Rappelons toutefois que même si l'on a l'habitude de désigner toute l'architecture de l'exposition sous ce terme générique, cette dénomination ne s'applique en réalité qu'aux bâtiments de la cour d'honneur, auxquels on ajoute généralement le bâtiment d'Atwood, le Fine Arts Palace. Les autres bâtiments, principalement des pavillons étrangers, sont construits selon le goût propre et le courant architectural de chaque nation et ne représentent donc pas la réalisation d'un projet architectural américain.

La cour d'honneur offre aux visiteurs un spectacle surprenant, comme le décrit bien un français, Ernest Lourdelet, dans son rapport de 1893:
[...]le spectacle qui s'offre aux yeux est d'une grandeur majestueuse. A droite, la colonnade avec le Palais des Machines, et celui de l'Agriculture; en face, le péristyle, formé de cent quatre colonnes supportant un entablement sur le centre duquel se dresse un groupe allégorique: le Char triomphal de Christophe Colomb. Ces colonnes se détachent sur le fond azuré que forme le lac Michigan, l'effet en est très grandiose.
Inspirée du savoir-faire des Beaux-Arts, la Ville Blanche mêle le style classique de l'Empire romain, celui du monde grec et le style de la Renaissance. Le succès de l'Exposition réside, dans une large mesure, dans l'attraction qu'exerce ce style de réalisation architecturale, déjà pratiqué dans l'est du continent, mais peu connu dans le reste de la nation (voir le dôme du Capitole de Washington, d'inspiration romaine, datant des années 1860).
Toutefois, il faut noter que le style d'architecture classique adoptée par l'Exposition n'affecte que les façades des bâtiments. En effet, malgré l'apparence antique de ces monuments, ni la pierre, ni le marbre n'ont été utilisés pour leur construction. Le fer et le bois sont les matériaux employés pour la structure interne des bâtiments. Les façades néo-classiques sont réalisées en staff, matière légère mais assez durable, faite d'une mixture de plastique, de ciment et de fibres de jute, inventée en France dans les années 1860-1870 et déjà utilisée dans les foires européennes.
La couleur blanche est appliquée par des pistolets à air-comprimé, utilisés pour la première fois à une si grande échelle.
Comme l'attestent de nombreux rapports contemporains de l'exposition, visiteurs américains comme étrangers furent très impressionnés par la vision de cette cité blanche et monumentale. Toutefois, l'impact architectural le plus important aux yeux de ces visiteurs résida principalement dans l'opposition flagrante qu'offrait le style de la "Ville Blanche" avec celui de la ville de Chicago, dans sa forme comme dans sa couleur.
Durant la période 1848-1870, dans le milieu urbain de Chicago, le respect du style moyenâgeux et de la Renaissance cohabitent avec l'usage du fer. Le magasin Harpers de James Bogardus, qui allie style vénitien et fonte de fer (1854) en témoigne. Mais dès 1880, l'importance du développement industriel de Chicago a induit une transformation de la conception des formes esthétiques. L'introduction aux Etats-Unis de l'acier Bessemer (du nom de l'industriel britannique inventeur d'une méthode pour la transformation de la fonte en acier par insufflation d'air), importé d'Angleterre dès les années 1870, et la victoire du Nord sur le Sud lors de la guerre de Sécession (1861-1865), permet l'essor industriel des régions du nord, notamment celui de Chicago.
Dès lors, le progrès de la machine et l'invasion de nouvelles techniques nourrissent la réflexion esthétique américaine à la fin du XIXe siècle. La volonté de trouver une architecture neuve, des formes nouvelles, une beauté en accord avec le progrès de l'industrie, ou, en d'autres termes, une esthétique se soumettant au développement des techniques modernes, voit ainsi le jour.
Cette conception de l'art n'est pas née aux USA, mais trouve déjà son expression en Europe, au début du XIXe siècle (pensons au fonctionnalisme de Eugène Viollet-le-Duc). Mais comme le souligne Pierre Francastel :
[...] c'est, dans une assez large mesure, en Amérique que se situent les tentatives les plus hardies pour appliquer les principes qui substituent à la notion d'une conciliation des styles historiques avec les matériaux modernes, celle de la subordination du style à la logique impérative des techniques.
Ces principes trouveront leur réalisation dans un nouveau style de construction, le gratte-ciel, triomphe du squelette d'acier, reflet d'un style épuré, limité aux lignes de force de la structure, chef d'oeuvre de l'organisation fonctionnelle et de la charpente métallique.

Le nom de l'Ecole de Chicago reste essentiellement attachée à trois grands architectes américains des années 1880: Richardson, le susmentionné Jenney et Sullivan.
Richardson (1838-1886), élève de Viollet-le-Duc à l'école des Beaux-Arts de Paris, construit sa carrière sur l'exercice des courants traditionnels. Puis, en 1880, il change radicalement de style et participe à la construction des premiers grattes-ciel de Chicago. Toutefois, malgré ce revirement, il ne rompt pas complètement avec le courant des années 1880, celui d'une architecture qui mêle le style gothique et la Renaissance. Citons pour exemple ses magasins Marshall Field à Chicago (1885-1887), d'inspiration sensiblement "Renaissance italienne".
Une rupture plus nette se produit avec les travaux de Jenney, qui s'éloigne de la tradition occidentale en construisant les premiers grattes-ciel. On le présente souvent comme le réel précurseur du style moderne. Mais il faut nuancer cette idée en rappelant que les premiers grattes-ciel sont construit en pierre, et que ce n'est que vers 1890 que ses successeurs remplacent la pierre par un matériau dit "moderne", le fer. En effet, le bâtiment de l'Home Insurance de Jenney (1883) n'a qu'un squelette de fer moulé, squelette lourd que l'utilisation de l'acier Bessemer allégera, permettant ainsi d'augmenter le nombre d'étages sans alourdir l'édifice. Notons encore que, comme Richardson, Jenney a suivi sa formation à l'école des Beaux-Arts, à Paris.
Quant au troisième architecte, Sullivan, il marcha dans la voie ouverte par Richardson et Jenney en s'appliquant à réaliser des constructions basées sur les possibilités techniques (élévation, légèreté, extension des surfaces) que l'essor industriel a rendues accessibles aux architectes. Comme nous allons le voir, il se fit remarquer à l'Exposition Universelle de Chicago, grâce à son bâtiment, le Palais des Transports.
On peut donc constater que, outre la monumentalité de l'exposition, le contraste qu'offrait le style historique de la "Ville Blanche" et ses éphémères constructions avec celui de la "Ville Noire" aux grands immeubles à charpentes de métal, dut sensiblement frapper les visiteurs. Pour preuve, comparons deux articles parus dans l'Illustration dans l'année 1893:
A la vue de cette cité hurlante de labeurs accumulés, l'Européen est saisi d'un vertige; ni à Anvers, ni à Liverpool, ni à Odessa, rien de semblable ne lui est apparu; [...] le Chicago des docks, le Chicago des "Union Stock Yards", c'est le Chicago merveilleux, surhumain, invraisemblable, celui qui donne de la force et de la puissance industrielle l'idée la plus extraordinaire, la plus dantesque, car ce sont là des grandeurs infernales que l'on découvre, des visions d'outre-monde, qu'un grand artiste comme Turner aurait fixées sur toile de façon impérissable.
C'est plaisir de quitter le centre de Chicago, d'abandonner ce bruit, cette fièvre agissante, cette poussière de charbon incessamment distillée dans l'air pour filer vers les solitudes de la "ville blanche", dont les palais grecs, badigeonnés au lait de chaux, ont, pour ainsi dire, des attitudes dépaysées en se mirant dans les lagunes du Michigan, aux eaux vert de Nil... Une promenade matinale à travers la "World's fair" est vraiment délicieuse. [...] Pour peu que l'on file le longs des lagunes, entre les palais des Arts et Manufactures et de l'Electricité, le spectacle est grandiose et presque apothéotique.
Il semble donc clair que l'architecture de l'exposition ne reflète en aucun cas le style adopté par la ville de Chicago. Toutefois, aussi paradoxal que cela puisse paraître, c'est l'Ecole de Chicago qui fut chargée de la conception et de la réalisation architecturale de l'exposition colombienne de 1893. En effet, on nomma Daniel Burnham (1846-1912), membre de l'école de Chicago (il travailla pour Le Baron Jenney), directeur des travaux de l'Exposition de 1893. On aurait pu donc s'attendre à ce que l'exposition consacra la nouvelle génération d'architectes qui se développait sur le continent.
Mais curieusement, le comité chargé de l'aménagement du site n'opta pas du tout pour le style architectural en vigueur à Chicago. Au contraire, on se décida pour un plan et une construction des plus classique, abandonnant ainsi cette technique d'ingénieur qui faisait la réputation de la ville.
Pour quelle raison l'Exposition consacra-t-elle une architecture si différente de celle de sa ville d'accueil ? Trois raisons peuvent être invoquées:
Tout d'abord, selon l'idée d'Appelbaum, il faut se rappeler que l'Exposition se devant d'être nationale, l'architecture se devait de l'être également. C'est pourquoi des architectes de l'est du pays furent invités à participer à l'aménagement du site. Ainsi, Frederick Law Olmsted (1822-1903) fut nommé chef architecte avec Burnham (plus particulièrement chargé du design, alors que Burnham était responsable de la construction), alors que ses bureaux se trouvaient à Boston.
Burnham dut ensuite satisfaire la commission nationale dans son choix d'architectes pour la création des bâtiments. On le tint d'ailleurs pour responsable de l'intrusion des constructeurs de l'est, intrusion qui fut perçue comme préjudiciable au courant architectural de l'école de Chicago.

Ensuite, le choix de cette architecture semble être motivé par le contexte culturel de l'exposition. En effet, à l'exaltation du progrès et de l'industrie, s'ajoutait, dans le climat idéologique de l'exposition, une volonté de célébrer l'anniversaire d'une jeune république qui se définit comme un foyer de démocratie. Pour symboliser et figer cet esprit de démocratie républicaine, le style classique semblait plus approprié que le fonctionnalisme décoratif pratiqué par la nouvelle génération d'architectes. Comme le souligne Paul Greenhalgh (voir bibliographie), le classicisme possède un pedigree historique parfait car, utilisé par les peuples démocrates et républicains par excellence, à savoir les Grecs et les Romains, puis par les révolutionnaires français, il symbolise au mieux le visage de la démocratie. Utilisé depuis la période dite "jeffersonnienne" (en référence au président Thomas Jefferson 1801-1809), le style inspiré du néoclassicisme et son aspect de marbre blanc ajoute également une dimension de force et de solidité à la représentation du Nouveau Monde qui fait son entrée dans l'univers des grandes puissances industrielles.
On peut donc penser que le choix d'une architecture plus classique fut motivée par la croyance que l'approche conservatrice de l'architecture donnait de la dignité à la culture américaine. On recherchait donc à proposer une vision anoblissante et déchiffrable à des arrivants aux Etats-Unis, et non à présenter une créativité proprement américaine. Les principaux monuments de Washington offrent encore maintenant le témoignage de cette croyance.
Enfin, l'utilisation du style néoclassique semble avoir été adoptée par souci de ravir et d'étonner le spectateur. La blancheur et la grandeur contribuent à créer un pays de rêve, un pays de contes de fées, précurseur de nos Disneyland et autres parcs d'attractions. Le spectateur est emmené loin de la réalité et projeté dans un monde imaginaire, au futur prometteur. Les nouvelles technologies en matière d'électricité permettent d'ajouter une dimension très spectaculaire au paysage. Ainsi, se développe l'idée qu'on peut, à travers l'architecture, célébrer non seulement des réalisations technologiques, mais que l'apparence du site est également un facteur de divertissement pour les foules.
Pour finir, à ce souci d'amuser le spectateur, on peut ajouter une dernière explication, à savoir la nécessité de rapidité dans l'exécution architecturale du site. En effet, la légèreté du staff facilita le transport des matériaux et en allégea le coût, et la peinture blanche, appliquée par pistolets à air comprimé, permit rapidité et uniformité.
La réaction des tenants d'une architecture plus moderniste ne se fait pas attendre. Elle s'est cristallisée autour du personnage de Sullivan. Seul son bâtiment, le Palais des Transports, laisse transparaître un petit peu de l'esprit qui a inspiré les immeubles de Chicago:
Au milieu des blancheurs de cette cité en carton pâte où les pastiches de l'Antiquité grecque et latine se mêlent aux évocations de la Renaissance italienne, curieux assemblage de colonnades, de portiques aux lignes sévères et de campaniles rococos, une construction nous arrête, massive, fantasque, dont les murailles enluminées de vermillon tirent l'oeil comme une tache sanglante sur un champ de neige. On y démêle une recherche de l'étrange, de l'énorme, un rêve de formes nouvelles en rapport avec le génie tumultueux et brutal de la collectivité humaine qui s'agite dans Chicago.
Selon Sullivan, l'exposition coloniale de 1893 porta un important préjudice à l'architecture moderniste en freinant son essor. Il résumera ainsi l'architecture de l'exposition:
[elle est] l'oeuvre de l'académisme blafard qui nie la réalité, exalte la fiction et le mensonge.
Avant d'ajouter que:
[...] the damage wrought by the World's Fair will last for half a century from its date, if not longer. (le dommage causé par l'Exposition sera encore sensible dans un demi-siècle, si ce n'est plus.)
Frank Lloyd Wright voit aussi l'emploi du style classique comme une régression:
On commençait à s'en sortir honorablement aux Etats-Unis pour trouver une architecture de notre cru, exprimant notre personnalité en tant que peuple, quand la chance voulut que nous ayons notre première exposition universelle, en 1893. C'est au cours de cette exposition que l'Amérique vit l'architecture en tant que grandiose orchestration, sous une forme qu'elle aima... cette vague, issue de l'exposition universelle, de "pseudo-classique" transformé en "isme", nous a tous balayés.
Toutefois, notons que l'Exposition de 1893 ne signa pas l'arrêt de mort de l'Ecole de Chicago. En effet, plusieurs fameux bâtiments issus de ce nouveau style architectural furent construits après cette date (par exemple le Carson, Pirie, Scoot store et le Reliance Building). Signalons encore que la carrière de bon nombre de ces architectes se poursuivit, comme celle de Burnham, qui participa, par exemple, avec Mc Kim et F. L. Olmsted Jr, à l'élaboration d'un nouveau plan pour Washington en 1908 et s'appliqua à réaliser un nouveau plan pour Chicago en 1907-1909.
L'explosion d'un style architectural nouveau fut donc remarqué à Chicago, mais l'adaptation à un niveau national demeura lente. Ce n'est que dans les années 30 (soit près de 40 ans plus tard), lorsque les états fascistes européens employèrent également le style classique dans leur architecture, que l'Amérique consentit à se représenter par des formes plus modernistes.

Les caractéristique de la construction japonaise se résument ainsi: restriction dans la décoration, dignité de la simplicité et une architecture principalement basée sur la charpente et non sur le mur. Les Ho-o-den, pavillons japonais installés sur la Wooded Island, furent admirés par de nombreux architectes durant l'Exposition colombienne de 1893. Parmi eux, se trouvait Frank Lloyd Wright.
C'est sans aucun doute à cette occasion que F. L. Wright a vu, pour la première fois, des bâtiments japonais en "trois dimensions". Auparavant, il ne pouvait travailler que sur des estampes. Entré dans l'agence de l'architecte Sullivan et formé à l'Ecole de Chicago, il fut bientôt mis à la porte car il semblait s'occuper essentiellement de sa clientèle privée, au lieu de travailler pour l'agence. Il créa alors sa propre agence, et construisit non seulement des maisons, mais aussi tout le mobilier intérieur. Après l'Exposition de Chicago, F. L. Wright se mit à utiliser le système des murs-paravents et une décoration des maisons et des bureaux influencée par la simplicité et la rigueur japonaise. Imbibé de philosophie orientale, F. L. Wright ira d'ailleurs travailler au Japon, de 1916 à 1922.
Ainsi, on put comparer les maisons dites de l'Ecole de la prairie de Wright (architecture adaptée aux vastes étendues plates et nues des prairies américaines) avec la tradition architecturale japonaise: un toit large, des bandes de fenêtres horizontales, une décoration sans fioritures, un corps de bâtiment très bas et étendu et des volumes imbriqués, le tout étant imprégné d'une conception horizontale de l'architecture. On comprend donc que l'Exposition universelle de Chicago fut un jalon important dans la formation de F. L. Wright et un événement fécond pour l'avenir de l'architecture moderne.
