Le Prince Albert, Henry Cole et Joseph Paxton sont les personnages clés de cette exposition. Les deux premiers sont membres de la commission royale d'organisation. Le Prince Consort est à sa tête, avec Cole comme principal collaborateur.
Durant les premières années de mise en place (les préliminaires) c'est la Société des Arts qui tenait le rôle principal. Albert en était le président. Cependant, cette organisation avait de grandes responsabililtés et ne pouvait pas assumer la totale organisation de l'exposition. C'est pourquoi une commission spécifique est créée, afin de se concentrer uniquement sur ce sujet. Paxton n'intervint que plus tard, lors du choix du bâtiment. Son parcours est tout aussi impressionnant que celui de Cole. Une dernière personne intervient, indirectement, il s'agit de la Reine Victoria, qui ne prit pas part directement à l'organisation, mais qui soutint le projet.
Albert est le fils cadet du duc de Saxe-Coburg-Gotha. Son père est le frère de la mère de Victoria, la duchesse de Kent. Le 10 février 1840 Albert épouse, à l'âge de 21 ans, sa cousine germaine, la Reine Victoria dont il va devenir le principal conseiller, d'abord avec le titre de "Consort" ( 1842) puis de "Prince Consort" (1857).
Le Prince Consort, devenu britannique par mariage, ne joua aucun rôle déterminant dans l'histoire politique anglaise. Il ne fut ni Roi, ni chef des Armées, il ne resta qu'un conseiller. Il fut cependant particulièrement actif dans la promotion des arts et des sciences. Il lança donc l'idée de la Grande Exposition en juillet 1849 en sa qualité de président de la Société des Arts (la Society for the Encouragement of Arts, Manufactures and Commerce) et fut vigoureusement soutenu dans cette initiative par le premier ministre de l'époque, Sir Robert Peel. Il s'agissait alors d'abord et avant tout d'effacer le souvenir pénible des troubles révolutionnaires de 1848 en démontrant que la coopération internationale et la collaboration entre les classes étaient un gage décisif de progrès universel.
Pour Albert, cette réussite est plus qu'une exposition dont il serait l'investigateur. En effet, selon le terme de Chris Brooks, Albert est un outsider. C'est-à-dire qu'il a été formé à une grande carière politique, mais il n'a aucun pouvoir; il doit se forger un rôle au sein de sa nouvelle patrie.C'est pourquoi il décide de se créer une utilité, au service de la culture et de la grandeur britannique. Ainsi il consacre une majeure partie de son temps et de ses revenus aux arts et aux techniques. Il cherche notamment à promouvoir les nouvelles techniques agricoles.
Nous avons déjà mentionné le nom de Peel. Cet homme sera d'une importance capitale pour la carrière publique du Prince. En effet, il lui donnera en 1841 le poste de responsable de la Fine Arts Commission qui aura pour but de revoir toute la décoration du palais de Westminster. Une fois cette tâche finie, Albert prit à coeur de défendre ses idées sociales. Ainsi en 1844 il devient le premier président de la Society for Improving the Condition of the Labouring Classes, qui rejoint, dans ses objectifs, l'idée d'Albert selon laquelle les riches, bénéficiaires du système économique britannique, ont pour devoir moral l'aide envers les plus pauvres. Il est à noter que le Prince est également impliqué en économie, car il mena à terme une année plus tôt la lourde tâche de la réorganisation des finances de la Cour victorienne. Il revisita l'administration, réajusta les budgets, tout cela sans ternir la prestigieuse image de la monarchie britannique. Le Prince reçoit en 1847 le titre de Chacellor of Cambridge, un digne témoignage de la nation pour la confiance et la sagesse qu'inspirent Albert.
Depuis son élection à la Royal Society en 1843, et jusqu'à sa mort, Albert prôna le rapprochement entre les peuples, et les paroles de son discours d'ouverture seront un véritable appel à l'unité : "The Exhibition of 1851 is to give us a true test and a living picture ot the point of development at which the whole of mankind has arrived in this great task, and a new starting-point from which all nations will be able to direct their further exertions."
Dès 1850, l'industrie anglaise a plusieurs longueurs d'avance sur celle des autres pays. Une poignée d'hommes s'inquiètent de la suprématie de la machine.
Un groupe formé autour de Cole ( 1802-1882) tenta de modérer l'ardeur frénétique et désordonnée de l'industrie. Ainsi, en moins de deux décennies, on prit conscience des dangers d'une mécanisation excessive et incohérente. Plusieurs peintres et sculpteurs parmi les plus renommés de l'époque faisaient partie des disciples de Cole. Leurs idées différaient de celles de Ruskin qui commençait alors à être célèbre et de celles du cercle de William Morris créé vers 1860. Les réformateurs de 1850 ne prêchaient pas un retour aux méthodes artisanales; leur but n'était pas d'échapper à l'influence de l'industrialisation; pour eux, réfuter la mécanisation, c'était éluder le problème. Cole trouva un appui dans la Société des Arts, de son vrai nom Society for the Encouragement of Arts, Manufactures and Commerce.
Chaque année, Cole va organiser de modestes expositions d'objets industriels dans le bâtiment de la Société des Arts; il lance aussi un périodique : Journal of Design ( 6 volumes 1849-1852). C'est Cole qui suggère en 1848 au prince consort Albert, président de la Société des Arts, d'organiser une exposition nationale de l'industrie britannique; le succès est décevant. En 1849, le succès de l'Exposition industrielle de Paris, relance la question (compétition Paris-Londres). Reçu à Buckingham, Cole réussit à faire accepter au prince Albert l'idée d'une grande exposition industrielle universelle. Ce sera la première d'une longue série.
Comme on le sait, la grande Exposition [de 1851] fut organisée par la Société des Arts ou , plus exactement, par les efforts conjugués du prince consort et d'Henry Cole, grâce auxquels elle triompha d'obstacles et de dangers qui eussent découragé des hommes moins déterminés. La première Exposition universelle permet d'évaluer les efforts de différents pays. Le but de Cole était très clair: réaliser, sur un plan international ce que son Journal of Design avait fait à l'échelon individuel, c'est-à-dire "apprendre à voir, voir en comparant ". Quelle était la situation de l'industrie d'art dans les autres pays? La production industrielle se maintenait-elle parallèlement à l'artisanat tel que le pratiquait l'Orient? ... La comparaison des produits européens avec ceux des autres continents s'avéra catastrophique pour la mécanisation. L'exposition présentait des motifs indiens aux belles lignes sereines, conçus en deux dimensions, des châles de Cashmire, des mousselines vaporeuses délicatement décorées de dessins abstraits bleu pâle à côté des tapis mécaniques, de toutes teintes et de toutes couleurs, flamboyants et chamarrés.
D'un côté, il y avait la mécanisation, de l'autre un artisanat primitif exigeant une énorme main-d'oeuvre. On ne pouvait s'empêcher de se demander : "Les progrès de la civilisation, la valeur accrue du savoir et de la main d'oeuvre détruisent-ils les principes du goût?" On se rendait compte pour la première fois que le degré d'industrialisation n'était pas une preuve de culture et de savoir-vivre. Les Européens, dès qu'ils quittaient le terrain sûr du tissu neutre, se montraient mal assurés dans l'art d'harmoniser naturalisme et ornementation comme dans celui d'utiliser les matériaux.... Henry Cole exprime la même opinion: "C'est l'0rient qui nous a donné la plus belle leçon... car c'est là que nous avons découvert des sources artistiques nouvelles... Et, passant rapidement de l'artisanat oriental au second centre de création artistique de l'Exposition: Je me permets de poser la question ds savoir si nos cousins américains, avec leurs moissonneuses et autres machines adaptées à de nouveaux besoins et à des sociétés encore jeunes, ne nous ont pas, après les Orientaux, montré le meilleur exemple.
L'instinct qui attire Cole vers ces deux pôles opposés, expression primitive d'un côté et produit d'une mécanisation poussée de l'autre, c'est-à-dire les deux sources vives de l'art moderne, fait de lui un précurseur.
Henry Cole pouvait enfin mettre en pratique ce qu'il prêchait depuis longtemps dans le domaine de l'art industriel: il offrit à Joseph Paxton la possibilité de construire un palais de verre, qui prouverait qu'une production mécanique peut renfermer, elle aussi, une vision dans laquelle toute trace de matière se trouve abolie.
Sir Joseph Paxton est le concepteur du fameux Crystal Palace. Cependant, il
n'a pas de formation d'architecte, il est alors intéressant de ce
demander quelle fut sa carrière.
Né en 1803, il devient jardinier en 1820. Il obtient un poste chez le
Duc de Somerset, à Wimbledon, et fait partie des membre de the
arboretum of the Horticultural Society Gardens.
Il rencontre régulièrement le sixième Duc de Devonshire,
qui lui propose un poste de jardinier chef dans l'une de ses
propriétés, en mai 1826. La même année Paxton entre
à la société horticole de Londres.
En 1828, Paxton travaille pour la première fois sur des modèles
de serres conventionnelles. Dès lors il entreprend de développer
les constructions en verres, afin de les rendre plus productives et plus
esthétiques. Ainsi il élabore l'orangerie du domaine, sous une
immense serre en verre et en fer. Paxton s'emploie ensuite à
restructurer les fontaines du parc, et étudie divers modèles de
ventilation pour les serres. Il part en voyage en France, avec le Duc,
où il visite Paris, Versailles, St Cloud... tandis que John Gibson, l'un
de ses amis, ramène des plantes exotiques des Indes. En 1836, il
reçoit une médaille décernée par la
Société d'Horticulture pour son introduction en Angleterre d'un
forme de banane, la Musa cavendishii, qui fut développée et
traitée sous serre.
Jusqu'en 1840, Paxton et le Duc de Devonshire voyagent beaucoup en Europe, et
visitent la Suisse, l'Italie, Malte, la Grèce et la Turquie. Puis il
continue à développer le Parc de Chatsworth, en introduisant de
nouvelles techniques pour lesquelles il obtient des décorations. (il est
intéressant de savoir d'ailleurs que ce fut Paxton qui dessina les plans
de la maison des Rotschild à Pregny dans le canton de Genève).
En ce qui concerne directement le Crystal Palace, son aventure démarre
très tôt, à l'époque où Paxton travaille sur
les serres, les infrastructures en fer et les panneaux amovibles de verre,
ainsi que sur la ventilation. Ainsi les premiers modèles issus de son
imagination se démarquent des serres classiques du milieu du
19ème siècle. Paxton apporte une dimension artistique que les
autres modèles ne possédaient pas. Mais le plus important est que
cela s'accorde avec une augmentation des performances des serres en verres. En
effet, leur pouvoir d'accumulation de lumière et de chaleur étant
facilement ajustable, Paxton entreprend de faire pousser sous ses serres des
espèces de plantes auxquelles on n'attribuait aucune chance de survie.
Nous avons déjà évoqué le nom d'un banane, mais le
plus spectaculaire fut la culture d'une sorte de nénuphar exotique
géant. Lorsque l'idée du concours pour la construction du Palais
est lancée, Paxton n'est pas l'architecte le plus motivé pour ce
projet. En effet, il s'investira tard dans cette idée, et
présentera son projet en dernier. Après l'exposition de 1851 et
la destruction puis la reconstruction du Palais, l'oeuvre de Paxton se
poursuit; il sera amené à dessiner des bâtiments et
monuments importants et deviendra membre du Parlement en 1854.
Renvois:
