Aurélie Jaecklé,Luca Willig 2CA Collège Calvin présentent pour tout le groupe YRE la synthèse :

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Projet YRE : Conclusion générale

Bases scientifiques

Nos premières recherches avaient pour but de nous inculquer les fondements scientifiques concernant le génie génétique. Après les bases de biologie moléculaire apprises au cours, c'était à nous de découvrir les procédés du génie génétique. Tout d'abord, il faut établir la " carte génétique " d'un organisme végétal ; puis on repère le gène responsable d'un caractère non désiré ou le gène responsable d'un caractère intéressant ; il faut, bien sûr, déterminer au préalable la protéine codée par ce gène. Par la suite, on extrait ce gène d'intérêt (qui peut provenir d'une bactérie, d'un champignon, d'un autre organisme végétal ou d'une autre variété d'une même espèce) par des manipulations génétiques. Des enzymes appelés enzymes de restriction coupent l'ADN à un endroit précis (un enzyme est spécifique pour couper à tel endroit, lorsque il rencontre tels nucléotides formant les bases de l'ADN) et à présent, le gène et les séquences d'ADN nécessaires (promoteur et terminateur, autrement dit "bouts collants") sont isolés. Ce transgène va maintenant pouvoir être inséré dans la plante voulue, par le biais de la transgénèse.

Il existe deux principales techniques de transgénèse : le transfert indirect et le transfert direct. Par le transfert indirect, le gène d'intérêt isolé est inséré dans une bactérie particulière nommée Agrobacterium tumefaciens ; c'est une bactérie recombinante. Quant au transfert direct, qui s'applique à une autre catégorie de plantes, il s'agit de la biolistique : on tire des microbilles métalliques portant l'ADN qui traversent la membrane cellulaire.

Conséquences : dangers ? avantages ?

Une fois ces données techniques connues, nous avons voulu en connaître les conséquences : risques, ou avantages ? Les suites sûres des ces manipulations sont en tout cas une polémique sur le génie génétique qui fait rage. La question des consommateurs : doit-on craindre l'arrivée d'aliments génétiquement modifiés dans nos assiettes ? Voici en revue les risques éventuels des organismes génétiquement modifiés (OGM).

C'est avant tout la santé de l'homme qui est mise en jeu : en effet, en rajoutant un gène à une plante, on lui fait produire en général une protéine qu'elle ne fabrique pas naturellement. Il faut donc vérifier si cette nouvelle protéine n'est pas toxique vis-à-vis des humains ou des mammifères à qui cette plante OGM est destinée. Puis, l'on craint aussi l'apparition de nouvelles allergies. Introduire de nouveaux gènes dans un organisme, donc de nouvelles protéines, va accroître les risques d'allergies alimentaires. Sans oublier le risque de perdre l'efficacité des antibiotiques. Souvent le "bon" gène introduit est accolé à un gène de résistance à un antibiotique (ampicilline). Le danger de passage vers un micro-organisme intestinal, qui hériterait de la résistance, n'est pas non plus à négliger.

En marge de la sécurité de l'homme, on craint pour des problèmes environnementaux. Il y a le risque d'un transfert éventuel du caractère nouveau à une espèce voisine : on se demande en effet si les gènes greffés ne vont pas envahir d'autres plantes de champs voisins. Du pollen génétiquement modifié a été retrouvé à plusieurs kilomètres d'un champ de colza OGM. En outre, la greffe de gène n'est pas une science exacte. Car les transgènes peuvent modifier la plante : on ne connaît pas l'endroit précis où le gène se fixe. Celui-ci pourrait, selon sa position influencer un gène voisin. Enfin, il y a le danger de ne plus voir sur Terre qu'une ou deux variétés cultivées de maïs, de colza… la biodiversité peut en effet disparaître.

Face cette réticence, très forte parfois, certains voient dans le génie génétique des bénéfices inimaginables. Bien sûr, les promoteurs de l'utilisation de cette technologie en agriculture (Novartis, Monsanto, …) qui ont mis au point ces plantes transgéniques sont très positifs et enthousiastes sur les OGM. Leurs manipulations permettraient de réduire les traitements chimiques, ce qui constituera un plus pour l'environnement. En outre, on pourrait diminuer les pertes de production subies par les agriculteurs, améliorer la saveur des aliments, neutraliser le caractère allergène de certains aliments, ou encore améliorer le rendement donc les conditions de vie du tiers monde. Autre espoir dans le génie génétique : des vaccins. On parle actuellement beaucoup de manipuler génétiquement des plantes pour y introduire des vaccins. Le principe est assez simple : on introduit dans une plante un gène qui va produire une substance permettant de vacciner contre une maladie spécifique celui qui mange la plante.

Paradoxalement, les risques et avantages de la technologie en question, pourtant opposés, trouvent leurs arguments sur des terrains semblables : ne nous étonnons pas, après cela, que le grand public soit un tant soit peu dépassé, et perdu dans cet océan de propagande &endash; pardon, d'information.

C'est par la suite que le projet s'est transformé en véritable investigation : à nous de connaître les rôle et opinion des acteurs du débat sur le génie génétique. Politiques, promoteurs de l'agrobusiness, scientifiques, consommateurs, journalistes et organisations " vertes " n'ont pas échappé à nos questions ou à nos enquêtes. C'est là, au cours des deuxième et troisième trimestres que notre désignation de " young reporters " a pris un véritable sens.

 

Sociétés agroalimentaires

Le principal enjeu pour les acteurs économiques est le monopole de la vente des semences OGM dans le monde. Du fait de leur investissement important, ils sont obligés de tout mettre en œuvre pour promouvoir les OGM et pour prouver que les risque sont minimes face aux grands avantages. Leurs atouts sont des connaissances scientifiques précises qui peuvent réfuter les thèses des opposants.

Quant à leur point de vue, il est en grande partie floue et même contradictoire. S'ils reconnaissent des risques potentiels à long terme mais inconnus à nos jours, ils n'hésitent paradoxalement pas à investir énormément. Et après cette décision, d'un point de vue financier, ils n'ont pas le droit à l'erreur. Ces géants économiques dépendent toutefois des simples consommateurs ; mais il savent les rassurer en rappelant la lutte des organisations écologistes et les législations en vigueur qui se veulent prudentes.

 

Politiciens

Les politiques sont évidemment très partagés de tout point de vue. Les plantes transgéniques sont donc aussi un sujet de controverse. Leur rôle est en fait de peser très concrètement le pour et le contre de cette technologie afin d'établir une législation adéquate. La tâche n'est pas facile pour concilier les volontés d'un " vert " avec un politicien qui soutient une économie libérale. Pourtant, le cliché du clivage gauche &endash; droite n'est pas véritablement présent, car dans les deux bords, il existe des arguments en faveur et en défaveur des OGM.

En Suisse, grâce au système de démocratie directe, le peuple a pu dire son mot face à l'arrivée des aliments transgéniques dans nos assiettes : la polémique a en effet débouché sur une initiative fédérale &endash; rejetée. Un an après la votation, pourtant, l'OFEFP a interdit la mise en culture expérimentale de pommes de terre transgéniques. Mais selon un chercheur de la station d'expérimentations agronomiques (à Changins), ce décret ne repose sur aucun fondement scientifique ; le danger n'est pas lié à la dissémination (en l'occurrence le pollen est stérile), mais au caractère non comestible de cet aliment, pourtant non toxique.

 

Consommateurs

Les consommateurs ont un rôle plus important que ce que l'on croit parfois. Les sociétés agroalimentaires, les agriculteurs et les revendeurs ont toujours en tête la destination de leurs produits, la fin de la chaîne alimentaire : le consommateur. Leur point de vue influence et exerce même une pression sur le producteurs. En fin de compte, c'est eux qui font leur salaire !

Leurs opinions sont très différentes selon les régions du monde et leur culture. Aux Etats-Unis, les OGM font déjà partie du quotidien alimentaire. Tandis qu'en Europe, le consommateur craint, l'Angleterre marquant le summum d'opposition. Preuve en est de la mode " bio ", il ne veut en effet pas manger de " l'artificiel ". Outre le souci d'éthique et de nature, on a peur aussi pour sa santé et donc on exige un étiquetage précis. A ce propos, si les tests sont presque toujours fiables, les étiquettes le sont beaucoup moins, car on ne peut pas analyser tous les produits. Le consommateur a en tout cas un souci d'être informé.

Les craintes se basent aussi sur les risques à venir. Après la crise de la " vache folle ", ils ne font plus véritablement confiance aux chercheurs. A cette peur s'ajoute le fait que les avantages promis par les producteurs alimentaires n'ont pas encore vu le jour.

 

Scientifiques

Leur implication dans les plantes transgéniques est claire : ils lancent la machine. Il sont à l'origine des nouveautés ; sans eux, ils n'y auraient concrètement rien. Bien qu'ils soient à la tête du fonctionnement, ils n'ont actuellement que peu de pouvoir. Néanmoins, ils sont aussi à l'origine des arguments qu'utilisent les partisans ou les opposants. Leur avis sont donc aussi mitigés, mais bien souvent, leurs explications servent à dorer le blason des utilisateurs de la technologie, à savoir les sociétés de productions alimentaires.

 

Médias

Le rôle des journalistes dans le débat du génie génétique est d'informer le grand public des techniques, des enjeux et des risques / bénéfices de cette technologie. Sur ce dernier point, nous avons bien ressenti la difficulté de trouver des informations objectives et de connaître la vérité. Leur impact est énorme chez le consommateur ; car s'il fait confiance à quelqu'un dans tous les acteurs du débat des plantes transgéniques, ce sera le plus souvent à eux.

 

Organisations écologistes

Nous avons rencontré deux types d'organisation, WBCSD et Greenpeace. WBCSD tente de donner une image plus écologiste, de " colorez en vert " les grosses entreprises qui touchent de près ou de loin à l'agroalimentaire et de les inciter à se soucier du développement durable. Ses représentants se montrent bien opposés aux OGM, soulevant les principaux risques cités habituellement. Comme ils favorisent le développement durable, ils pensent aux dangers qui, s'ils sont actuellement peu visibles, se révéleraient éventuellement à long terme. Etant donné qu'ils collaborent avec de grandes entreprises, ils ne peuvent être radicalement contre les OGM, mais prennent pourtant beaucoup de recul pour retenir par le col les sociétés qui foncent tête baissée dans le génie génétique.

Quant aux représentants de Greenpeace, ils rejettent en bloc les OGM et sont la principale source d'opposition aux applications qu'en font les industriels.

 

OGM et Tiers Monde

Etant donné la croissance démographique importante, surtout dans les PVD , il faut trouver des moyens pour assurer la sécurité alimentaire de notre planète. Certains pensent que le génie génétique est la solution : l'industrie des biotechnologies, pour convaincre que les OGM représentent une invention bénéfique pour l'homme et inoffensive pour l'environnement, n'a pas hésité à promettre que ce serait là la meilleure manière d'assurer à nos descendants la sécurité alimentaire. Pourtant, jusqu'à présent, les OGM n'ont fait que renforcer le fossé entre les pays du Sud et les pays du Nord. Les aliments transgéniques leur sont imposés, et pire encore, ils risquent d'en dépendre économiquement.

Les populations du Tiers Monde ne sont pas spécialement opposées aux OGM en eux-mêmes : ils craignent les dérapages qui y sont déjà liés. D'où des protestations telles que la " caravane intercontinentale des paysans pour la solidarité et la résistance ", entre autres, qui manifestent dans différentes villes d'Europe (comme Genève).

 

Notre avis

Nous sommes jeunes. Ce travail était peut-être la première recherche que nous faisions sur un sujet vaste. De ce fait, nous avons donc répertorié des informations autant favorables que défavorables au génie génétique. Bien que nous ayons beaucoup développé notre esprit critique, notre petite expérience ne nous a pas permis de prendre du recul comme un véritable journaliste. D'où le fait que nos avis sont plus ou moins flous : nous avalons facilement les arguments des deux bords.

Mais la tendance générale était favorable sous certaines conditions : " sécurité, contrôle et prudence ",disent certains, afin de surveiller ce qui représente pour d'autres " une formidable avancée scientifique ". Comme dans la réalité, le génie génétique fait des opposants. Certains ne consommeront pas d'OGM avant que tout risque ait été démenti. Ou encore, après les interviews des géants agroalimentaires, ils sont encore plus révoltés contre leur toute-puissance. Autre exemple, quand on se penche sur le problème du Tiers Monde, on s'indigne rapidement, d'autant plus que là-bas, les conséquences du génie génétique sont contraires aux promesses des multinationales.

 

Au terme de notre travail, nous souhaiterions remercier M. François Lombard, notre professeur, de nous avoir donné l'opportunité de participer à ce projet. Par son enthousiasme et son investissement, il nous a habilement guidés tout au long de notre travail, nous motivant au départ, nous freinant par la suite, lorsque, embarqués par notre désir d'apprendre, nous nous éparpillions. Cette expérience nous a beaucoup apporté. Sur le plan biologie, mais peut-être davantage encore sur la collaboration entre élèves, sur le fonctionnement de notre société et sur les réalités qui nous entourent. Certains d'entre nous ont pu mettre à profit leurs compétences en informatique, d'autres ont mis au service de tous leur esprit de synthèse ou leur facultés de rédaction. Quoi qu'il en soit, nous sortons tous grandis de cette expérience, merci.

 

 Aurélie Jaecklé,Luca Willig 2CA

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