Les adversaires de l'exposition sont nombreux. Nous avons déjà parlé de ceux qui craignent pour Hyde Park, de ceux qui ont peur d'une révolution, de tentatives d'assassinat de Victoria et de ceux qui ne désirent pas voir déferler une quantité de touristes...
William Morris et John Ruskin réfutent l'expansion du capitalisme et de la grande industrie, qui leur paraissent destructeurs pour l'esthétisme qu'ils défendent. Ils sont partisans d'un socialisme, qui se mettrait en place tout naturellement à la suite du capitalisme qui leur parait n'avoir aucun avenir, car il détruit tout ce qui est beau, au profit de la grande entreprise, qui préfère la standardisation à l'originalité.
En 1851 l'Angleterre se trouve dans une situation nouvelle. Auparavant, les
efforts des industriels étaient portés vers la
productivité, au détriment de la qualité et de l'aspect
artistique de la mécanisation. Morris veut alors promouvoir un renouveau
des arts décoratifs, faisant alors face à ce qu'il qualifie comme
étant le capitalisme destructeur de l'esthétisme.
Les idées de Morris comportent deux aspects principaux:
premièrement, il se pose en défenseur d'un certain
esthétisme, dans le domaine de la tapisserie et de la décoration
d'intérieur, et en second, il prône un socialisme utopique.
En effet, c'est essentiellement grâce à William Morris que l'on
redonne de l'importance aux arts décoratifs dès 1850. Un objet
peut être produit en série, être totalement usuel, en
présentant un aspect esthétique très recherché,
parfois à moindre coût. Morris décide de donner une
nouvelle impulsion à la décoration en révolutionnant la
production des papiers peints et des textiles. Ainsi, William Morris
crée un nouveau type d'artisan décorateur, qui utilisera les
techniques industrielles, production de tissus en série, de papiers
peints à la chaîne, dans le seul but de remettre au goût du
jour la décoration, sous une forme plus moderne et plus adaptée
à la société anglaise de 1851. Ainsi il parvient à
redonner des lettres de noblesse aux arts décoratifs, et trouve son
public. Par la suite, Morris organisera des expositions et des réunions,
et s'investira dans l'imprimerie artistique, en créant de nouveaux
caractères typographiques.
Pour ses idées politiques, Morris reprend un idéal socialiste
utopique. Il voit l'homme idéal comme un artiste rêveur, qui
recherche avant toute chose la beauté, la perfection esthétique.
Cet artiste est avant tout un humaniste, qui idéalise la justice.
Cependant, cet attrait pour les idées politiques et philosophiques sont
tardives. En effet, Morris a 59 ans lorsqu'il décide de réagir
face à la laideur du capitalisme. Son dégoût pour la
société industrielle est si prononcé, qu'il s'efforcera,
durant la fin de sa vie, de faire passer son message idéologique, par le
biais d'une propagande imprimée, et par diverses conférences et
réunions, toutes ayant pour but de promouvoir ses goûts pour les
art décoratifs et ses idées. Ainsi, pour Morris, art et
socialisme vont de pair, et l'artiste complet qu'il veut être se doit de
promouvoir à la fois son talent artistique et ses opinions.
Tout comme William Morris, John Ruskin rejette le capitalisme, qui, selon lui,
détruit les valeurs esthétiques. Cependant, Ruskin s'engagera
plus tôt dans la voie politique et idéologique,
privilégiant ainsi un idéal plus réfléchi et moins
utopique que celui de Morris, mais le rejoignant sur certains points. Les
conceptions politiques de Ruskin sont donc plus précoces; il se
démarque des idées socialistes du début du 19ème
siècle. Ses objections face au système capitaliste sont les
suivantes: premièrement, elles visent la laideur apparente de la
société industrielle anglaise; Ruskin condamme ainsi les usines
de plus en plus grandes et polluantes, la construction des réseaux
ferroviaires, bref, le développement industriel en
général. Mais au-delà de cet aspect esthétique,
Ruskin se bat contre deux autres aspects, engendrés par la
mécanisation. Le premier concerne la situation de la classe
ouvrière, issue de la Révolution Industrielle, en ce qui concerne
ses conditions de vie, de plus en plus dégradantes (habitat et
santé, notamment). Le second aspect concerne la qualité des
conditions de travail. Il s'agit là du point qui préoccupa le
plus Ruskin. En effet, pour lui, les valeurs établies par le capitalisme
sont celles du commerce, celles du prix au détriment du travail humain;
elles ont pour effet de rabaisser au plus bas le rôle de l'ouvrier, qui
se voit de plus en plus défavorisé. Ruskin prône alors
l'intervention de l'Etat, afin d'aider les plus démunis et surtout
d'instaurer de nouvelles valeurs, basées sur la qualité du
travail humain, et non plus sur la production et la productivité.
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