.0.

- Image, diagramme et métaphore -
A propos de l'icone chez C.S.Peirce

Résumé du texte de Philippe Verhaegen, Recherches en communication, n°1 (1994)

UV STAF 13 - Dernière modification le 29/06/97

Ceci n'est pas un résumé exhaustif, mais un texte relevant les principaux points qui m'ont paru intéressants.

Table des matières

A Problèmes métaphoriques
B La métaphore dans le système sémio-pragmatique de Peirce
C Métaphores et cognition
D La métaphore dans l'acquisition et la transmission des connaissances nouvelles
E Conclusion

.A.

- Problèmes métaphoriques -

Un procédé ordinaire La métaphore est utilisée de façon courante
aussi bien par les journalistes que par les scientifiques
et ceci surtout dans les articles de vulgarisation.
Définitions Pour Jakobson, métaphore et métonymie sont deux processus principaux de l'expression qui consiste à sélectionner des entités linguistiques et à les combiner en unités de plus haut niveau.
Au contraire de la métonymie qui associe deux termes (idées) en fonction de leur contiguïté,
la métaphore substitue un terme (idée) par un autre terme similaire.

Pour lui, le vrai langage n'irait pas d'un "vu" ou "senti" à un "dire", mais d'un "dire" à un "autre dire".
Il n'est pas communication d'un signe comme information mais d'un mot fonctionnant comme mot d'ordre.
Il n'est pas un calque mais une carte.

En tout cas, la métaphore n'est pas un simple exercice de l'art oratoire d'Aristote, mais un principe actif du processus cognitif.
Pour Lakoff et Johnson, notre système conceptuel nous permettant de penser et d'agir serait de nature métaphorique. Car elle permet, par similarité, de comprendre quelque chose en terme de quelque chose d'autre.

.B.

- La métaphore dans le système sémio-pragmatique de Peirce -

Signe et sens Pour Peirce, la métaphore n'est pas un type de signe mais un mode de production de sens.
Un signe renvoie à un autre signe ad infinitum (sémiose illimitée).
Ce signe ne prend sens que dans un contexte particulier, le temps d'une interaction (sémiose contextuelle).
Classification En allant du simple au complexe, Peirce propose une classification du signe en trois mode d'être:
La priméïté, catégorie du sentiment et de la qualité (ou icone)
La secondéïté, catégorie du fait brut, non pensé (ou indice)
La tercéïté, catégorie de la relation pensée, de la loi (ou symbole)
Image Degré zéro de l'icone, l'image est au coeur de la compréhension du signe sans laquelle il n'y a ni compréhension ou communication possible.
Ainsi, la métaphore est une image mentale d'une idée ou d'un concept.
Par exemple, dans "Ezéchiel aime Houlda", le mot "aime" est une icone se référant à l'image que nous avons de la relation amoureuse entre deux personnes.
Diagramme Dans un diagramme, les signes (iconiques) représentent les relations entre choses (tout comme une équation algébrique).

Jakobson tente de montrer que le langage est un diagramme de relations.
Ducrot définit le langage comme un diagramme faisant relation entre un locuteur et un allocutaire.
L'arrêt sur image de la relation Ezéchiel-Houlda produit une icone en fonction d'un contexte (le temps de l'interaction).
Métaphore La métaphore est une icone, c'est à dire un signe renvoyant à une chose lui ressemblant et utilisé comme le signe de cette chose.
Elle est une représentation de la relation sémiotique par une relation sémiotique similaire mettant en rapport dynamique les traits communs (signes) de deux univers distincts (Ce garçon est agile comme un singe).

.C.

- Métaphores et cognition -

Généralités Pour Peirce, la compréhension de concepts abstraits ne peut se faire sans métaphores d'expériences concrètes.
Selon lui, tout signe est interprété. Il crée dans l'esprit de l'interprétant un signe équivalent (métaphorique) selon un mécanisme d'inférence entre "cas particulier", "règle" et "résultat".
Trois modes d'inférence La déduction consiste à tirer une conclusion (résultat) en appliquant un principe général (règle) à un cas particulier. Le résultat obtenu devra être vérifié par inférence inductive.
L'induction infère une règle à partir de l'observation d'un cas particulier et d'un résultat.
C'est la création d'une relation iconique.
L'abduction infère un cas à partir d'une règle et d'un résultat.
Le rôle de justification et de contrôle de l'abduction est assumé par les inférences déductive et inductive.
La déduction sélectionne les conséquences possibles tandis que l'induction vérifie la sélection et permet au processus de connaissance d'accomplir une étape ultérieure.
Abduction et métaphore Dans toute métaphore, il y a:
soit déplacement d'un principe de relation de quelque chose de connu vers quelque chose de nouveau,
soit création "ex novo" d'une relation.
Cette créativité est maintenue dans le système sémantique commun aux sujets communicants et la "nouveauté" ne peut être "véritablement absolue".

.D.


- La métaphore dans l'acquisition et la transmission des connaissances nouvelles -

Invention vs découverte Selon Peirce, toute connaissance est déterminée par des connaissances antérieures.
La nouveauté n'est que création d'une relation nouvelle à partir de signes connus. Il y a
soit reconnaissance d'une similarité entre deux signes (icone)
soit établissement d'une relation dynamique de contiguïté contextuelle (indice)
soit encore association d'idées générales (symbole)

Des trois types de signes, seule l'icone (ou métaphore) serait à-même apte à provoquer l'émergence stable d'un signe nouveau.
Nouveauté Dans toute métaphore, il y a quelque chose de profondément connu et d'éminemment nouveau.
Le nouveau, non de la découverte, mais de l'établissement d'une nouvelle relation, parmi celle connues, de la création d'un nouveau signe inféré (abduit) de signe connus, légitimés par l'observation ou le système en place.
Vulgarisation scientifique La métaphore permet au non-expert d'avoir une vue synthétique, mais approximative, de données scientifiques.
Un "savoir décalé" est produit par une double métaphore:
Au niveau de l'énonciation, une métaphore met en scène la communication.
Au niveau de la reformulation, une seconde métaphore produit cette communication.

.E.

- Conclusion -

Sur le plan sémiotique L'image ou le diagramme est un signe ayant un lien de ressemblance à un autre signe.
L'icone construit une image syncrétique unique de deux champs sémantiques distincts en soulignant les traits qu'ils ont en commun.
Elle est analogique et digitale, et le mot verbalisant l'icone métaphorique peut se substituer à elle sans en garder la trace (métaphore in absentiae).
Sur le plan pragmatique et communicationnel Un signe trop abstrait a besoin d'une icone métaphorique pour être communiqué.
L'abduction par rapport analogique de deux signes distincts permet la compréhension de la métaphore. C'est sa fonction heuristique.
Sur le plan cognitif La métaphore, comme inférence abductive, transfère en un signe unique un principe explicateur d'un champ sémantique à un autre (ceux-ci étant nommés dans un langage symbolique).
Mot final En amont de la connaissance, par le discours trop vulgarisant, elle peut être sclérosante.
Au delà de l'image et du diagramme, en aval des savoirs, la métaphore est créatrice de sens.

.FIN.
Frei Sylvain
059 4 509 503 93
electronic mail
frei@fapse.unige.ch
23 route de Livron
74100 Vetraz-Monthoux France
C.V.
15-12-96
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.