Definition
de la victimologie |
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Plusieurs personnes nous ayant questionné sur ce qu'est la victimologie,
il convient d'en apporter tout d'abord une définition. Nous l'avons
cherché dans les principaux dictionnaires de psychologie et on a
constaté qu'ils ne s'accordent pas tous entre eux. On s'accorde
néanmoins à dire que la victimologie s'inscrit dans le cadre
de la criminologie et également que ce champ d'étude est
en quelque sorte le symétrique du profilage, bien connu lui du grand
public par le biais de séries comme X-files.
On nous dit dans le grand dictionnaire de psychologie [1]
que la victimologie est l"étude de la personnalité des victimes
de délits ou de crimes, de leur statut psycho-social et de leurs
relations affectives avec leurs agresseurs". Cette définition est
assez restrictive au regard par exemple des intitulés des cours
donnés dasn le cadre d'un DU en victimologie et des articles placés
sous cette appellation, mais elle rend compte de la problematique traitée
par les précurseurs. Ils se sont intéressés entre
autres à ce qui pouvait prédisposer certaines personnes à
devenir des victimes, comme une singularité dans la physionomie,
l'appartenance à une minorité culturelle, etc. C'est donc
un point de vue radicalement différent de celui qui consisterait
à considéres la victime comme passive.
On
nous dit ailleurs [2] que la
victimologie est l'étude des victimes des crimes et de tout ce qui
peut y être lié ( d'après I. Drapkin et E. Viano dans
Victimology
).
Pour S. Schafer ( dans Victimology: The victim and his criminal
)
ce serait plutôt l'étude de la relation entre le criminel
et la victime.
Pour notre part nous préférons
la définition de I. L. Kutash ( dans Violence : Perspectives
on murder and agression ) qui définit la victimologie comme
étant " the science that deals with victims", car elle est suffisemment
vague pour englober la diversité des thèmes traités
dans la littérature et dans les divers sites serieux traitant du
sujet. Elle incite par ailleurs à penser cette discipline dans sa
multidisciplinarité: aspects juridiques, sociaux, médico-légaux,
juridiques et bien sûr psychologiques.
Un
peu plus précise est la définition donnée dans le
Dictionnaire usuel da psychologie [3]
: " La victimologie est la branche de la criminologie qui étudie
le rôle et la psychologie des victimes avant , pendant et après
l'acte criminel".
Pour
finir, on peut lire ailleurs [4]
que la victimologie s'occupe de la victime à partir de deux poits
de vue principaux, le premier répondrait à la question :
quel groupe d'individus est susceptible d'être en danger de devenir
la victime de "telle ou telle tendance criminelle"? Le deuxième
serait l'objectivation des facteurs sociaux, psychologiques et psychopathologiques
caractérisant un ou un groupe d'individus ayant déjà
été victimes.
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Naissance
de la victimologie |
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La victimologie est apparue en 1958 avec la publication de The criminal
and his victim de H. von Hentig [1][3].
C'était la première fois que l'on considérait le rôle
de la victime dans la génèse du crime. Il
y expose le concept du "criminel-victime" ( par exemple: un enfant abusé
qui plus tard deviendra délinquant ), de la "victime latente" "sur
laquelle va peser un postentiel de victimité"[1]
et de la relation "criminel-victime". Suivront les publications de R. Mendelsohn
la même année et de A. El Fattah qui décriront les
"prédispositions victimogènes" d'ordre physique, psychologique
ou sociales.
Le terme "victimologie" viendrait[3]
de du psychiatre Frederick Wertham qui l'aurait introduit dans son livre
The
show on violence en 1949.
C'est donc depuis les années 50
que s'est élargi ce domaine tardif par rapport à l'intérêt
porté à l'étude du criminel par la criminologie.
Récemment[5], Ezzat A.
Fattah, un des pionniers de la victimologie et fondateur de la School of
Criminology à la Simon Frazer University de Vancouver, s'étonne
qu'il n'y ait pas de "compte rendu exhaustif de l'histoire de la
discipline, ni d'évaluations systématiques de son état
actuel ou de l'orientation probable de ses développements futurs",
ce qu'il tente de rémédier dans son article. Il y fait allusion
à la place dans l'histoire de la victimologie des "victimologues
littéraires"( dont quelques uns sont antérieurs à
la discipline ) tels que Thomas de Quincey, Khalil Gibran, Aldous Huxley,
le Marquis de Sade et Franz Werfel.
Il cite un passage de H. von Hentig (
The
criminal and his victim ) ou il est fait allusion à ce fameux
changement de perspective dont on a parlé plus haut :
"the law considers certain
results and the final moves which lead to them. Here it makes a clear-cut
distinction between the one who does and the one who suffers. Looking into
the genesis of the situation, in a considerable number of cases, we meet
a victim who consents tacitly, co-operates, conspires or provokes. The
victim is one of the causative elements".
C'est ce genre d'assertions qui a valu à la victiologie de violentes
critiques, unfondées et d'ordre idéologique selon Fattah,
telles celles de Clark et Lewis[6]
décrivant la victimologie comme "the art of blaming the victim".
Cette critique est à notre avis
infondée aux vues des progrès apportés par la victimologie
dans l'aide aux victimes et sa meilleure considération dans le processus
judiciare. Elle semble surtout se baser sur le cas particulier où
la victime et l'agresseur n'ont aucun lien, comme dans le cas de certaines
actions terroristes. Par ailleurs, le victimologue ( et déjà
avec von Hentig ) prend le soin de distinguer les victimes selon leur "culpabilité"
dans la criminogénèse.
Néanmoins ces critiques auraient dans les années 70 auraient
donné naissance à un mouvement politique visant à
affirmer les droits des victimes et à la transformation de la victimologie
en un mouvement humanitaire.
Ce mouvement aurait eu un impact négatif,
selon Fattah, sur la politique criminelle en renforçant les réactions
de vengeance face au crime et les aspects punitifs.
C'est peut être au genre de dérapages
dont on trouve l'exemple dans l'actualité, comme le fait qu'au texas
on puisse connaître le domicile des pédophiles, que se réfère
Fattah.
Fattah
parle également du mouvement féministe comme étant
"champion" de la cause des victimes de viol, agression sexuelle et de la
violence domestique contribuant ces vingt dernières années
à la reconnaissance de ce type de victimes.
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Les principaux courants en victimologie |
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A
la fin de son article[5], Fattah prône pour
le futur de la victimologie une séparation de la discipline de l'utopie
vers une confrontation à la "dure réalité". Car la
victimologie est depuis logtemps morcelée entre divers courants.
Ces diverses tendances sont peu discutétées
dans la littérature selon Mawby et Walklate[7]
- vivent elles dans l'ignorance l'une de l'autre ? - et on s'accorde
peu pour ce qui est de les caractériser.
Selon Schneider il y aurait deux courants
distincts : la victimologie des droits de l'homme et la discipline qui
se rattache à la criminologie, celle qui est enseignée dans
les universités.
Pour Fattah il serait difficile de discriminer
la victimologie "scientifique" de celle plus humanitaire.
Une
autre distinction est faite par Karmen,
en trois courants: conservateur, libéral et critique-radical.
Le courant conservateur serait surtout
attentif aux crimes commis dans la rue, jugerait les personnes comme responsables
de leurs actions et serait focalisé sur la notion de justice rétributive.
Le courant libéral incluerait les
crimes au domicile et utiliserait volontiers des stratégies de réconciliation
et de restitution.
Le courant critique-radical serait une
extension du précédent en considérant la souffrance
humaine en général, et que le système judiciare est
aussi un problème dans la souffrance de la victime.
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Les succès |
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Une des principales réussites de la victimologie serait[5]
en 1985 l"UN Declaration of Basic Principles of Justice for Victims of
Crime and Abuse of Power". Reconnaissant que des millions de personnes
à travers le monde souffrent en raison d'un crime ou abus de pouvoir
et que les droits de ces personnes n'ont pas été pleinement
reconnus. En outre, concrètement ces vingt dernières années
auraient vu le jour de programmes d'assistance aux victimes partout dans
le monde.
A ce sujet Thomas P. Schneider[8]
dit, en introduction à un important ouvrage sur les victimes:
"In less than 20 years,
there has been a reolution in the criminal justice system. Each criminal
case envolves more than the government versus the defendant. There is another
party with burning interest and with legal rights: the clerk robbed at
gunpoint, the sexually assaulted 13-year-old, or the elderly couple bilked
out of their life savings. Today we also vindicate their rights, provide
services to ease their pain, and prevent the revictimization by the court
system".
Plus loin, il dit de par son expérience
d'avocat, qu'il y a 25 ans il ne se trouvaint pas dans les tribunaux de
personnes spécialement engagées à la protection et
au conseil des témoins-victimes, comme les enfants victimes d'abus
sexuels nécessitant un soin particulier.
D.S
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[la suite]  |
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1.Grand dictionnaire de
la psychologie (1991) , Larousse.
2.Raymond J. Corsini ( Ed.),
Encyclopedia
of psychology, John Whiley & Sons.
3.R. Meili, Dictionnaire
usuel de psychologie, Bordas-Paris.
4.H.J Eysenck, W. Arnold,
Encyclopedia
of psychology, Search Press- London.
5.Ezzat A. Fattah, Victimology
Past, Present And Future, Criminologie, vol. 33, n° 1 (2000)
6.Clark, L. and Lewis, D.
1977. Rape: The Price of Coercive Sexuality, Toronto: The Women's
7.Press.R.I. Mawby, S. Walklate,
Critical
victimology, Sage Publications.
8.R. C. Davis, A.
J. Lurigio, W. G. Skogan ( Ed. ), Victims of crime, Sage Publications.
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