STAF 14
|
|
(G. Fitzpatrick, S. Kaplan, T. Mansfield) - extrait de l'ACM Conference on Computer Supported Cooperative Works, Boston, novembre 1996
Dans cet article, les auteurs s'interrogent sur la nature du travail collaboratif lorsque celui-ci est tranposé dans un espace virtuel. Ils suggèrent une nouvelle interprétation des métaphores spatiales pour le design et la construction d'espaces collaboratifs basés sur les notions de "place". Les gens travaillent dans des mondes sociaux multiples en même temps, et dans chacun de ces mondes sociaux, l'individu se représente la structure des éléments qui sont signifiants pour lui. Nature contingente du travail, et importance du contexte pour l'action.
Cet article trait de la manière dont on travaille avec un objet virtuel dans un espace virtuel, et les implications sur la manière de construire un espace collaboratif. La nature de la technologie elle-même renforce la perception de travailler la plupart du temps seul, créant ainsi un sens de l'isolation virtuelle. Traditionnellement, le but des ordinateurs et des logiciels a été de donner à chaque utilisateur l'impression qu'il était tout seul sur le système. Ces mediums virtuels ne présentent pas, de manière inhérente, des informations qui pourrait indiquer la coprésence, ou le fait que quelqu'un à une activité en rapport, comme c'est le cas avec les mediums physiques.
Avec l'avènement de nouvelles technologies, certains travaux peuvent de plus en plus prendre place dans un environnement virtuel plutôt que réel. Mais les développeurs de sytème ont pour le moment tendance à transposer leur compréhension de travail dans un espace physique à l'espace virtuel.Mais à terme, les gens vont être capables de travailler ensemble de nouvelles manières, avec et via le médium virtuel. C'est précisement ce qui donne son essor à Internet en terme de nombre d'utilisateurs et de nombre d'informations à disposition.
En général, lorsqu'on doit accomplir un travail collaboratif à distance, l'outil le plus utilisé est le mail (forum). Certains posent fréquemment des questions, alors que d'autres ne font que lire les messages postés pour s'informer, chacun l'utilise à son essient. On utilise aussi parfois des logiciels partagés, qui permettent d'avoir une certaine idée de ce que l'autre est en train de faire. Enfin, des études montrent que, pour certain types de travaux, les MUD, qui permettent une interaction synchrone, peuvent être un atout non-négligeable dans la réalisation de la tâche. Ces outils, bien qu'en plein essor, sont encore (souvent) mal utilisés.
La source de base de la nature collaborative des systèmes de travail dépend de la complexité et des interdépendances ancrées dans le système. Il n'y a pas de manuels ou de diagrammes pour indiquer comment le système est fait et quelles sont les relations entres les différentes composantes et les différents niveaux, ainsi que les implications étroites que cela peut avoir sur le résultat. Personne n'a une vraie vision d'ensemble du système. Le système est basiquement "non-connaissable".
Dans le virtuel, il n'y a pas de notion d'espace "clair". L'espace, dans le sens matériel de la 3D, n'existe pas. L'espace dans le sens virtuel peut être partiellement défini en terme de sous-couches de stockage de la mémoire de l'ordinateur, ou d'espaces appartenant à un nom d'utilisateur, ou bien encore de structures de fichiers.
Le virtuel change le sens de l'orientation spatiale. Même si une personne peut aller chercher un fichier dans un répertoire qui est localisé sur une machine éloignée de la sienne, cela n'a pas de sens en terme de déplacement pour l'utilisateur, même si spatialement, le fichier a bougé. Le système est en constante modification, et un simple changement particulier peut modifier beaucoup de choses au niveau de l'organisation spatiale.
Le virtuel change aussi le sens de la présence et de la conscience. On peut être physiquement présent devant sa machine, mais être virtuellement présent dans un certain nombre des différentes parties du système. La conscience est liés à la fois aux gens qu'à l'état du système.
Le virtuel change le sens de l'action et du mouvement. Toutes les actions que l'on entrepend sont le pianotage des doigts sur un clavier, mais si on devait les transposer dans un environnement réel, ces actions nécessiteraient une foule de mouvements et d'actions très différentes -> dans le monde physique, ces activités seraient vues et entendues, alors que dans un mode virtuel, tout se passe dans le plus grand silence, et de manière quasi invisible.
Un autre aspect à mettre en avant est la manière dont les individus eux-mêmes donnent du sens à leur domaine de travail virtuel, à la lumière des responsabilités qu'ils ont dans leur travail. Il est donc intéressant de comprendre comment les individus structurent et définissent leur espace de travail virtuel. Des outils différents peuvent provoquer un "look and feel" différent chez l'utilisateur, et l'amener à des possibilités différentes d'utilisation. De même, les mêmes outils peuvent être utilisés de manière différente par diverses personnes. La manière dont les utilisateurs personnalisent leur espace (manière d'organiser les boutons, les icones utilisés par le sytème, manière de naviguer entre les aplications etc...) est un aspect important de cette notion d'espace virtuel personnel, puisque tout le monde ne fait pas les mêmes choix....
Le concept de "monde social" a été mis en avant par l'école interactionniste de sociologie. Il définit un groupe de personne qui partagent certains apsects d'une action collective. Ce monde social peut être bien ou mal défini, localisé géographiquement ou non, il peut contenir des sous-mondes, etc. Les personnes peuvent appartenir à plusieurs mondes simultanément.
Dans le monde physique, on construit sa représentation d'un endroit en fonction de son appartance à des mondes sociaux particuliers. Il en va de même pour les mondes virtuels; la manière dont les gens construisent l'interface de leur station de travail est en étroite liaison avec leurs propres représentation du système. Ces représentations résultent de leur appartenance et de leur activités conséquentes dans des mondes sociaux particuliers. Par contre, les artifices et "outils" de multiples mondes sociaux peuvent être potentiellement visibles simulanément sur un écran, alors que dans l'espace physique, les activités de différents mondes sociaux sont souvent faites pour séparer et distinguer les espaces physiques.
Les auteurs suggèrent que les gens fonctionnent sur deux différents niveaux de structuration de leur environnement virtuel: le premier est relatif à l'existence de divers mondes sociaux, le second relatif à comment un individu peut se représenter cette structure basée sur leur participation simultannée à de multiples mondes sociaux et leurs besoins courant durant l'interaction.
Last modified 03.07.99