L'exposition de 1851 constitua le point de départ d'une nouvelle réflexion sur l'art et l'industrie contemporains, sur les rapports entre produit industriel et manufacturé, sur les changements consécutifs à la production artistique industrielle, et pour terminer sur la transformation de l'art sous les effets de l'économie de marché.
Les nombreuses conférences et travaux qui suivirent 1851 ayant pour thème ces différentes problématiques témoignent de l'importance prise par ces sujets alors. Toutes ces idées vont de pair avec la révolution industrielle qui avait ouvert de nouveaux horizons. Dans son exposé " Wissenschaft, Industrie und Kunst", le célèbre architecte Gottfried Semper pose les bases théoriques de cette nouvelle manière de penser l'art et l'industrie. Semper se veut l'apôtre d'une esthétique pratique et matérielle. Selon lui, il faut gommer la ligne séparant art et industrie et se faire à l'idée que, désormais, il n'y a plus de différence entre l'art utile et idéal, de même que la séparation des études artistiques et industrielles n'a plus de raison d'être. Ces modifications, qui touchent les académies artistiques et les écoles d'arts mécaniques, ont comme finalité une élévation du goût populaire par la création de musées historiques, ethnographiques et technologiques ainsi que la refonte du système scolaire afin de permettre à tout un chacun d'accéder à ces connaissances.
C'est donc tout un projet de société que présente Semper. Cette modification du rapport entre l'art et l'industrie eut effectivement lieu. C'est ainsi que l'on décorait par exemple les lits en fonte de têtes de cygnes, dans une tentative de "libérer" les objets de leur servitude. Il ne leur suffit plus d'être utiles; désormais, ils doivent devenir beaux. On peut dès lors affirmer que c'est le début du marketing.
Il est intéressant de noter que cette nécessité d'une réforme de la relation entre art industriel et sciences se retrouve au coeur de la Great Exhibition, dans le concours que se livrent les différentes Nations. C'est de cette émulation que naît le désir de chaque participant de s'élever au dessus du particularisme national.
Mais il serait faux de surestimer l'importance de l'exposition dans ce domaine. Certes, elle permit une concrétisation de cette nouvelle pensée; en ce sens, elle s'insère parfaitement dans le cadre de son époque. Mais elle reste le fruit de cette période et non le germe. Il serait également erroné de croire qu'il n'y eut que des fervents admirateurs du Crystal Palace. En dehors des problèmes suscités par l'abattement de quelques arbres dans Hyde Park, et de la peur d'envahissement par des étrangers, certaines voix se sont élevées contre les chants de louanges accompagnant traditionellement la manifestation. Plusieurs visiteurs, notamment Charles Dickens, ont l'impression d'être perdu dans un "océan d'objets". D'une certaine manière, on entre dans une période où la science dépasse l'entendement humain, comme si ce monde n'était plus fait pour l'individu seul, mais pour la masse. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si c'est au XIXème siècle que se développa le tourisme de masse ainsi qu'une nouvelle appréhension du voyage.
Parmi les critiques, se trouvent aussi les marxistes, qui pensent que ce que l'on appelait progrès cachait de fait une regression sociale sans précédent. Ces quelques réticents voient dans le Crystal Palace l'image future des classes les moins favorisées, qui seront impitoyablement écrasés par les machines.
A côté de ceux qui craignent une perte d'attrait de l'homme au profit des machines, on trouve également des critiques d'ordre théologique : l'exposition est perçue comme un ersatz du paradis, un paradis terrestre en somme. L'industrie cache sa présence, en essayant d'imiter la nature, et cette présence sournoise effraie. On rappelle aussi le sort réservé aux hommes qui eurent l'audace de vouloir se rapprocher de Dieu, dans un épisode de l'Ancien Testament, en bâtissant une tour, étonnant parallèle avec la Tour Eiffel de l'exposition 1889, par ailleurs. Dieu détruisit la tour de Babel, et pour punir le hommes de cette tentative de déesacralisation, il sema le trouble et l'incompréhension sur Terre.
Malgré toutes ces oppositions, non dénuées de fondements, qui mettaient en cause la légitimité même de la manifestation, son succès fut fracassant et sans doute unique dans les annales. Les raisons en sont naturellement multiples, mais il faut se rappeler le besoin d'unité ressenti au milieu du XIXème siècle, que ce soit au niveau politique ou artistique, qui est comblé par la World's fair. C'est dans cette perspective que s'inscrivent un certain nombre d'oeuvres (notamment l'oeuvre artistique de Richard Wagner et son besoin de fondre musique, art dramatique et politique en un seul Art). C'est aussi le siècle des aspirations nationales qui se concrétisent, en Italie et en Allemagne, par l'unification d'un territoire, d'une seule nation. Le Crystal Palace représente le lieu par excellence d'une nouvelle pensée totale, qui réalise la synthèse des objets, de l'Art, de la vie.
