Après les onze expositions nationales organisés par la France entre 1801 et 1848, l'Angleterre, comme on l'a vu, organise à Hyde Park The Great Exhibition of the Works of Industry of All Nations qui assume pour la première fois le caractère d'une exposition internationale ayant pour but de présenter les produits de l'industrie et des arts (comme spécimens d'application de procédés industriels, de machines, etc.) Avec cette exposition universelle l'empire anglais veut manifester sa position prédominante dans l'émergence du monde industriel, le triomphe des machines et l'ère des masses. Cette première sera couronnée d'un grand succès et marque le commencement de toute une série d'expositions universelles pendant la deuxième moitié du XIXe et au XXe siècles. Elle fut un exemple de comment la grande industrie moderne fut capable de renverser les barrières nationales effaçant de plus en plus les particularités locales dans la production, les rapports sociaux et le caractère de chaque peuple.
Un appel pour participer à ce grand événement a été lancé dans le monde entier. Nombreux sont les pays qui ont répondu et qui, après de rigides critères sélectifs adoptés par une commission internationale expressément établie, ont obtenu la possibilité d'exposer dans l'immense Crystal Palace sur un espace qui généralement varie selon l'importance territoriale mais surtout selon la puissance économique, commerciale et industrielle de chaque pays.
Y participent: quelques 40 pays, pour un total de 13'937 exposants. 100'000 articles exposés, regroupés en quatre grandes catégories ( produits bruts, machines, produits manufacturés, objets d'art ) subdivisées en 30 classes. Le tout sur une surface d'environ 9 hectares.
La présence du Royaume-Uni - le pays organisateur - avec son empire colonial a été dominante. Les Etats européens - dont la Suisse - ont pu bénéficier, grâce à leur présence à l'exposition pour quelques mois, d'une renommée internationale. Tous les exposants étrangers ont été admis gratuitement à l' exposition. Pour pourvoir aux frais considérables de l'exposition et des primes à accorder, la noblesse anglaise, le grand commerce et les corporations ont manifesté leur soutien par de généreuses souscriptions. Une commission a été nommée expressément par le gouvernement anglais pour la mise à exécution de cette gigantesque entreprise. Les exposants ont eu à supporter des frais seulement au niveau des arrangements particuliers faits pour leur propre stand : tels des vitrines, châssis, ornements, appareils.
Les Britanniques occupent une place prédominante
dans le Crystal Palace, soit en ce qui concerne le nombre des exposants, 7'381
sur un total de 13'937 - donc plus que la moitié ! -, soit dans l'espace
occupé, vu que toute une moitié du bâtiment, la partie
ouest du grand transept est entièrement à l'usage des exposants
anglais, des articles exposés par la Reine Victoria et le Prince Albert
et de toutes les colonies de l'empire, à savoir :
Tous les objets sont exposés selon la nature du produit et les pays
étrangers présents à l'exposition doivent se conformer
autant que possible à la classification adoptée par les produits
britanniques. En ce qui concerne en particulier les exposants anglais, on a pu
constater que les objets utilitaires dominent: les tissus, la coutellerie, les
ciseaux, les verres, les phares et les téléscopes, etc. La fascination
du public est grande, en particulier pour le mobilier et les objets de la salle
médiévale ( voir le plan ), reflet d'un nouveau idéal
esthétique : un retour aux formes gothiques, comme pour la salle de
l'Inde anglaise avec des pierres précieuses, des objets d'or et
d'argent, des meubles, des instruments de musique, des ustensiles et des objets
de ménage. (La production de l'Inde et des colonies sont exposées
de chaque côté de l'avenue principale, près du transept.
Voir le plan.)
Le tout a pour but d'émerveiller, de surprendre, de fasciner. Pendant
ses 141 jours d'ouverture la grande exposition a non seulement eu un but
didactique, encyclopédique mais a transmis aussi une idée de
fête, de parade, de kermesse, de vitrine sur le monde dont plus de 5
millions de personnes ont profité. Un mélange d'ambition
technique, esthétique et morale qui n'est que le signe incontestable de
la puissance économique et militaire des
Britanniques dans le monde à cette époque.
Inde
Jersey et Guernesey
Ceylan
Iles Ioniennes
Gibraltar
Malte
Cap-de-Bonne-Espérance
Afrique occidentale
Côte d'Or et Ashantee
Canada
Nova Scotia
Nouveau Brunswick
Ste Hélène
Maurice
Grenade
Monserrat
Jamaïque
St. Kitt
Barbade
Antigue
St. Vincent
Bahamas
Ile de la Trinité
Iles de Fackland
Bermude
Nouvelles Galles du Sud
Australie du Sud
Terre de Van Diémen
Nouvelle Zélande
Labuan et autres Pays de l'Archipel Oriental
Terre Neuve
Guyane Britannique
Dans l'autre moitié du bâtiment, la partie est, sont représentés les autres pays les plus industrialisées, pays européens et extra-européens, à savoir :
| Allemagne - Etats du Zollverein | Portugal et Madère | Suisse |
| Italie (Rome, Sardaigne, Toscane) | France | Algérie |
| Belgique | Hollande | Chine |
| Tunisie | Brésil | Chili |
| Mexique | Nouvelle Grenade | Iles de la Société |
| St. Domingue (avec les Colonies) | Grèce | Turquie |
| Egypte | Espagne | Danemark |
| Suède et Norvège | Russie | Etats-Unis d'Amérique |
| Autriche | Perse |
Les exposants de ces pays constituent moins de la moitié du total : 6'565 sur 13'937. Pour chaque pays il était important de participer et de promouvoir son image. Mais le tout ne se limitait pas exclusivement à la participation, l'honneur était aussi en jeu : il ne fallait pas rester en arrière par rapport à d'autres nations, la confrontation était le plus souvent faite avec le Royaume-Uni et son empire. Une véritable concurrence, mais pacifique. On optait pour la bonne qualité et le prix de la marchandise qu'on exposait et on sait comment l'influence de l'opinion publique pouvait être, à ce propos, décisive.
Aucun droit d'entrée ne fut perçu sur les objets destinés à l'exposition. Tous les frais de garde, de dépôt et d'arrangement furent à la charge de la commission anglaise qui se réservait d'ailleurs le droit d'admission ou de rejet des objets présentés. Tous les pays devaient faire parvenir les objets à exposer deux mois avant le début de l'exposition afin d'avoir assez de temps pour assigner les espaces aux pays et de tout mettre en place, comme pour la rédaction des catalogues.
Preuve du grand retentissement que l'exposition eut en France: la création d'un quotidien français, Le Pilote de Londres, qui contenait toutes sortes d'informations concernant l'exposition et des renseignements généraux pour les visiteurs arrivés à Londres. Si la France a certainement remporté - parmi tous les pays de l'aile est du bâtiment - la palme du raffinement grâce à ses industries de luxe, la Suisse a elle aussi connu un formidable succès et a fourni la preuve d'un développement prospère de son industrie, bien que son nombre d'exposants ait été cinq fois moins grand que celui des Français et son budget 25 fois moins important.
La participation de la Suisse à l'exposition de Londres fait l'objet du petit complément qui suit.
Avec ses 346 exposants, la Suisse a suscité une impression très favorable au Crystal Palace. Comme pour tous les autres pays présents à l'exposition, il s'agissait pour la Suisse de promouvoir l'image nationale, en exposant des produits de l'industrie et des objets artistiques. En particulier les produits de l'industrie suisse ont occupé une place tout à fait honorable, de haute considération, à côté de ceux des autres pays et l'impact se traduisit tout de suite par un grand nombre de commandes. Dans la production Suisse ont été appréciés l'éclat des soieries, les cotons, les broderies et dentelles d 'Appenzell et de St. Gall, la bijouterie, les instrument de précision comme les montres neuchâteloises, sans oublier enfin dans le domaine des arts, les bois sculptés bernois. Nombreuses ont été les médailles ou les mentions honorables accordées aux exposants suisses, surtout dans la classe de l'horlogerie.
Pour l'industrie suisse il était d'une grande importance de participer d'une manière la plus complète possible à l'exposition universelle qui allait s'ouvrir à Londres entre les plus grandes nations civilisées du monde. La confédération décida alors de charger une commission centrale et des comités cantonaux ayant pour but de repérer les objets capables de représenter les intérêts et l'image de la Suisse à Londres. La commission, composée de sept membres, divisa la Suisse en sept arrondissements et à chaque membre de la commission fut confié le soin des affaires dans l'un de ces arrondissements; chaque membre devait aussi collaborer avec les autorités cantonales. Les fabricants et industriels devaient déclarer au commissaire de leur arrondissements quels objets ils se proposaient d'envoyer à l'exposition. Les objets étaient ensuite soumis à expertise pour évaluer leur admission ou non-admission à l'exposition.
Une fois la sélection établie, les objets furent envoyés à Londres. La commission devait contrôler et surveiller les marchandises lors du déballage et du placement dans le local de l'exposition, veiller aux intérêts des exposants, servir d`intermédiaire pour toutes les opérations, fournir au jury anglais des renseignements sur la nature, les particularités et la valeur des produits suisses, et enfin enregistrer aussi exactement que possible tous les faits dont la connaissance pourrait être avantageuse à l'industrie suisse.
Des exposants suisses, la plupart provenait des cantons de Zurich (77), de Neuchâtel (33) et de Genève (31); mais pratiquement chaque canton était représenté, résultat du grand travail effectué par les gouvernements cantonaux et des comités qui avaient sélectionné les propositions de ceux qui voulaient exposer à Londres.
C'est dans ce bâtiment construit sur les dessins de Joseph Paxton que du
premier Mai 1851 au douze octobre de la même année, la grande
exposition universelle eut lieu au Hyde Park de Londres. Cette structure
très aérienne, nommée la cathédrale
industrielle, est divisée en deux parties égales: la partie
à l'ouest du transept destinée aux produits britanniques et
coloniaux, et la partie est destinée aux produits étrangers. Pour
déterminer l'arrangement des produits dans le bâtiment de
l'exposition on a adopté un système de classification
précis: quatre grandes divisions elles-mêmes subdivisées en
trente classes. Les produits sont donc subdivisés par nations et par
classes, tandis que le bâtiment est divisé en sections ou groupes
de 24 pieds carrés ayant une colonne à chaque angle. Chaque stand
présente un grand panneau de velours rouge qui porte l'indication, en
lettres dorées, du nom du pays.
Sont exclus de l'exposition les objets susceptibles de s'altérer ou de
se rompre. Les visiteurs à pied peuvent accéder au Crystal Palace
par les portes du sud, de l'ouest et de l'est. Pour régler la grande
affluence de visiteurs, plusieurs portes de sortie se trouvent sur chaque
façade du bâtiment. On invite les visiteurs à suivre un
itinéraire dans le bâtiment, afin d'éviter la confusion.
Chaque visiteur peut s'orienter grâce à des plans de l'exposition
à différents endroits ou en achetant les catalogues officiels des
exposants avec le plan du bâtiment. Un certain nombre d'objets et
d'articles étaient aussi exposés à l'extérieur.

Il s'agit d'une schématisation du plan de l'exposition de 1851; l'original étant beaucoup plus détaillé. Ce schéma permet de saisir la répartition des différents lieux à l'intérieur du Crystal Palace.
Renvois:
Organisation de l'exposition
Crystal Palace
Journal de Genève (représentation suisse à l'exposition)
Journal de Genève (organisation de l'exposition)
