Il s'agit là d'une présentation du contexte large, dépassant le cadre de l'exposition de 1867. Il nous a semblé important, dans un premier temps, de replacer cette manifestation dans un cadre général afin d'être en mesure d'en saisir les enjeux, notamment dans le domaine social, politique et économique.
Le 24 février 1848 marque la fin de la monarchie de juillet. En effet, ce jour-là, Louis-Philippe abdique et un gouvernement provisoire "partisan de la République" est formé. Une nouvelle Assemblée Constituante est élue au suffrage universel le 23 avril. Les membres de l'Exécutif sont choisis au sein de l'Assemblée et la nouvelle République se tourne rapidement vers une politique réactionnaire.
A Paris, après de nombreuses manifestations populaires, la foule envahit l'Assemblée au mois de mai; les forces de l'ordre entreprennent ensuite l'arrestation des principaux chefs d'extrême-gauche tenus responsables des mouvements populaires. La possibilité d'une souscription obligatoire ayant été rendue publique, des manifestations ouvrières reprennent les barricades dans Paris. Les combats débutent le 23 juin et le général Cavaignac dirige les troupes qui font tomber les dernières barricades le 26. Un grand nombre de prisonniers seront envoyés en exil en Algérie (env. 15'000).
Cavaignac prend alors la direction de l'exécutif et l'Assemblée vote les premières mesures touchant la restriction des libertés individuelles. Une nouvelle constitution est promulguée le 21 novembre 1848. A l'élection présidentielle qui a lieu le 10 décembre, Louis-Napoléon Bonaparte, qui de retour d'exil, a déjà été élu à l'Assemblée, remporte une victoire éclatante. Malgré la majorité républicaine de l'Assemblée, le cabinet qu'il forme est royaliste. Le 13 mai 1849, l'élection de la nouvelle Assemblée Législative est un succès pour les conservateurs, mais l'extrême-gauche est aussi renforcée.
Une loi du 30 mai 1850 supprime le suffrage universel, qui sera rétabli quelque mois plus tard. Or le fossé se creuse entre le président et son gouvernement de droite. Un coup d'Etat a lieu le 2 décembre 1851 Bonaparte dissout l'Assemblée et annonce un plébiscite pour ratifier une nouvelle constitution.
Le 14 janvier 1852, une nouvelle constitution est promulguée. Bien que celle-ci reconnaisse les principes de 1789, le décret sur la presse du 17 février interdit la création de nouveaux journaux sans l'autorisation du gouvernement. Le rétablissement de la "dignité impériale" est proclamé le 2 décembre 1852, date anniversaire du sacre de Napoléon Ier et de la victoire française à la bataille d'Austerlitz. Louis-napoléon Bonaparte devient Napoléon III. Le nouveau régime est autoritaire. Les membres de l'Assemblée, les magistrats, les fonctionnaires et les officiers doivent prêter un serment de fidélité à l'empereur, qui obtient tous les pouvoirs. Les ministres n'ont pas de ministères, sont coupés de l'Assemblée et dépendent directement de l'empereur.
En fait, le corps législatif se divise en trois: le Conseil d'Etat et le Sénat dont les membres sont nommés par l'empereur et l'Assemblée nationale, élue au suffrage universel, mais qui ne peut que voter les lois proposées et ne siège que durant trois mois.
Face à l'empereur, l'opposition est faible; les anciens partis royalistes et libéraux voient fondre le nombre de leurs membres; quant aux républicains, bien que trouvant un large appui auprès des étudiants, des artisans et des professions libérales, ils sont traqués par la police. Dans le corps législatif, le "bonapartisme" réunit des contre-révolutionnaires, des réactionnaires, des orléanistes, des catholiques, comme des démocrates; mais le gouvernement a une coloration très bourgeoise.
Le 24 mai 1853, la France s'entend avec l'Angleterre pour soutenir l'Empire Ottoman contre la Russie; les motifs de Napoléon III sont, en fait, de rompre la concorde entre les puissances conservatrices, en utilisant la question des détroits de la Mer Noire. Le 27 mars 1854 éclate la guerre de Crimée. Le long siège de Sébastopol par les troupes françaises prend fin le 10 septembre 1855 et, grâce à la médiation de l'Autriche et à l'avènement du nouveau tsar, Alexandre II, la paix est signée au congrès de Paris, en mars 1856. L'empereur en profite pour soumettre aux puissances la question italienne.
Les élections de 57 permettent à l'opposition républicaine de remporter un certain succès dans quelques grandes villes de province et dans cinq circonscriptions parisiennes sur dix.
Le couple impérial échappe à un attentat commis par l'italien Orsini, le 14 janvier 1858. S'ensuit alors une vague d'arrestations qui conduisent la France vers un climat de terreur et d'intimidation. Une loi de sûreté générale, visant principalement les républicains, est votée le 27 février.
En mai, Napoléon III invite Cavour, prince du Piémont il lui promet de libérer l'Italie de l'Autriche et de favoriser l'unité fédérale de l'Italie, en échange de Nice et de la Savoie. Le 10 décembre, la France conclut une alliance défensive avec le Piémont. L'Autriche déclenche la guerre le 29 avril 1859 et le 12 juillet, les troupes françaises remportent la bataille de Solferino. La paix est signée à Villafranca.
La France signe, en 1860, avec l'Angleterre, un traité libre-échangiste qui sera suivi par des accords commerciaux conclus avec d'autres puissances européennes, et la même année, Napoléon III lance une politique de grands travaux publics.
Une modification de la constitution, le 24 novembre 1860, permet au corps législatif et au Sénat de soumettre, une fois par session, une adresse en réponse au gouvernement. D'autre part, il devient possible pour les ministres d'être désignés afin d'aller défendre la politique du gouvernement devant les assemblées, dont les débats peuvent, maintenant, être publiés dans la presse.
Lors des élections législatives de 1863 qui marquent un recul sensible de l'abstention, l'opposition parvient à tripler le nombre de ses représentants au détriment des candidats gouvernementaux. En plus, l'empereur est malade, son cabinet, vieilli. A cause de la menace piémontaise sur l'intégrité de l'Etat pontifical, le clergé français s'en prend à l'Empire.
A la suite des élections, Napoléon III procède à un remaniement ministériel et renvoie Persigny, remplacé par Morny qui cherche à intégrer l'opposition libérale au gouvernement.
A la mort de celui-ci en 1865, Rouher qui le remplace, s'engage dans une voie plus autoritaire. En janvier 66, une nouvelle tendance, réunissant des conservateurs et libéraux, se forme au sein des députés gouvernementaux le "tiers parti" qui réclame une réforme des institutions dans le sens d'une libéralisation politique et un plus grand contrôle de l'empereur par le corps législatif.
L'empereur songe à ouvrir les portes du régime aux libéraux de l'Assemblée; la lettre du 19 janvier 67 transforme le droit d'adresse en droit d'interpellation et le Sénat peut désormais renvoyer une loi à l'examen des députés. En 1868, une loi sur la presse supprime l'obligation de l'autorisation préalable touchant la création de nouveaux journaux. D'autre part, les réunions apolitiques ou à fonction électorale ne sont plus interdites. Mais les projets du gouvernement s'imposent de moins en moins facilement devant l'Assemblée et les élections de 69 coïncident avec un essor de la presse et un développement des activités de l'opposition républicaine dont les critiques à l'encontre du gouvernement redoublent de violence.
L'empereur commence à faire des concessions et Rouher annonce la démission de son ministère en juillet. Le 8 septembre 1869, le corps législatif obtient le partage de l'initiative des lois, le droit de voter le budget et d'approuver les tarifs douaniers. Le 2 janvier 1870, Emile Ollivier, de tendance libérale, parvient enfin à former un gouvernement très hétérogène. Le 20 avril, le Sénat est transformé en une seconde chambre législative, mais le régime garde un mode de consultation plébiscitaire et, le 8 mai 1870, la majorité du peuple accorde son soutien aux réformes et à l'empereur qui s'en attribue la paternité.
Le ministère Ollivier, bien que libéral, doit de plus en plus se soucier de l'extrémisme des mouvements ouvriers qui reprennent leurs grèves dès 69. En outre, l'opposition qui s'est polarisée vers le radicalisme ou le socialisme-révolutionnaire, multiplie les manifestations de rue.
Sur le plan extérieur, après la victoire de la Prusse sur l'Autriche, Napoléon exige une multitude de concessions de la part de la Prusse, de telle sorte que Bismarck fait savoir que l'Empereur Guillaume refuse de recevoir les ambassadeurs français. Ceci met en émoi l'opinion française et l'Assemblée vote les crédits de guerre. Mais la France est isolée diplomatiquement, ses effectifs sont minces et les défaites s'accumulent. Elle capitule le 1er septembre 1870 à Sedan, lorsque Napoléon III, ayant pris la tête du reste des troupes, est fait prisonnier. La paix sera signée le 10 mai 1871 par la nouvelle Assemblée, Bismarck ayant exigé un interlocuteur légalement reconnu. Le traité de Francfort fixe la cession de l'Alsace et de la Lorraine par la France.
A Paris, le ministère qui a remplacé celui d'Ollivier, est plus autoritaire. Des groupes d'ouvriers envahissent l'Assemblée nationale, puis, avec à leur tête, les députés républicains Gambetta et Favre, ils gagnent l'Hôtel de ville et font proclamer la République. C'est l'éclatement de la Commune, le peuple parisien prend les armes.
Très vite, des comités de vigilance révolutionnaires et une fédération des bataillons de gardes nationales se forment dans le peuple, et s'organisent afin de reprendre le pouvoir vacant. En effet, le gouvernement et l'Assemblée se sont réfugiés à Versailles. Des élections se tiennent le 26 mars à Paris et une Assemblée communale regroupant des travailleurs et des journalistes est élue. L'unité de la nouvelle assemblée se défait bientôt et l'agitation révolutionnaire envahit Paris. D'autre part, la capitale est isolée, la campagne et les villes de provinces ne suivent pas le mouvement. Soutenus par Bismarck, les réfugiés de Versailles entrent dans Paris en mai et écrasent la résistance des barricades rapidement. L'instauration de la IIIe République suivra de près les répressions sanglantes.
