Depuis 1844, année durant laquelle l'exposition nationale française avait suscité un vif intérêt chez les Britanniques, certains Anglais ont cru à l'idée d'une exposition internationale qui présenterait les produits de l'industrie de tous les pays.
Mais le chemin fut long entre les préliminaires, qui firent voyager Henry Cole en France, afin d'étudier les expositions nationales, les discussions entre les membres de la commission, les impasses qui obligèrent la commission à faire des choix déterminants pour l'avenir du projet d'exposition universelle londonienne.
Nous proposons de découvrir l'historique de l'exposition selon ces deux voies nécessaires :
Les préliminaires, qui retracent l'itinéraire chronologique de l'idée de l'exposition et qui présentent également quelques thèmes importants qui seront traités plus en avant dans le dossier, et les discussions, choix et problèmes qui permettent de mieux découvrir les axes principaux de cette organisation fastidieuse.
En 1845, la Société des Arts se penche sur l'idée d'une exposition universelle, qui serait calquée sur les diverses expositions nationales déjà réalisées en France et en Angleterre. Cependant ce projet est reporté, devant les soucis imposés par la complexité d'organisation d'une telle manifestation.
En 1847, une exposition locale organisée par la Société des Arts, sur le thème des manufactures britanniques, rencontre un vif succès, qui sera répété l'année suivante et qui va motiver les responsables de la Société des Arts, dont le Prince Albert est alors le président, à reprendre le projet d'exposition universelle, en développant le modèle français d'exposition de l'art et de l'industrie.
De longues discussions ont lieu, et en septembre 1849 Albert reçoit un accueil favorable des industries du Nord de l'Angleterre, qui enverront en grandes quantités leurs articles manufacturés et leurs machines-outils, ainsi que de la Compagnie des Indes qui s'engage à présenter tous les produits des Indes. Cependant Albert reste encore sceptique vis-à-vis de la participation des autres nations europénnes et mondiales.
En octobre 1849, après qu'ait été lancée une souscription nationale afin d'obtenir les moyens pour la mise en oeuvre du projet, Cole présente l'idée à divers banquiers et hommes d'affaires afin d'obtenir un large financement.
Une commission officielle est nommée le 3 janvier 1850. Elle comprend Cole comme membre et son président est le Prince Albert.
Le 21 mars 1850 le projet est présenté au public, lors d'un dîner présidé par le Lord Maire de Londres. En juillet la Chambre des Communes accepte la proposition de Hyde Park comme lieu de l'exposition, et en août elle vote une charte premettant l'emprunt auprès de la Banque d'Angleterre d'une somme de 230'000 Livres sterling comme fonds de garantie. Ainsi le 26 septembre débute la construction du Crystal Palace, le bâtiment principal de l'exposition. Il sera terminé en janvier 1851.
A partir de cette date, tous les choix sont effectués, et il n'est plus question de quelque retour en arrière. Les constructions sur Hyde Park, l'aménagement du Crystal Palace et la publicité se mettent en route. Les divers exposants présentent leurs projets, et la répartition des places est attribuée à la commission. La publicité ayant bien fonctionné, des milliers de visiteurs envahissent la capitale le jour de l'ouverture de l'exposition, le 1er mai 1851.
Le Prince Albert, en temps que président de la Société des Arts, a du procéder à certains choix.
Tout d'abord il choisit comme bras droit et premier conseiller sur ce projet, Henry Cole, qui lui sera indispensable. Il s'entoure également de Francis Fuller et de John Scott Russell, qui sont les membres les plus actifs de la Société des Arts.
Les discussions ont généralement lieu entre les membres de la Société des Arts (dans un premier temps), puis ceux de la commission, et le gouvernement.
Les choix portent sur quatre thèmes majeurs :
Un intitulé et des thèmes
`The Great Exhibition of the Works of Industry of All Nations' est
l'intitulé choisi pour l'exposition.
Elle aura pour but de présenter un état de l'industrie mondiale,
en plaçant au premier rang les manufactures britanniques, ce qui
reforcera l'idée de la prédominance de l'Angleterre.
Mais l'exposition doit également mettre en place une ère
nouvelle, basée sur la compétition pacifique entre les nations,
sur le rapprochement des populations, l'expansion du savoir. Ces thèmes
sont fortement évoqués dans le discours d'ouverture du Prince
Albert.
Il faut présenter l'Utile, le Beau et le Bien.
Le lieu et la date
Dès 1845, il est décidé que l'éventuelle
exposition universelle aurait lieu à Londres, capitale de
l'Angleterre.
Il s'agit en effet de recevoir des milliers de visiteurs qui viennent de tous
les horizons. Il faut alors concentrer ces gens dans la ville (voir pour cela
l'itinéraire d'un voyageur) , et choisir un lieu d'exposition
situé dans un endroit bien aéré.
Le gouvernement (la chambre des Communes) propose Somerset House. Albert et
Cole optent pour Hyde Park, un somptueux parc situé dans les quartiers
chics.
Cette idée provient certes de la beauté même du site, mais
également de ses facilités d'approvisionnement en eau et en gaz,
ainsi qu'à son accès facile.
Ce choix est vivement contesté par les habitants de ce quartier qui
craignent une invasion de visiteurs ainsi que la perte de leur belle vue sur le
parc, menacée par la construction d'un bâtiment gigantesque. Il
est décidé que l'exposition serait temporaire et que les
bâtiments seront soit détruits soit déplacés.
Le choix de Hyde Park est alors définitif et fixé par
décision gouvernementale.
La géographie du parc ne sera pas redessinée, et les arbres
seront partie intégrante de l'exposition, car ils figureront à
l'intérieur du bâtiment principal.
De plus, seul un espace rectangulaire situé au centre du parc recevra le
Crystal Palace. Ainsi il subsiste de nombreux espaces verts.
La date retenue pour l'ouverture de l'exposition est fixée au 1er mai
1851.
La clôture est située au 11 octobre de la même
année.
Le financement
L'Angleterre, fleuron du libéralisme, opte pour un financement
privé.
Le 4 juillet 1850 la commission obtient un fonds de garantie de la part de la
Chambre des Communes d'un montant de 230'000 Livres sterling.
Entre-temps, des souscription sont lancées dans le pays, et les
différents meetings organisés et présentés par Cole
devant divers banquiers et hommes d'affaire permettent d'augmenter le budget.
Le système se présente alors de la manière suivante :
Les souscriptions nationales, ainsi que les fonds récoltés par la
vente de billets d'entrées serviront à financer
entièrement l'exposition. Cependant, les comptes ne pouvant être
effectués qu'après la clôture, lorsque tout l'argent aura
été récolté, il faut que la commission emprunte de
l'argent afin de pouvoir payer les frais engendrés par la construction
de l'exposition.
C'est pourquoi la Chambre des Communes accepte une charte permettant ainsi un
emprunt, qui sera remboursé après l'exposition.
Les bénéfices récoltés seront importants, et on
peut se demander alors quels sont les gains des très nombreux
investisseurs.
En fait, le parlement britannique impose que tous les
bénéfices soient utilisés pour l'Angleterre, pour le bien
de tous. Ainsi les excédents serviront à la construction de
divers musées, de même qu'au Albert Hall, une majestueuse salle de
concert. Les investisseurs ne recevront pas un sou de plus que ce qu'ils
avaient versé, ni même de billets d'entrée gratuits ou
encore quelque faveur liée à l'exposition.
Ainsi donc, le rôle de l'Etat est minimisé, contrairement aux
exposition françaises.
Les prix des billets iront en diminuant. A l'ouverture, l'entrée
journalière est fixée à 1 Livre sterling, puis elle descendra
jusqu'à 1 shilling, et même à la gratuité certains
jours.
Cependant il est possible d'acheter des abonnements.
Comme le journal Punch le mentionne, l'ouvrier cotoie l'aristocrate, mais les
prix modulaires permettent de les séparer, selon les jours.
Le bâtiment
Un concours est lancé afin de déterminer quel sera le
bâtiment central de l'exposition.
245 architectes de toutes les nationalités y participent, mais c'est
Paxton et son projet de grande serre qui sera retenu. Ce dossier est le dernier
reçu par la commission, et il propose un bâtiment inspiré
des réalisations que Paxton a déjà construites pour le Duc
de Devonshire.
Le journal Punch lui attribue le nom de Crystal Palace.
Il est certain que les relations entre Cole et Paxton, ainsi que la position
forte occupée par ce dernier dans les chemin de fer britanniques, ont
favorisé le choix de son projet.
Le bâtiment projeté par la commission se doit d'être
à la pointe de la technologie, c'est-à-dire qu'il doit marier
habilement le verre et le fer.
Londres verra sa population doubler durant la manifestation.
Ainsi, lors de l'arrivée des premiers touristes, tout devra être
au point. Les services urbains, composés de calèches, devront
faire des aller-et-retour plusieurs dizaines de fois entre la gare et le centre
de Londes. De même tout sera organisé de telle façon que le
voyageur en provenance du continent (Calais) soit pris en charge le plus
rapidement une fois sur terre britannique, par le biais du réseau
ferroviaire très récent.
Les hôtels, des plus luxueux aux plus modestes, seront pris d'assaut, et
tout touriste n'ayant pas réservé sa chambre à temps devra
se contenter d'un gîte très rudimentaire ou alors devra
débourser une fortune pour un abri convenable.
Contrairement à ce que craignaient diverses personnalités
londonniennes, les seuls problèmes sont survenus à cause des
retards des bateaux, trains, ou autres moyens de transport. Les touristes
firent preuve d'une discipline exemplaire, et nos sources ne relèvent
pas de problèmes liés à l'affluence touristique en plein
coeur de Londres.
La peur de voir débarquer des visiteurs du monde entier provoque une
réaction chez quelques organisateurs.
En effet, beaucoup craignent que ces étrangers soient une cause de
problèmes supplémentaires, liés aux différences
culturelles.
Afin de prévenir d'éventuels débordements de ce genre, la
sécurité sera augmentée lors des premiers jours, mais ni
la police ni l'armée n'auront à intervenir.
Renvois:
Journal de Genève (prix des billets et affluence)
Journal de Genève (inquiétude des habitants de Londres)
Journal de Genève (clôture de l'exposition)
