Il s'agit là d'une présentation du contexte large, dépassant le cadre de l'exposition de 1867. Il nous a semblé important, dans un premier temps, de replacer cette manifestation dans un cadre général afin d'être en mesure d'en saisir les enjeux, notamment dans le domaine social, politique et économique.
En France, la révolution industrielle a lieu entre les années
1770 et 1820. Dans les premières années du Second Empire, entre
1850 et 1860, s'effectue un renversement de la tendance dans la structure des
activités; en effet, le pourcentage de gens travaillant dans l'industrie
et dans l'artisanat vient à dépasser le pourcentage de ceux qui
travaillent dans l'agriculture.
La mécanisation dans l'industrie est favorisée par le
développement de la machine à vapeur. L'industrie va alors vers
une concentration des moyens techniques de production et de la main d'oeuvre
dans de grandes usines, ce qui demande de gros investissements de la part des
industriels. Ce phénomène aboutit à une situation de
concentration financière où la concurrence ruine les petites
entreprises. On voit apparaître des sociétés de capitaux
qui peuvent se permettre les investissements requis dans la grande
entreprise.
De 1830 à 1846, la France connaît une multiplication des
agglomérations industrielles. Mais c'est le secteur de l'industrie
ferroviaire qui se développe le plus rapidement. En effet, l'extension
du réseau des chemins de fer en France est favorisé par une
politique très libérale de la part du gouvernement.
Parallèlement se développent la sidérurgie et l'industrie
des machines qui doivent répondre à la demande des chemins de
fer.
Le taux de croissance industrielle connaît une expansion durable sous le
Second Empire. La conjoncture économique devient favorable aux alentours
de 1850 et une certaine stabilité des prix est atteinte à partir
de 1856, ce qui facilite l'accroissement des profits pour les grosses
entreprises.
Le revenu national est à la hausse entre 1860 et 1870 grâce
à l'augmentation de la production et des échanges. Mais vers
1860, la croissance se fait hésitante en effet, la tendance des prix
marque une baisse légère, la production augmente, les profits
beaucoup moins. En outre, la seconde partie du XIXe siècle voit se
développer les progrès de la grande industrie et la formation de
grosses fortunes. On assiste à un phénomène de
concentration de la concurrence, car de puissants groupes financiers, ayant des
intérêts aussi bien dans la banque, dans les transports que dans
l'industrie sidérurgique et mécanique, se constituent et prennent
de l'ampleur.
Le Second Empire est le premier régime en France à
prendre conscience de la nécessité d'avoir une politique
économique. D'ailleurs, Napoléon III veut déjà
financer les travaux de dessèchement, d'irrigation des sols et de
défrichements nécessaires au développement de
l'agriculture. Pour encourager la hausse de la production industrielle, il
souhaite faciliter le prêt de capitaux qui permettrait de financer
l'amélioration des techniques, et veut améliorer les transports.
Selon lui, l'Etat doit susciter la relance de l'expansion économique et
doit avoir l'initiative des transformations structurelles.
Très inspiré par les Saint-Simoniens, l'empereur croit que le
progrès économique doit servir à améliorer la
situation de la population. Il veut développer les chances
françaises de rattraper le niveau de développement atteint par
l'Angleterre, qui connait une situation de plein emploi et de baisse des prix.
Dans l'idée de favoriser la croissance, le gouvernement lance un
système d'emprunt privé. Ce système connait un certain
succès sous le Second Empire, de telle sorte que le nombre de
souscripteurs augmente.
Le gouvernement étant, à ses débuts, politiquement
fort, il a le soutien des milieux d'affaires français, avec lesquels il
travaille en collaboration, laissant notamment une grande liberté
d'action aux grandes entreprises. D'autre part, les investissements à
l'étranger prennent de l'ampleur, notamment dans les colonies
françaises, tandis que la demande de capitaux vers l'intérieur du
pays s'affaiblit.
Peut-être parce qu'il a vécu en Angleterre, Napoléon III
semble être très sensible aux idées
libres-échangistes. Cependant il reste très hésitant car
les milieux industriels français sont connus pour leur
protectionnisme.
En octobre 1859, Michel Chevalier prend seul l'initiative d'aller
consulter les responsables de l'économie anglaise. A son retour, il est
accompagné de Cobden qui est le plus grand défenseur du
libéralisme économique en Angleterre. Les deux hommes sont
reçus par Napoléon III qui veut améliorer ses relations
avec l'Angleterre en vue de favoriser, en France, la relance économique
et mettre un frein à la hausse des prix. Les négociations sont
menées par Rouher et Chevalier dans le plus grand secret, de
telle sorte que lorsque l'empereur annonce, le 23 janvier 1860, la conclusion
d'un accord douanier avec l'Angleterre, en même temps qu'un projet de
grands travaux publics, la surprise est totale.
L'accord avec l'Angleterre est conclu pour une durée de dix ans et
constitue une série de concessions mutuelles telles que la suppression
des interdictions sur les importations, l'exemption des taxes aux
frontières sur les matières premières et les
denrées alimentaires, l'abaissement des droits de douane sur les
produits manufacturés et le charbon. En outre, l'Angleterre accepte
d'abaisser ses droits sur les vins français. Pour un pays qui a un fort
passé protectionniste comme la France, ce traité n'est pas
vraiment un traité de libre-échange, mais il constitue, en tous
les cas, une révolution douanière. De plus, à la suite de
ce traité, les décrets gouvernementaux permettront une
libéralisation des échanges avec les colonies.
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